‹ Fernand suivi de Vaillance ét de RichardChapitre 4 sur 118 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

PER^AKD DE PEITENET A KARL STEIH.

Lis la lettre que je reçois. Si telle est sa douleur pour une séparation qu'elle croit momentanée, quel sera soil désespoir lorsqu'elle apprendra que c'est d'une rupture qu'il s'agit, d'une séparation éternelle 1 Tu penses la connaître, tu ne la connais pas ; tu ne sais pas à quels excès la passion peut pousser cette tête exaltée. Orgueil ou pitié, j'hésite et je tremble. Ne hâtons rien, ne précipitons rien. C'est un cœur digne à tous égards de soins et de ménagements : laisse-moi le préparer peu à peu au sacrifice, et l'y conduire, s'il est possible, sans trop de déchirements et par d'insensibles détours. Le ciel m'est témoin que si je n'écoutais que ma fatigue et mon impatience, j'en finirais sans plus attendre ; mais, de quelques ennuis que son amour m'ait abreuvé, je ne puis oublier qu'elle m'aime, et que je l'ai longtemps aimée.

Tu me parles de M. de Rouèvres. Va, cet homme^ sans s'en douter, s'est mieux vengé par son aveugle sécurité, qu'il n'aurait pu le faire en m'immolant au ressentiment le plus légitime. Jamais sa main n'a touché la mienne que je n'aie senti la rougeur me monter au visage ; je n'ai jamais affronté sans pâlir la sérénité de son regard et la cordialité de son accueil. La confiance, l'estime et l'affection qu'il m'a témoignées auront été mon châtiment et mon supplice. Par quel charme fatal, par quelle pente irrésistible en sommes-nous arrivés, Arabelle et moi, à trahir ce loyal esprit et ce noble cœur ? Hélas I que te diraije que tu ne saches déjà ? Tu as été témoin de mon

■ FERKAND. '

tjonheur. Tu sais que ce boDheur fut tel, que Dieu luimême ne m'eût pas infligé une plus rude expiation, n est un adultère qui va froDt levé, face découverte. Celui-là du moins a le mérite de la franchise, le courage de la révolte. Il accepte la lutte au grand jour el n'usurpe pas les bénéûces de la société qu'il outrage ; il a quelque cbose de la grandeur déchue de l'ange rebelle de Milton. Il en est un autre, hypocrite et l&che, vivant de ruse et de mensonge, rampant dans l'ombre comme un reptile, traînant à sa siiitû le remords, la peur et la honte. C'est l'adultère à domicile ; c'est à ce vampire que j 'ai donné le plus put' de mon sang ; c'est ce miuotaure qui a dévoré les plus fécondes années de ma jeunesse. La lassitude est venue vite, l'ennui oe s'est pas fait attendre : il n'est pas d'amour si vivace qui ne s'étiole bientflt dans une atmosphère si malsaine.

Voici mon plan ; tu l'approuveras, je l'espère : écrire de loin en loinà Arabelle ; trouver chaque fois un nouveau prétexte pour prolonger mon absence ; passer insensiblement des expressions de la tendresse au langage de la raison ; éclairer peu à peu son cœur, l'amener par degrés à des senLiments plus paisibles ; la déposer ainsi, sans la briser ni la meurtrir, sur le seuil de la réalité. Je compte surton assistance. Nul doute que les premiers cris desa passion blessée n'arrivent jusqu'à toi. Ménage &la fois et son orgueil et son amour ; laisse-lui croire qu'en la quittant c'est moi seul que je sacrifie, et que si son bonheur m'était moins cher que le mien, je serais encore auprès d'elle.

Depuis que ce plan est arrêté, je me sens plus

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