ACTE PREMIER. T
BARnXON.
Dans le salon du Marquis !
UARCEL.
El quelle raison?...
BARILLON
Ahl d'abord, le Marquis et le Docteur ne sont pw ennemis; loin de là! — Sous le Directoire, Vauclin vint à passer dans celte rue, au moment où un enfant de dix ans, tonib(5 d'une fenêtre et suspendu par un pan de sa jaquette à demi déchin^e, allait ctioir sur le pavé ; mon Spartiate le reçut dans ses bras : c'était le Marquis 1 — De là une affection réciproque, favorisi'c par la familiarité que iustifiait leur âge autant que les habitudes de l'époque; et plus tard une vaillante amitié qui a su résister à toutes les atteintes. — Ce sont, il est vrai, des discussions quotidiennes. Mais le Docteur ne souffrirait pas qu'un autre que lui se levât la nuit pour soigner son animal d'ans* tocraie, et le Marquis n'accepterait pas d'un autre que de son infâme démagogue la potion qui doit le soulager.
MARCEL
Oui; bien... mais le sieur Fromentel?
BARILLON
Nous y arrivons I — On se réunissait le soir, pour faire un whist à trois, avec le vieux Duc. On jouait le mort! — Le Duc radotait un peu, mais enfin l'on jouait^ Un soir le Duc s'endort sur son jeu; coup de foudre!... on joue bien avec un mort, on ne joue pas avec deux. Il faut à tout prix remplacer le Duc et trouver un troisième: mais lequel?... On essaye d'abord de M. le sous-préfet, pour qui l'on sait trouver un sourire : joli joueur, mais faisant l'éloge du gouvernement à chaque levée I — Pour des hommes d'opposition, ce n'était pas tenableï... Il fallut bien se rabattre sur l'abbé Fournel, vicaire de l'église Sainte-Croix et directeur du vieux Duc; mais un soir Léonidas voulut absolument lui faire avouer qu'il n'y a pas de Dieu ! — Sur ce, discussion, rupture ! — Arrive Fromentel, qui loue le premier étage! — Un joueur éméritel... quelle trouvaille l... Enrich! dans les comestibles, c'est vrai, mais du moins toujours mécontent, celui-là! On est sûr qu'il ne fera l'éloge de rien, ni de la terre, ni du ciel ! — Et voilà comment s'est constitué ce tapis vert, qui représente en petit tout un parlement. — Le Marquis à droite... le Docteur à gauche... Fromentel au centre... et visà-vis, le Mort, qui est là, mélancoliquement, pour leur rappeler à tous le néant des discussions humaines...
(Il se lève et redescend à «auche.)
UARCEI..
Et de femmes... point?...
BÂBItLON.
Si! la Forbac; mais est-ce bien une femme?— Une vieille fille de province dont personne n'a voulu., bigote, cancanière, et ne désespérant pas de faire tester le Marquis en faveur de je ne sais quelle société, dont elle est fondatrice, pour le salut des demoiselles... égarées... jamais de celles qui sont en détresse!... Enfin, cbaritahle à la façon de ces philanthropes qui donnent pour le rachat des petits Chinois dix centimes dont ils ne feraient pas Taumône à un petit Français : tu vois cela d*lci.
(On entend frapper nn oonp.) MABCEL.
Qu'est-ce que cela?
BABILLON.
G*est le marteau, ton heurtoir, qui t'annonce un visiteur pour le Marquis.
MABCEL.
Ou le Docteur.
BARILLON
Non !... non!... un coup pour le premier et le rez-de-chaussée; deux coups pourle second ; trois pour le troisième. Tu as oublié ta provmce... C'est à chaque locataire d'ouvrir sa porte: cela supprime le concierge!
MARCEL, riant.
C'est peut-être un progrès! — Mais je te quitte.
BARILLON *
Déjà! — Tu n'attends pas?
MARCEL
Non ! le Marquis tarde trop. J'ai' deux confrères chez moi qui s'impatientent, et puis ce que tu m'as dit de ses opinions... Non... décidément, je ne le verrai pas! Et je laisserai seulement ma carte à Bourgogne. (ll vonln U porta de gaache par où est sorti
Beurgogae.) Vieus-tu? — Tu vcrras le Marquis demain matin!...
BARILLON
Oh! moi! impossible!... demain malin, le Marquis serait seul I n faut que je voie mes trois hommes réunis. C'est une jeune fille à recommander. Ils ont tous une raison de s'intéresser à elle ; reste à savoir leaucl est le plus capable^, le plus digne... Enfin... c'est très-délicat t.
* Marcel, Barillon.