‹ Fersen et Marie-Antoinette [microform]Chapitre 42 sur 182 · Inédit · texte numérisé non relu

Inédit

i'avois oui dire que ses parens ne vouloient pas s'en séparer, et que par conséquent cela ne pouvoit pas me convenir, je lui répète plusieurs fois, que je ne compte pas m'expatrier, et je lui parle souvent du bonheur de passer ma vie avec lui. J'espère que cette lettre fera effet, elle est de 8 pages bien détaillée, par la première poste je repondrés a sa lettre qui ne contient ni refus ni consentement. Il dit seulement qu'il veut me voire auparavant mais cela ne se peut pas, car je dois avoir son consentement avant de partir, et le Roi doit en faire la demande le plutôt possible. Si mon Père me donnoit 5 ou 6.000 plâtar 1 par an c'est tout ce qu'il me faut je me contenterois même de moins. Vous voila parfaittement instruitte de tout ce que je lui mande, faittes en l'usage que vous jugerés convenable » 2.

Ce qui nous frappe dans cette lettre c'est surtout le manque absolu de respect filial — mais aussi les liens d'amitié solide qui unissaient le frère et la sœur. On y voit aussi apparaître un Axel Fersen tout autre que le fils de famille correct et bien élevé que nous avions connu jusqu'ici. Axel escamotait donc avec une grande facilité les faits qui le gênaient, anti-datait ou post-datait les lettres pour les besoins de sa cause, ne répondait jamais qu'à celles qui lui convenaient et feignait de n'avoir jamais reçu les autres. C'est d'ailleurs un trait de caractère qu'on pourra observer souvent dans sa correspondance — il agissait ainsi aussi bien avec ses parents qu'avec les femmes qu'il courtisait. Et, un tel procédé ne devait pas rencontrer d'obstacles infranchissables au temps de la diligence.

Pour faire bien comprendre à sa sœur ce qu'elle devait surtout faire ressortir dans son plaidoyer devant leur père, Axel ajouta un post-scriptum ;

« Je suis bien fâché que mon Père ait cru que j'ai voulu m'expatrier, je n'en ai ijamais eu l'idée et j'en serois au desespoir ^. »

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