LES SIX CHEFS RESTÉS EN SCÈNE
Guerriers I armez les clans !
[Tous les chefs sortent ,
Les guerriers répètent au loin V appel des chefs.)
TOUS LES GUERRIERS, aU loin.
Armez les clans !
Aux armes ! aux armes I
{Fervaal, seul au premier plan, s*approche d'Arfagard, resté auprès de
Vautel.
Au fond, V agitation continue.)
FF4RVAAL, à Arfagard,
Père, père, écoute-moi, celui qui doit mourir t'implore...
LA FOULE, au fond.
Armez les clans ! armez les clans I
Mourir, enfant I qui parle de mourir ?
Toi ! le Brenn élu dont le souffle sublime a rallumé les flammes du courage
dans le cœur des chefs hésitants. . • O mon Fervaal, ne parle pas de mort !
LA FOULE, au fond, A nous les armes ! à nous les épées !
PENVALD, revenant au second plan, arrête un guerrier qui se hâte vers le fond»
Toi, cours jusqu'à la ville ; Fais diriger tous les troupeaux vers la montagne.
LA FOULE, au fond, A nous les fcamées I
FERVAAL, à Arfagard.
Père, père, tu t'es trompé I Je ne suis pas l'élu» l'appelé, l'homme pur désigné par la voix de l'oracle ;
Entends-moi bien : je ne suis pas l'élu 1 car, le serment, le haut serment druidique...
je l'ai violé I
(Arfagard recule, en proie àVépouvante,)
— * J'aimai Guilhen, là-bas, bien loin...
Son haleine enivrante et douce, je l'ai aspirée à ses lèvres, son cœur, son tendre cœur, je l'ai senti palpiter sur mon cœur... A son souvenir, tout mon être tressaille encor de volupté ;
Je Taime ! Mon âme est liée à son âme, en moi, je garderai son amour à jamais !
LA FOULE, du fond.
Ordonnez les rangs î
Formez les rangs i
En guerre I en guerre ! en guerre !
(Arfagard, désespéré, étend le bras comme pour maudire : Fervaal l'arrête,)
FERVAAL, à Arfagard.
Laisse-moi terminer.
Tu as entendu la voix des Nuées :
« Seule .la Mort peut appeler la Vie ; a La nouvelle Vie naîtra de la Mort. »
Comprends-tu maintenant le sens de cet oracle ?
Esus réclame un sacrifice, et la victime sera moi i Je veux trouver la mort dans le combat qui va délivrer la Patrie !
LA FOULE
Ah î en guerre ! en guerre !
Adieu, père, pour toujours.
(Le flot de la foule armée, toujours grossissant, est rentré peu à peu ; les guerriers entourent Fervaal et le séparent d* Arfagard, qui s* appuie à V autel, chancelant, anéanti,)
LA FOULE^ en scène,
La guerre a frappé sur les boucliers.
Ho gué 1
Fervaal I Fervaal I
Ha I
La guerre a frappé sur les boucliers, au pied des montagnes sacrées.
Marchons ensemble à la bataille et frappons sur nos boucliers I
Ouvrez les portes du pays, laissez passer tous les ennemis, Ho gué I De leurs cadavres épars dressez de hauts remparts et que leur sang féconde nos champs et nos vallées !
Fervaal, Fervaal, en guerre !
En guerre !
Chefs et guerriers de la libre Cravann, voyez î Peuple, contemple !
{Tout à coup et scms transition se dissipe le brouillard, et Von distingue au fond, à travers les pins, la plaine, la ville et les lointaines montagnes éclairées magnifiquement par les rayons du soleil.)
Bélen lui*même n*est plus hostile, ses royaumes d'or et de feu ont dissipé les voiles qui nous cachaient la plaine et le mont du salut ;
, C'est le signe de la victoire !
Barde, à moi ta harpe !
{D'un brusque mouvement, Fervaal arrache la harpe des mains de son barde, et, debout sur l'autel, il chante à pleine voix le Chant prophétique»)
Ho gué ! Celtes, ho gué !
C'est le jour attendu où le Chêne celtique unissant ses rameaux, ne formant qu'un seul cœur, superbe, écrasera d'un effort héroïque
l'ennemi, frappé de stupeur.
LA FOULE
Ho gué 1 ho gué ! ho gué !
En ce jour, on verra les perfides renards
se cacher tout tremblants dans leurs sombres tanières,
et Fétranger, pliant devant nos étendards, s'enfuir bien loin de nos frontières.
FERVAAL. LA FOULE,
Ho gué ! Celtes, ho gué! Oui I oui !
C'est le jour du destin si longtemps c'est le jour,
[attendu I c'est le jour attendu I
Favorables ou non se montrent les Ho gué !
[présages, ho gué !
le vieux Chêne celtique, insensible
[aux orages, dressera son front triomphant !
FERVAAL et QUATRE CHEFS.
Ho gué I ho gué I ho gué I Ho gué ! Celtes, ho gué I
LA FOULE
C'est le jour du destin, attendu si longtemps où le Chêne celtique, insensible aux orages, dressera son front triomphant I
[L* armée est divisée en trois groupes,
Feroaal, descendu de Vautel et porté triomphalement, sort à droite avec le premier groupe, escorté des principaux chefs,)