‹ Fernand suivi de Vaillance ét de RichardChapitre 97 sur 118 · CHAPITRE \II · texte numérisé non relu

CHAPITRE \II

ine fend le cœur de la voir ainsi I Je crois que nous ferions bien de rappeler cet enragé de sir George. Je ne l'aime pas, mille canons I mais vois-tu, Chris* tophe, que ce soit lui ou un autre, il faudra bien, tôt ou tard, en passer par là.

— Je ne conçois pas — répondit Christophe — cette manie qu'ont les petites filles de vouloir se marier I

— Que diable veux-tu, mon pauvre Christophe I — répliqua Jean en soupirant; ^- il parait que c'est

^partout comme ça.

— Il faut voir, il faut attendre, — dit Christophe; — d'ailleurs sir George est parti.

— Qui le sait ? — dit Jean.

— Je suis sûr qu'il est parti, — affirma Christophe qui n'en savait rien.

— Puisqu'il est parti, — ajouta Jean avec une secrète satisfaction, — nous n'avons rien à nous reprocher. »

Un incident imprévu changea tout à coup la face des choses.

Durant les nuits qu'il avait passées près d'elle, Joseph avait remarqué que Jeanne portait souvent à ses lèvres une relique suspendue à son col ; le pieux garçon s'était félicité de voir qu'au milieu de ses chagrins sa nièce eût recours aux saints du paradis.

((Tels sont, — se disait-il, — les fruits d'une éducation religieuse I Quand tout nous abondonne ici-^ bas, les anges et les saints descendent du ciel pour essuyer nos larmes. »

Cependant une nuit que Joseph veillait seul dans

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la chambre de la jeune fille, il trouva par hasard la lettre de sir George que Jeanne, sous le coup de l'émotion qu'elle en avait reçue, avait négligé de serrer. Joseph lut cette lettre à la, lueur voilée de la lampe; les dernières lignes le troublèrent. Il se leva, courut au lit de Jeanne ; Tenfant reposait, calme, pre^sque sereine. Joseph, en se penchant doucement, aperçut autour de son col la chaîne de cheveux qui retenait la relique de George. A cette vue, ses jambes se dérobant sous lui, il fut obligé de s'asseoir sur le bord de la couche. Enfin, d'une main tremblante, il détacha la chaîne, s'approcha de la lampe : le jour levant le surprit à la même place, pâle, immobile, les yeux fixés sur la chaîne et sur la relique.

Ce fut le froid du matin qui le tira de la profonde stupeur dans laquelle il était plongé. Il porta ses mains à son visage pour s'assurer qu'il veillait, et que ce n'était pas un rêve.

« mon Dieu I — s'écria-t-il enfin en tombant à genoux, — vos desseins sont impénétrables. Vous nous frappez d'une main et vous nous relevez de l'autre. Vos bontés sont plus grandes que vos colèresne sont terribles. Soyez béni. Seigneur, etfaites que ce jeune homme n'ait pas encore quitté nos rivages ! »

À ces mots, il se précipita hors de la chambre, fit seller un cheval, et, sans prévenir ses deux frères, s'éloigna au galop en se dirigeant vers Saint-Brieuc.

« Faites, mon Dieu, qu'il ne soit point parti I d répétait-il en pressant les flancs de sa monture.

Aux approches de la ville, il s'arrêta pour parler à des ouvriers du port qui se rendaient à leurs travaux*

C^APITRE YllI. 265

Joseph leur demanda si quelque nayire n'avait pas mis récemment à la voile pour les côtes d'Angleterre. . « Non, — dît Tun d'eux, — à moins pourtant que le capitaine du Waverley n'ait appareillé cette nuit, comme il en avait l'intention.

— Impossible! — dit l'autre; —la brise était mauvaise.

— A minuit, le vent a tourné, — ajouta un troisième, qui prétendit avoir vu, au soleil levant, du haut de la côte, un bâtiment gagner la haute mer à toutes voiles.

— Dans ce cas, — dit le premier, — c'était le Waverley,

— Ou le Wasingtoriy — dit le second, — faisant route pour l'Amérique.

— Je crois plutôt, — ajouta le troisième, — que c'était le brick du capitaine Lefloch se rendant à la Rochelle ou à Bordeaux. »

Tandis qu'ils se disputaient pour soutenir chacun son dire, Joseph, dévoré d'angoisses, reprit sa course, et ne s'arrêta qu'à la porte du consul anglais.

En apprenant que le Waverley n'avait pas quitté le port, et qu'étant en réparation, il ne pourrait appareiller encore de quelques jours, Joseph rendit grâces au ciel, et se fit conduire à la chambre de sir George.

Lorsqu'il entra, George était accoudé sur une table, la tête entre ses mains. Au bruit que fit la porte en s'ouvrant, il se retourna et reconnut Joseph. Son premier cri fut pour miss Jeanne ; Joseph le considérait avec une muette et ardente curiosité.

Enfin, il tira de son sein la chaîne et la relique

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t66 VAILLANCE.

qu'il avait détachées du col de sa nièce^ et les pré< sentant à sir George :

« Ëstrce bien de vous, Monsieur, — lui dit-il d'une voix émue, — que ma nièce tient cette relique et cette chaîne de cheveux ?

— Oui, Monsieur, c'est de moi, répondit gravement l'officier.

— Ne sauriez-vousme dire aussi, — reprit Joseph, — - de qui vous tenez ces objets? Ce n'est pas une indiscrétion. Monsieur : il y va de notre bonheur à tous. Qui vous a remis cette chaîne et cette relique? où les avez-vous trouvées? depuis combien de temps les possédiez-vous avant de les donner à Jeanne ?

— Monsieur, — dit George, qu'avait gagné déjà rémotion de Joseph, — voilà bien longtemps que j'adresse les mômes questions à la destinée. Que puisje vous répondre? La destinée ne m*a pas répondu.

— Mais, sir George, du moins savez-vous de qui vous tenez cette relique et cette chaîne de cheveux? — s'écria Joseph d'une voix mourante.

— Je l'ignore, Monsieur, — répliqua sir George, qui sentait ses jambes fléchir, car le trouble de Joseph passait peu à peu dans ses sens. — Tout ce que je puis dire, c'est que, jusqu'au moment où je l'ai détachée pour l'envoyer à miss Jeanne comme un gage de ma respectueuse tendresse, cette relique a toujours été sur mon cœur.

— Toujours 1 — s'écria Joseph.

— Toujours, — répéta le jeune homme.

— Mais, Monsieur, — ajouta-tril, — ne sauries^vous me dire,àvotre tour, où tendent toutes ces questions?

— - Vous dites donC| *- s'écria Joseph poursuivant

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