‹ Fernand suivi de Vaillance ét de RichardChapitre 55 sur 118 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

vage et faroucbe. Toutefois, il n*y avait dans son attitude, comme dans son costume, rien que de sim{>Ief de grave et de sévère.

— Monsieur, dit-il enfin, voilà deux ansque je vous cherche.

— Je rignorais, Monsieur, répliqua Fernand d'une voix altérée, mais calme.

— Vous êtes. Monsieur , un trop galant homme, reprit le comte de Rouèvres, pour que ma présence ait rien qui doive vous surprendre. Vous n'ignoriez pas que nous nous reverrions à coup sûr. Cependant, s'il était besoin de vous expliquer ce qui m'amène pour la deuxième fois chez vous, je m'y résignerais irolontiers.

— Je vous comprends. Monsieur, reprit M. de Peveney. Je dois avouer pourtant que je m'attendais peu à l'honneurde votre visite. Jecroyâis nos comptes réglés depuis longtemps ; en consultant mon cœur je vous croyais suffisamment vengé.

— Suffisamment vengé I s'écria M. de Rouèvres réprimant aussitôt un mouvement de sombre courroux. Si, après avoir consulté votre cœur, vous voulez prendre la peine d'interroger le mien, vous com^ prendrez, Monsieiu*, reprit-il avec sang-froid, que TOUS vous êtes singulièrement abusé. Daignez m'é* coûter ; ce sera l'affaire d'un instant.

— Veuillez vous asseoir, dit M. de Peveney lui indiquant un siège.

^ C'est inutile, répliqua M. de Rouèvres; je serai bref Ce que j'ai à vous raconter, vous le savez d'ailleurs mieux que moi-même. Vous m'avez arraché le cœur, -VOUS l'avez foulé sous vos pieds ; vous avez

pe) du mon ftme : tous y avez étouffé la fbi, la coniïauce etl'amour, poury substituCT le désespoir, la colère el la haine. Voua m'avez fait mécbant, cruel el solitaire. Me voici lieux, brisé avant l'âge, mort k tout ce ^ai rend la vie supportable, ne vivant plus que (le ce qui tue. Vous, cependant, tous êtes jeune ' etlibre.Ua jour, eejourn'estpas loin peut-être, vous vous emparerez de tous les biens que vous m'avez ravis. Vous aurez une femme aimée, et vous oublierez dans ses bras le drame épouvantable dont vous aurez été le triste béros. La famille vous comblera de ses bienfaits; vous vieillirez douceoient, honoré et respecté, au sein du bonheur. Et je serais surrisamDaent vengé [ Mais, Monsieur, vous n'y pensez pas, ajouta-t-îl en étreignant de sa main le bras . de Fcmand;T0US ne savez donc pas ce que j'ai souffert I vous ne savez donc pas ce que je souffre encore ! Si je pouvais vous ouvrir ma poitrine, vous y verriezlea tourments del'enfer. Suffisamment vengé 1 Dites , Monsieur, parlez, est-ce vous que je pou> suivais, lorsque l'infortunée dont j'avais cloué l'amour k votre indilTérence se débattait comme un corps plein dévie qu'on aurait lié à un cadavre? Es^ ce vous que je frappais, lorsqu'elle séchait dans les larmes et dans la honte? Est-ce pour racheter vos égarements qu'elle est mi^e loin de la patrie, dans une salle d'auberge, sans autre pitié que la vdtre ? Comment n'avez-vous pas compris qne vous n'étiez alors que l'instrument de ma vengeance, et que je chercberais k le briser, cet instrument fatal, à partir du JDur QÙ il aurait consommé son œuvre? Vous m'a'^ez servi à souhail, moosieur de Peveney, et

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même j€ n'oserais pas affirmer que voos n'êtes point allé au delà de mes espérances. Quoi qu'il en soit, c'est à votre tour maintenant.

— Avez-vous des armes ? demanda Femand d'une voix ferme.

— Oui.

— Un témoin ?

— Un ami m'accompagne. »

M. de Peyeney se souvint que Gaston se trouvait dans le voisinage. Il l'envoya quérir, et, en l'attendant, il écrivit à la hâte ses dernières dispositions. M. de B... arriva. Après avoir expliqué en deux mots de quoi il s'agissait :

(( Gaston, ajouta— il, si je suis tué, vous direz à madame de Mondeberre que ma dernière pensée a été pour elle. »

Gela dit, tous deux montèrent dans la chaise de M. de Rouèvres, qui leur en fit les honneurs avec politesse. La voiture partit au galop des chevaux ; et, sur l'indication de Gaston, après avoir suivi quelques instants les bords de la Sèvre, elle tourna le coteaik pour s'enfoncer dans un sentier qui se perdait sous un bois de chênes.

Quelques heures après le lever du soleil, de lourdes vapeurs s'étaient amassées au couchant et avaient fini par se condenser en nuées épaisses qui envahissaient peu à peu l'horizon, et se détachaient comme une chaîne de montagnes sur l'azur embrasé du ciel. La nature semblait fi*appée de stupeur et d'immobi*

lité. Pas un cri, pas ud tressaillement, pas un souflle. Les feuilles languissaient dans l'air stagnant; le» oiseaJZ se taisaient ; les fleurs endolories se penchaient sur leurs tiges.

Madame de Mondeberre et sa fille se tenaient assises snrle bord d'une pièce d'eau située à l'extrémité du parc, petit lac ombragé de saules qu'alimentait le cours habilement détourné de la Sèvre, et qu'animaient les évolutions de deux cygnes. Alice était inquiète, agitée; sa mèrel'observaitaTec complaisance et se plaisait à prolonger ce trouble, ce malaise dont elle avait le secret dans son cœur et la guérisoo sous la main. Après avoir causé de toutes choses, excepté de celle qui les préoccupait toutes deux, madame de Mondeberre sut adroitement amener l'entretien sur un terrain qu'Alice n'abordait jamais sans humeur et sans impatience. Après l'y avoir attirée par d'iaseosibles détours :

« Mon enfant, ajouta-t-elle, au risque de t'irrîter, et dussé-je passer à tes yeux pour la plus prêcheuse des mères, j'en reviens k dire que ton cousin Gaston s raison. Il n'est pas juste, il n'est pas convenable qu'une belle et charmante fille comme mon Alice ensevelisse dans la solitude les plus belles années de sa jeunesse. Toute &me ici-bas a ses destinées àremplir ; nulle ne saurait s'y dérober sans faillir à la missioa qu'elle a reçue de Dieu.

— Quelles destinées? quelle mission? répondît Alice avec vivacité. Dieu ne m'a donné d'autre mission que de t'aimer et de le servir.

— Oui, tu es une flUe adorable 1 s'écria madame dti Mondeberre avec effusion; mais, chère enfant, cela

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ne suffit pas. II est des devoirs, des joies et même des douleurs auxquelles toute créature doit se soumettre, sous peine de manquer à sa destination. Aimer, se dévouer et souffrir, c'est, mon enfant, Ja commune loi.

— Aimer ! dit Alice; est-ce que je ne t'aime pas ? Se dévouer I est-ce ma faute situ m'as fait le dévouer ment si facile? Souffrir I...

A ce mot, elle s'interrompit et n'acheva pas ; son jeune sein se souleva, deux larmes brillèrent au bout de ses longs cils.

— Tiens, ma mère, reprit-elle presque aussitôt, laissons là toutes ces subtilités auxquelles je n'en* tends rien. Je vois seulement où tu veux en venir. Je ne m'irrite pas de ton insistance, parce que rien de toi ne saurait m'irriter; mais, si tu veux que je te le dise, mon cœur en gémit et ma tendresse s'en alarme. Mon amour t'est donc à charge, que tu es si impatiente de le partager? Elle te pèse donc bien, cette vie à deux qui me parait, à moi, si légère? Va, tu n'es qu'une ingrate qui ne sait pas aimer I ajoutât-elle en s'abandonnant avec une molle résistance aux bras caressants qui s'empressèrent de l'enlacer.

-» Allons, pardonne-moi, dit madame de Mondeberre. Après tout, je ne demande et ne cherche que ton bonheur. Puisque tu es heureuse ainsi, et que ton cœur n'aspire pas à des félicités plus grandes, je ne te tourmenterai plus. Je t'atoue, pourtant, qu'il me souriaitd'ôtregrand'mère et de bercer mes petits-enfants. Et puis, il s'offrait un parti qui semblait devoir te convenir. Tu ne veux pas ; qu'il n'en soit plus queslion.'

— Encore quelque fat que t'aura proposé cet impitnjMble Gaston? répliqua l'en&ut d'un airdédaig[ioux et mutin.

— Mnis non, reprit madame de Mondeberre ; celuilà nï'ït pas un fat, et s'est bien proposé lui-mCme. Je dois même ajouter que je n'ai pas osé prendre sur moi do le décourager tout d'abord,carj*avaiscrurcmij quer que ta le recevais sans trop de déplaisir.

— Je le connais, ma mère ? s'écria la jeune fille, qui 5Cntit tout son sang lui monter au visage.

— Tu le connais un peu, dit madame de Mondeberre ; c'est un gentilhomme de nos voisins que je tiens en grande estime, et à qui j'aurais confié sans hésiter le bonheur de ma fille adorée.

Alice regarda sa mère, qui souriait avec amour et paraissait appeler sur les lèvres tremblantes de l'enlanllenom qui n'osait points'ëchapper de son cœur. Elle hésita; en moins d'une seconde, ses joues pâlirent et se colorèrent du plus vif incarnat. Elle doutait, elle hésitait encore, lorsque madamede Mondeberre lui ouvrit ses bras.

— C'ettluil s'écria-t-elle enfin, en tombant tout en picun sur le sein maternel.

En cet instant, la. détonation de deux coups de feu retentit au loin. Ce bruit éveillait toujours dans le cœur de madame de-Mondeberre de lugubres échos : ellefrissoana; mais ce ne fut qu'une impression presque insaisissable qui se perdit bien vite dans la joie des épancheiaents et des confidences mutuelles. Qoi pourrait dire llvreise de ces deux Ames qui, après trois aunées de souffrances silencieuses, après avoir, durant trois ans, tendu en secret vers le même bat,

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lonchaieDt enfin à la réalisation de lenrs rôres, et se rencontraient dans un même sentiment de bonbeur? H est si dotuc de revenir à deux snr les douleurs du passé, lorsque le présent nous sonrit et que l'avenir est plein de promesses ! II est si charmant de se confier l'un à l'autre ce qu'on a pleuré, ce qu'on a souffert, quand les mauvais jours sont finis et que la vie n'est plus qu'une fâte I

Alice et madame de Mondeberre étaient restées assises an bord de l'eau. De la place qu'elles occupaient, elles pouvaient voir, à travers la ramée, la petite porte da parc. Il y avait plus d'une faeure qu'elles étaientlfc, s'oubliant en projets enchantés, allant, tour & tour et sans se lasser, des jours écoulés auzjours k venir, s'emparant de la vie et la disposant k leur gré, quand toutà coup la porte du parc s'ouvrit pour donner passage à deux hommes de la campagne qui portaient & bras an lit de feuillage sur lequel gisût nu corps inanimé. En apercevant èi travers les branches le fnnèbre convoi qui s'avançait lentement, madame de Mondeberre et sa fllle se levèrent, et, s'en étant approchées, elles reconnurent M. de Peveoey, qu'on rapportait mortellementbiessé. A cause de la proximité, Gaston avsitjngé convenable de foire transporter Fernand au chttean, tandis qu'il allait, lui, au galop de son cheval, chercher à la ville voisine des secours, hélas 1 inutiles.

Quand on l'eut déposé sur le gazon, Alice et m»dame de Mondeberre virent sa poitrine trouée et sanglante Elles s'étaient agenouillées chacune d'un câté du brancard : l'nne, froide «t immobile comme ces statues de marbre qui veillent au pied des tom-

beaux; l'autre, laissant son cœur éclater en »nglots.

— Mon fils I moD «D^ot I disait madame de Mon- (leberre en le baignant de pleurs.

Alice ne pleurait pas. Elle pencha sou visage sar ie front de son pâle fiancé.

— Ami de mon cœur, entends-moi ! lui dit-elle. Je t'aime, je t'ai toujours aimé. Je n'étais qu'une enfant que je t'aimaÎB déjà. Tu vas emporter ma vie tout entière. Mon amant I mon époux I jeune et cher compagnon de mes belles années !je te dis adieu, doux espoir! Je ne sais si je te survivrai; mais si je te survis, mon Femand, ce sera pour porter ton deuil et pour chérir éternellement ta mémoire.

— Hélas I murmura Femand, vous me faîtes mourir deux rois,

Il ne put €1 dire davantage*

It tourna tour à tour vers chacune de ces deux femmes un regard mourant que l'amour animait encore; puis, au houtde quelques instants, une main dans la main d'Alice, l'autre dans celle de sa mère, il expira.

— Ah ! mi fille 1 ma fille infortunée I s'écria madame de Mondeberre en se jetant sur Alice.

— Veuve comme toi, je vivrai comme toi, ma mère.

Et la noble enfant appliqua ses lèvres sur la main glacée de l'amant qu'à la face du ciel elle venait d'épouser dans son cœur.

nn DE FBBltAND.

Sur la côte de Bretagne, entre la yille de Saint- Brieuc et le village de Bignic, s'élève une espèce de manoir qu'on a de tout temps, dans le pays, décoré du nom de château, sans doute à cause de la tour crénelée qui écrase de sa sombre masse le reste de l'édifice. Le fait est qu'avant la révolution de 89 le Goat-d'Or était la demeure des seigneurs de l'en* droit. Devenu propriété nationale, les hiboux s'en emparèrent et y firent tranquillement leurs petits, jusqu'en i8i 5, époque à laquelle la famille LegofT l'acheta et s'y vint installer. L'aspect en est lugubre, les abords en sont désolés. D'un côté l'Océan, de l'autre, à perte de vue, des champs d'ajoncs et de bruyères. Entre ces deux mers, qu'il domine comme un promontoire, le ch&teau s'élève triste et solitaire avec sa tour pareille à un phare.

Par un soir d'hiver de l'année 1836, les trois frères Legoif étaient réunis dans la chambre du rez-dechaussée qui leur servait habituellement de salon. G^était une vaste salle qui présentait un bizarre assemblage de luxe, d'élégance et de simplicité rustique. Ainsi, tandis qu'un riche tapis étalait sur le car*

TAILLANCE.

reau ses rosaces aux yives couleurs, le plafond étendait au-dessus ses poutres noircies par le temps et par la fumée. Les mars étaieat blanchis à la chaux, mais chaque fenêtre aTait de doubles rideaux de soie blanche et de damas rouge. Quelques chaises de paille grossière escortaient humblement un magnifique fauteuil velours et palissandre, tout surpris de se voir en si mauvaise compagnie. Une carabine, des sabres, des poignards, des haches d'abordage, des fusils de chasse emprisonnés dans leurs étuis de cuir, tapissaient le manteau de la cheminée; un piano d'ébène, incrusté de filets de cuivre, occupait le fond de cette chambre, dont les trois frères LegofT n'étaient pas le moindre ornement.

Le plus beau des trois était encore fort laid, en admettant toutefois que la figure douce, intelligente et résignée du frère Joseph pût passer pour laide. On se laissait prendre bien vite à son air souffrant et rêveur, on finissait par le trouver charmant. Dans sa longue redingote brune, boutonnée jusqu'au menton, avec ses cheveux blonds et plats séparés sur le milieu du front et tombant négligemment sur le col et sur les épaules, on eût dit un de ces cloarecs qui mêlaient parfois à leurs pieuses méditations les chastes inspirations de la muse.

Les deux autres, pour parler net, avaient tout l'air d'ours mal léchés.

Le frère Christophe portait, sons tme houppelande de peau de chèvre, un costume de marin du temps de l'empire ; il avait les jambes courtes, le ventre gros, la barbe inculte, les sourcils épais, les cheveux noirs, la tête énorme. Il aurait pu tuer Joseph

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d'une cUqnenande, et un bœuf d'un coup de poing.

Le frère Jean, l'alné de la làmille, pourait avoir de quarante-cinqh cinquante ans. Il éUit long et maigre, et, ptèi de Christophe, ne ressemblail pas troji mal k don QuietuHte en société de Sancho Pauç i. Il avait des iDoustaches rousses, hérissées et m(tn;LçaDtes comme les dards d'un poro-épic; la pièce la plus importante de son Tétement était une redin^ule grise, qu'il portaîtà la bçon de l'empereur.

Les trois frërea avaient aux pieds de gro'^ siibois qui se prélassaient sans gfine sur un tapii de mille écus.

Assis autour de l'àtre, tous trois paraissaient en proie à une violente inquiétude, qu'ils exprimaierit différemment, chacun selon son caractère. Jean et Christophe juraient; Joseph priait h voix basse, loul en suivant d'un regard préoccupé les jets de flamme bleuâtre qui s'échappaient de l'ormeau embrasé. De temps en temps, Christophe ou Jean, b tour de râle, se levait, allait entr'ouvrîr les rideaux d'une fenêtre; puis, après être resté quelques instants eu observation, retournait fc sa place d'un air agité. Joseph n'interrompait ses prières que pour consulter le cadran d'une de ces horloges de village vulgairement appelées coucotu, qui mêlait son chant monoloue uwx cris dugrillonetaux sifSementsde la bise. Bien que la soirée fût peu avancée, il faisait nuit sombre. I.i chambre n'était éclairée que par la lueur du foyer. La tempête soufflait an dehors.

L'horloge sonna sept heures.

Au septième coup, Christophe et Jean se levèrent brusquement et se prirent k marcher de long en lai ge

m TAILLAKCE.

dans la salle. Une rive anxiété se peigûait sur lenr visage. Immobile à sa place, Joseph avait redoublé de ferveur dans ses prières. On eûtendait ie grésillement de la pluie qui fouettait les vitres, et la vois furieuse de rOci^an qui se brisait contre les rochers du l'ivage.

<i Mauvais temps I dit Jean.

— Fatal anniversaire 1 — ajouta Christophe. — Voilà dix-neuf ans qu'à pareil jonr, par un temps pareil, notre vieux père et notre jeune frère ont péri dans les Ilots.

— Dieu veuille avoir leur flme 1 — murmura Joseph en se signant.

— Et voilà, jour pour jour, heure pour heure, dix-sept ans que Jérôme est mort, — s'écria Jean pu hochant la tête,

— C'est vrai, — dit Christophe avec un sentiment de terreur religieuse.

— Mon Dieu ! — s'écria Joseph avec onction, — qu'il vous plaise que ce funeste jour ne nous amène pas quelque nouveau malheur 1» .

En cet iuslanl la porte du salon s'ouvrit, un serviteur parut sur le seuil. L'eau ruisselait le long de ses cheveux et de ses habits.

(lEh bien, Yvon, quelle nouvelle? — demandèrent à la fois tes trois frères.

— Mes maîtres, rien de nouveau, — répondit Yvon d'un air consterné. — Nous avons battu la cûte depuis Dignic jusqu'à la Hérissière, ofi nous avons perdu les traces de notre jeune maîtresse. Ce matin, à Dignic, on l'a vue passer à cheval. Il faut qu'entre les deux villages mademoiselle se soit jetée dans les

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