CHAPITRE IV. 8S
dentés. Son cœur est à peine atteint, il se relèvera. Ne demandez pas si je Taime : je vous pardonne et ne vous connais plus. »
A ces mots, Richard s'éloigna sans que M. de la j Tremblaye eût songé à le retenir.
Il erra toute la nuit dans la campagne et prit, au lever de Taube, la route de Grenoble.
En traversant le parc du château, Éden que lui { fermait sa mère, il aperçut de loin Pauline qui se te- ^ » nait à sa fenêtre ouverte, blanche et radieuse comme rétoile du matin.
Il s'arrêta quelque temps pour la contempler.
« Adieu, — dit-il, — doux rêve évanoui ; adieu, bonheur aussitôt envolé qu'entrevu ; adieu, charmant rayon, le premier et le seul que j'aie vu briller dans une sombre vie. Soyez bénie, jeune âme I sois béni, aimable et noble cœur, sur lequel mon cœur s'est posé un instant, comme un oiseau fatigué sur une branche en fleur I »
Pauline l'avait reconnu à travers le feuillage éclairci ; elle agita son mouchoir, sans se douter, hélas 1 que c'était un éternel adieu.
Richard la salua d'un pâle sourire, et disparut bientôt au détour d'une allée.
Ces deux enfants, que le ciel semblait avoir créés l'un pour l'autre, ne devaient plus se revoir en ce monde.
Richard retourna au château de Beaumeillant. Il y rentra gravement, sans amertume, sans haine et sans colère. A Tinsu de lui-môme, un travail étrange s'était fait en lui, durant son absence. En rentrant dans cette sombre demeure où il avait grandi^ la
tôte et teèœur uniquemeat remplis d'un poétique amour peur sa mère, il découvrit que cet amour était mort, ou, pour mieux dire, qu'il avait cbangô de place. A peine arrivé, il alla droit à la chambre qu'avait habitée son père. L'épée du comte de Beaumeillaiit était restée suspendue dans l'alcôve ; Richard la prit entre ses mains, et. après l'avoir contemplée avec respect, il la baisa religieusement su? la garde.
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rftris. «^Imp. E. Gapiouokt et V. Rehadit, rue des PoiteviiM, I»