‹ Fernande; pièce en quatre actes, en prose (volume 2)Chapitre 67 sur 134 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

je suppose, car on riait beaucoup autour de moi ... j'observai que ma jeune inconnue souriait à peine, ot d'un sourire bien pâle aux bons endroits, jamais à une trivialité I... Marque do finesiSequi me donna la meilleure opinion de son esprit!.... mais en revanche» quand ce fut le moment des larmes I... elle pleura bien à point, et avec une sincérité de douleur... qui me donna également la meilleure opinion de son cœur 1

GLOTILDB.

Bref!... vous voilà bel et bien épris de cette petite, qui rit si à propos et pleure si bien à point?

ANDRÉ

Épris, non!... mais intrigué, curieux, intéressé! ohl vive- ^ment!... De là à remarquer la finesse tout aristocratique de sa main, la distinction de ses manières, le bon goût et la simplicité de sa mise... et à me demander comment elle était là; puis à bâtir tout un petit roman sur son compte... il n*y a qu'un pas!.. Vous me voyez d*ici, galoper dans le pays des hypothèses I Mais ce que vous ne voyez pas , c'est mon désappointement, quand regagnant ma place, au dernier acte, je constatai que la loge était vide, et qu'elles avaient disparu avant la fin!.. Je sors à la hâte!., personne!., la nuit, un quartier inconnu... et je rentre chez moi, inquiet, mécontent et sous l'empire de ce singulier malaise qui précède toujours les maladies ou les fortes crises !...

CLOTILDE

El le lendemain?

ANDRÉ

Le lendemain, dans l'après-midi, j'accours ici pour faire ma paix avec vous, mais le démon s'tn mêle!... Vous êtes sortie... Le hasard de la veille me fait remonter la rue des Martyrs !...

CLOTILDE

Jusqu'au théâire?

ANDRÉ

OÙ je ne trouve pas ce que j'y cherche, vous le pensez

Digiti

bien 1 Je redescends tristement la montagne, et Providence!..

CLOTILDE, avAc intention, soulignant.

Providence ?

ANDRE

Oui, oui... Providence ! El pas hasard, cette fois !... Sur les marches de Notre-Dame- de-Lorette, qu'est-ce que je vois? ma jeune fille de la veille, qui entre à l'église et toute seule... J'entre après elle! Elle s^agenouille et prie... Et j'attends, et j'admire ! Elle priait,' comme elle pleurait! de si bon cœur ! Elle sort ! Je la suis sans être vu... Je vous entends... c'est ridicule... de mauvais goûl... c'est vrai... Mais je n'en étais déjà plus aux délicatesses ! Elle entre dans un magasin ! J'attends à la porte, dix miaules, un quart d'heure, une heure... Exasp(îré, j'entre à mon tour ; on me rit au nez ! La boutique a une" autre issue sur la rue de Navarin, et c'est par là qu'elle est sortie... Jugez de mon dépit! Je redescends cl j'accours ici... nerveux, querelleur, insupportable!...

Au point que ce soir-là j'ai pressenti quelque danger à venir...

ÂN1»RË.

Ëh bien! il n'était pas à venir, Clctilde!.. Il était venu !

CLOTILDE

Et depuis?

ANDRÉ, debout.

Rien I

' CLOTILDE

Mais vous 1'

avez

bien retrouvée?..

ANDRÉ

Jamais !

CLOTILDE

Jamais !

ANDRE

Et ce n est

pas

faute d'arpenter colle rue si

bien nommée

Digiti

ACTK DEUXIEME 103

pour moi... mais on n'a pas deax fois la chance heureuse du second jour... Enfin, dépilé, je me dis : Ce théâtre : elle y reviendra... Retournons tous les soirs à ce théâtre... Mais pour cela, il me fallait mes soirées libres, et je vous les donnais toutes;.. De là mon départ en Touraine et mon retour secret... Depuis huit jours, ma chère amie, toutes mes soirées, toutes !.. je les ai passées là!. . Et sans profit... Si bien que ce matin je me suis dit : Vraiment c'est trop d'extravagance.. . J'y renonce 1... c'est-à-dire j'emploierai quelque autre moyen... El me voilà...

CLO TILDE, se levant.

Mais c'est charmant, -celte petite histoire...

ANDRÉ

Ah I ce qui est charmant, Clotilde, c'est qu'il me soit permis de vous la conter... Avouez quUl est curieux de voir deux amants, devenus deux amis, échanger de telles confidences, et s'en réjouir au lieu de s'en fâcher... n'est-ce pas délicieux?...

CLOTILDE

C'est délicieux !...

ANDRE , prenant ses deux mains qu'il serre affectueusement.

Oh! amitié... suave amitié qui commence !... Plus de jalousie... plus de tourments! La fraîcheur et le calme! Quel charme que l'amitié d'une femme, quand elle succède à son amour! Car enfin, je vous aime autant qu'on peut aimer, amour à part... Vous avez pour moi la même estime, vous l'avez dit : Nous continuerons à nous voir, comme par le passé... Mais avec qudle sécurité, maintenant!... quelle confiance ! — Je bénis deux fois mon destin qui, après m'avoir donné la joie de vous aimer avec tant d'ivresse... me donne aujourd'hui celle de vous aimer avec tant dé dorceur !

Excellent ami !

Digiti

ANDRÉ

Je ne vous cèlerai rien di» mes petites aventures. Vous m'aiderez de vos conseils...

GLOTILDE.

Et puis vous vous marierez, et alors?...

ANDRÉ

Me marierai -je ?

Pourquoi pas !

GLOTILDE.

ANDRE

Eh bien ! franchement I... j'y ai pensé !...

GLOTILDE.

Ah!...

Oui, à Blois!... d'Ëspilly... l'ami dont je vous parlais, et chez qui j'ai diné à mon arrivée, s'est marié il y a quinze jours! Une petite Tourangelle qui sort de son couvent, blonde avec des yeux bleus, encore tout étonnés de l'aventure I... C'est innocent!... c'est frais!... c'est mignon 1... Ah ! l'heureux niorlel !

GLOTILDE.

Eh bien ! mais il n'y a pas que cette petite blonde- là!... s'il vous la faut blonde !... Et votre inconnue?

ANDRÉ

Blonde aussi !... C'est vrai!... Elle lui ressemble !.., Ah ! Dieu!., une petite âme comme celle-là , toute neuve, quel idéal !.. Ah ! si je la retrouvais !

GLOTILDE.

En cherchant bien !... à nous deux I.

ANDRÉ

Vous m'aiderez?

GLOTILDE.

Pourquoi pas!... Entre hommes?

Digiti

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