ACTE DEUXIÈME
CLOTILDE
Vous êtes sûr ?
ANDRÉ
Si je suis sûr!... Et quelle autre, bon Dieul En est-îl deux pareilles !.,. Mais regardez-la donc... Ce visage, cet air de candeur et d'honnêteté ! Si c'est elle !... Dieu, si c'est elle !... Ah ! oui, c*est elle !
CLOTILDE, à part.
Ohl... comme il Taime !
ANDRB, regardant toujoars.
Mais, c^est que je ne Tavais jamais si bien vue. Elle est. ravissante!... quels yeux !... Et ces petites mains!... Oh! mais voyez, voyez ces petites mains... Et quel jeu, quelle âme !... Ah 1 elle joue comme un ange, qu'elle est!
CLOTILDE, amèrement.
Un ange?
ANDRÉ, exUsié, à la fenôtre.
Avec une figure pareille!... Oh! Dieu!' Il suffit de la voir!...
CLOTILDE, à elle-même, le regardant.
Un ange!... cette créature !... Et c'est pour elle que !... Il la dévore des yeux !... Ah ! non ! jamais il ne m'a regardée comme celai... Et c'est cette fille!... cette fille que je ramasse! ma rivale !... ça !... Eh bien, attends, va.
Elle saisit une plaine et écrit fiéyreusement, après avoir soncé. ANDRÉ, de même.
Ah ! nous parlions jeune fille !... voilà une vraie jeune fille, à la bonne heure!.. Ah! l'innoceoce! quel charme et quelles promesses !
CLOTILDE, debout, résolue, après avoir donné la lettre à Thérèse, le regardant avec ironie.
Oui, irest-ce pas?
Digiti
ANDRÉ
S'il esl un amour durable au monde... et un bohh.eur sans réserve!... ah! Glotilde, il est là, sûrement !... et jamais ailleurs, du moins pour moi I
GLOTILDE, à part.
Ah I si lu dis vrai !
ANDRE, se retournant.
Vous dites?
CLOTILDE
Moi... mon ami, je dis... c'est vrai !
Le piano cesse.
ANDRÉ, fermant la fenêtre.
C'est fini!... Le charme est rompu!.. Âh ! Glotilde, j^; suis comme un fou !... jamais je n'ai rien éprouvé de tel-!
Il descend. GLOTILDE, souriant a mèrement . .
Merci !
ANDRÉ
Pardonnez-moi !... je ne sais plus ce que je dis... Mais c'est qu'aussi tout cela est si imprévu ! si surprenant!... La chercher partout et la retrouver ici 1... chez vous !... Mais qui estelle, vous la connaissez ?
CLOTILDE
Si je la connais?... Marguerite !
ANDRE, arec amour.
Elle s'appelle Marguerite?
CLOTILDE
De la Brière I... petite noblesse de province, le père un gentilhomme campagnard est mort d'un accident de chasse^ ruiné par des spéculations malheureuses !..; et laissant la mère et la iille dans une situation des plus précaires !
Digiti
AGTK DEUXIÈME 111
ANJ)RÊ.
Pauvres femmes I
GLOTILDE.
Elles ont vécu jusqu'ici du peu qu'il avait laissé, mais à la fm tout s'épuise, et les voilà solliciteuses 1... Je les avais connues au temps de leur prospérité, et les rencontrant hier, j'ai mis à leur disposition ce petit logement, en me promettant bien d'employer pour elles tout mon crédit... que vous ne me refuserez pas... je pense ! ...
ANDRÉ
Ah ! mauvaise... vous me raillez !...
GLOTILDE.
Sérieusement, mon ami... Elles sont vraiment dignes d'intérêt, et bien méritaïUes ! . . .
ANDRÉ, Tirement.
Oui., n'est-ce pas?
GLOTILDE.
La fille surtout 1... Avec cette figure !... vous pensez bien que toutes les portes lui seraient ouvertes.
ANDRÉ
Je le crois bien !
GLOTILDE.
Mais elles ne sont pas femmes à user de tels avantages !... une honnêteté ! une rigueur qui va même jusqu'à Texcès !
ANDRÉ
Vous m'enchantez !
GLOTILDE.
Deux provinciales, pour tout dire !... un peu dévotes, un peu prudes I et dont la timidité passe toute croyance !
ANDRÉ
Mais tout cela est délicieux !... Talents... beauté, vertu !.. . mais c'est un trésor que cette fille-là !...
Digiti
GLOTILDE.
Vous en jugerez mieux à Tinslani.
ANDRÉ
Comment?
GLOTILDE.
£lle dtne avec moi... el la voici !...
ANDRÉ, suffoqué.
Ah !... comme cela ! sans me prévenir !...