‹ Fernand suivi de Vaillance ét de RichardChapitre 74 sur 118 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

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d'eux, et leur rendant en cajoleries de tout genre les attentions qu'ils avaient pour elle, ces deux hommes en perdirent la tête, et leur amour, exalté par l'orgueil, ne connut plus ni borne ni mesure. Toutefois, ils l'aimaient surtout parce que c'était sa blanebe iqain qui les avait tirés tous deux du gouffre de passions honteuses. Ils se plaisaient à établir de mys-' térieux rapports entre cette enfant et l'ancien brick dont elle portait le nom. L'un avait été Tarche de leur fortune, l'autre était devenu, pour ainsi dire, Tarche de leur honneur. U leur semblait qu'yen portant le nom du vieux corsaire. Vaillance ennoblissait et purifiait la source de leurs richesses.

Cet amour prit à la longue tous les caractères de , la passion; ce fut de part et d'autre des jalousies, des rivalités qui remplirent le Goat-d'Or de coquet« teries adorables. Jaloux de Joseph, Jean et Christophe étaient en môme temps jaloux l'un de l'autre. Les vieilles haines du drapeau et du pavillon s'étaient réveillées ; mais la jeune fille avait un art merveilleux pour faire à chacun sa part et tenir la balance des amours-propres dans un parfait équilibre ; çlle appelait Christophe son oncle l'amiral, et Jean son oncle lé colonel. Une lutte inavouée n'en existait pas moins entre eux. Chacun se tenait à l'affût pour surprendre les fantaisies de Jeanne ; ils la questionnaient en secret et usaient de mille ruses pour se vaincre mutuellement en munificence.

Voici, par exemple, ce qui arriva pour le quinzième anniversaire de la naissance de Vaillance.

Plusieurs mois auparavant, Christophe et Jean s'étaient consultés entre eux pour savoir ce qu'ils

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donneraient & leur niëce^ à l'occasion de ce solennel anniversaire.

« Toute réflexion faite, — avait dit Jean, — cette fois, je ne donnerai quoi que ce soit à Jeanne. Sa dernière fête m'a ruiné. D'ailleurs l'enfant n'a besoin de rien. Je me réserve pour l'année prochaine.

— Puisqu'il en est ainsi, — s'était écrié Christophe, -^ je suivrai ton exemple, frère Jean. Vaillance a plus de bijoux et de chiffons qu'il n*en faudrait pour parer toutes les femmes de Saint-firieuc. Ses dernières étrennes ont mis ma bourse à sec. Je m'abstiendrai comme toi, et nous verrons Tan prochain.

— C'est le parti le plus sage, — avait ajouté Jean.

— Nous avons fait assez de folies, — - avait ajouté Christophe,

— Eh bien, c'est entendu, — avait dit Jean ; — nous ne donnerons rien à l'enfant pour son quinzième anniversaire.

— C'est convenu, » avait dit Christophe.

Le grand jour étant arrivé, Jeanne, qui avait compté sur de magnifiques présents, s'étonna devoir ses oncles venir l'embrasser les mains vides. Il n'y eut que Joseph qui lui offrit un bouquet de fleurs écloses au premier souffle du printemps.

Cependant Christophe riait dans sa barbe, et Jean avait un air de satisfaction diabolique.

Sur le coup de midi, voici qu'un baquet, traîné par un cheval et chargé d'une immense caisse, s'arrête devant la porte du Coat-d'Or. On transporte la caisse dans une des salles du château ; et tandis qu'on en brise les planches et que la jeune fille rôde à l'entour se demandant avec anxiété quelle merveille va sortir

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