‹ Fernande: pièce en quatre actes, en proseChapitre 91 sur 240 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

ne serai la femme d'un honnête homme, moi qui n*ai pas su rester honnête fille I

CLOTILDE

Oui, vous avez dit cela !

Ah I si je Tai dit 1.. et avec assez de douleur, pour qu'à défaut de mes paroles vous vous rappeliez du moins mes larmes I

CLOTILDE

Mais je me souvieus de tout 1.. Fh bien ?

Eh! bien, madame, vous êtes revenue le lendemain et vous m'avez dit :.. Il sait tout, et son amour reste le même...

CLOTILDE

Oui...

Je doutais, moi ; je ne voulais pas croire à tant de bonté...

CLOTILDE

Et pourquoi, mon enfant, puisque c*esl la vérité...

La vérité... Mais ne dites pas cela, madame... Il ne sait rien...

CLOTILDE

Il ne sait rien... El qui vous fait penser?

Mais lui, lui, qui vient de me parler là, comme on ne le fait qu'à celle que Ton croit honnête...

CLOTILDE, rirement.

Ahl VOUS Tavez vu... Et que vous a-t-il dit?

Ahl ce qu'il m'a dit... Il m'a dit... ce que ma conscience

me crie le jour el la naît 1 II m'a dit qu'il n'adorait qiie ce qui est chaste et pur... car il n'y a que cela d'adoraWe en effet et je le sais mieux que lui, moi qui le sais par ma douleur. Mais vous m'avez trompée... vous m'avez menti... vous m'avez fait croire à ce qui n'est pas, ce qui nepeutêire,...etvoilàce qui est bien affreux, c'est de m'avoir conduite à deux pas de mon bonhcnr, pour qa'il m'échappe et me laisse pins désolée que jamais 1

Elle tombe sur on fantenil è droite en sanglotmt. GLOTILDE, cherchant A l'apaiser.

Marguerite, voyons...

FERNANDE, désespérée.

Et quand je ne l'aimais pas, encore!... Mais vous ne savez pas ce que je souffre... depuis un mois... Et quelles nuits je passe... Quelles prières n'ai-je pas faites au ciel ?... Une éternité de bonheur!... je la donnerais pour anéantir ce passé que j'exècre, et qui est, quoi que je fasse, et qui sera toujours, quelques larmes que je verse. Ah I mon Dieu I Et Ton croit que cela s'oubliera I... Et puis un jour vient où l'on aime, et ce jour-là, malheureuse, tu t'aperçois que tu n'as plus le droit d'aimer... Et s'il ne sait pas, lui, tu trembles qu'il ne sache. Et s'il sait!... ses regards, ses paroles, son silence môme sont autant de reproches et d'insultes, (se levant.) Et il a raison. Il te méprise, et tu te dis : Eh bien, il a raison. Et si quelqu'un te crie : Mais on se rachète... On se relève... ne le crois pas. Non, ce n'est pas vrai. Non 1 11 ment! non. Ton ne se rachète pas. Mais le passé vous suit partout. Il vous dévore, il vous mine, il vous tue. Et ne vous lâche que morte !..* Et encore... est-ce qu'on sait ce qui vous attend là-haut?

GLOTILDE.

Voyons, Marguerite, vous vous exaltez-là... Mais je cherchée quel propos... Car enfin, il ne vous a pas dit un mot de reproche, n'est-ce pas ?

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