Fervaal de Vincent d'Indy; étude thématique et analitique
Le théâtre de la Monnaie, qui a été le pre 1 1 1 i * m* à révéler au public les deux belles parti lions dé Sigurd et de Gwendoline, ainsi qi nombre d'ouvrages d'une portée artistique moins grande, annonce la prochaine repn sentation d'une œuvre inédite considérable, duo au chef incontesté de la jeune école musicale française. J'ai nommé M. Vincent d'Indy, l'éminenl et inspiré auteur du Cha de la Cloche^ de Waï . el de tant
d'autres remarquables comp isitions qui l'ont placé au premier rang parmi l<1^ symphon tes, M. Vincent d'Indy, abordant pour
>nde fois le théâtre, — il a déjà : >uer, effet, en L882, à l'Opéra-Comique, un petit
te d'un< iture tn moisoti8 Cor - nous présente aujourd'hui une oeuvre dramatique d'une tout autre envi
ire, dont, comme pour le ( 7 , il a écrit 1«' poème lui même,
Commencé en iss1.), Feroaal n'a été achevé qu'en 1895. L'auteur a travaillé sans relâche à ce drame pendant six ans. donnant ainsi un bel exemple à certains musiciens, — a quoi bon les nommer? — qui, en moins d'une année, fabriquent sur commande une parti tion ou en ont toujours trois ou quatre en chantier.
J'ai pensé que, pour une œuvre de l'importance de Fervaal, il n'était pas inutile de publier, avant la représentation, une analyse détaillée du poème et une étude thématique de la partition. M. Vincent d'Indy, avec un beau courage, et suivant encore, en cela, le grand génie qu'il reconnaît hautement pour son maître, n'a pas craint de livrer son œuvre au public plusieurs mois avant son apparition au théâtre. A l'heure actuelle, quel autre musicien oserait ainsi exposer sa partition au bêchage des bons petits confrères, avant qu'elle n'ait été entendue dans le cadre des décors, de la mise en scène, des costumes? D'Indy n'a pas eu de ces calculs. Sans se soucier des dénigrements qui pouvaient, de prime abord, accueillir Fei'oaaL il a voulu permettre à ceux qui essaient de juger sainement, — c'est lé petit nombre, — d'étudier à loisir une œuvre incontestablement compliquée. La lecture hâtive de la partition, la veille ou le matin de la répétition générale.
turaii pu, en effet, la laiss appn de cause.
tour à l'honneur du musicien et lents éditeurs, MM. Durand et fil
i i. r< > i:\ir
\.r sujet de Fera entièrement de l'ino -
lation de M. Vincent d'Indj . est ]»■ ent
gendaire. L'histoire n'enti :i^ l'intrigue
que pour un fait - : les invasions - u
zines dans 1«' Midi de la Franc L'œuvre est dr
'l'un pn>l" .
Le prol - os \\ Midi
de la Frai lu milieu «l'un'' d'olr
»'i de pins maritimes. 1><mi\ an
jeune homme et un \ ieillard, r une S
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cheval, elle s'approche de Fervaal, toujours inanimé. Un moment, le blessa reprend ses s^ns. En voyant, penchée sur lui, cette jeune fille toute palpitante d'inquiétude, il murmure quelques paroles mystérieuses, maudissant la femme et l'amour, parlant d'une mission qu'il a à remplir ; puis il retombe épuisé. La compatissante Guilhen veut emmener Fervaal dans sa demeure. Arfagard, d'abord, essaie de s'y opposer, mais il finit par céder aux sollicitations de la jeune Sarrazine. Les serviteurs étendent le blessé sur une civière de branchages. Tous se mettent en route pour gagner le château.
Le premier aeie nous transporte dans les jardins de Guilhen, tout luxuriants d'une splendide végétation méridionale. Au lever du rideau, Fervaal est endormi sous un vieil olivier. Arfagard arrive, apportant des armes. 11 réveille le jeune homme : le moment est venu, maintenant que sa blessure est guérie, de remettre en route pour gagner la patrie lointaine, les hautes montagnes des Cévenn» Fervaal hésite. L'hospitalité de Guilhen lui es1 douce. Mais Arfagard. le chef suprême des druideà, qui a pris soin de sa jeunes lui révèle alors quelle destinée doit être la
sienne. D'abord, il lui rappelle, eg quelqin mots, la théogonie celtique et il lui parle de Kaito, la mère originelle,, le mystérieux serpent, d'où fut engendrée la <« race des Nué s, race dé chefs, race de dieux », dont le seul et unique descendant est 1 ial lui-même. Atfagard continue en expliquant au jeune homme que la race dos prêt laire
dos vieux arbres des forêts, dont les esprits s'incarnèrent dans les corps des hommes I plus i (1). Après la grandeur, l<i> nations
orltiqurs ont vu venir la décadence. Seul, sur les baul . lo pays de ( 'ravann «
demeuré fidèle aux anciennes divinités. Jusqu'ici, il est r intact du joug étranger;
mais, aujourd'hui, de tous côté invasions
le menacedt. Jadis, un oracle annonçant la mort de Tzeu8, 1» omeil à'Esus, et la v> nue d'un nouveau dieu, du nom de I
-i tait entendre à Arfagard. La \ minant, a la tomber ces paroles prophé tiques
r nique, unique est Le Sam dur :
lu,
Le fils des Nu
i fniqne, aniqu : iir,
M ai 8 qu'il soit pur
• tju«- L'amour jamais n
ni
I n celtique it dii
] Ilmu M ai; i in, //
Alors le .vieillard a conduit Fervaal, encore enfant, dans la foret sacrée. Là, pendant neuf ans, le jeune homme a reçu l'initiation druidique et il a juré éternel renoncement aux charmes de l'amour. Or, le temps est arrr où les chefs de Cravann doivent élire un brenn de guerre. Ce brenn suprême sera Fervaal. Il faut donc partir en toute hâte pour regagner les montagnes. Arfagard s'éloigne en donnant rendez-vous à Fervaal à la chute du jour. Il l'attendra à l'extrémité (h>> jardins ol il l'appellera avec le cri coutumier aux pâtres de Cravann. Guilhen survientau moment où. tout pensif, Fervaal commence à revêtir armes. Sur la demande de la belle Sarrazine. le jeune Celte lui raconte su vie. Elle, a son tour, lui dit la sienne. Ces mutuelles confidences amènent sur les lèvres des deux intev locuteurs un aveu brûlant. Ils s'aiment. Mais voici que, là-bas, retentit l'appel d'Arfagard. Lesouvenirde sa mission revient à Fervaal. Il veut partir. Pourtant Guilhen le supplie d'une si éloquente façon qu'il finit par consentir a rester. Les jeunes - tombent enlacés sous le vieil olivier et restent perdusdans une ardente étreinte, bouche à bouche, cœur à cœur. Lointain, mais pressant, l'appel ré sonne de nouveau. Cette fois, le sentiment du devoir ressaisit entièrement Fen aal ; il s'enfuit
maudissant l'amour. Guilhen^ désespi
appelle vainement son amant. Folle de elle se jette à tefcre el reste j , parmi les
hautes herbes, à la place où, tout à l'heure, elle palpitait d'amour, dans les bras de
I »'l\;ia|.
D«'v Sarrazins sordidement vêtus entrent en scène. IN réclament du pain el veulent piller le château <l»k Guilhen, la prin< qui, jad les secourait.. Brusquement, celle-ci apparaît aux yeux des bandits hésitants. La jeune fille, poussée par la colère, leur indique un pays fertile où ils trouveront, en abondance, tout
qui leur manque. Ce pays, c'est Cravanu, la patrie de ramant infidèle dont elle veut venger. Que les Maures pan. an donc : Allah L'ordonne! Qu'ils aillent porter là bas la dé
station et la mort.
Au deuxième acte, nous sommés au pays de Cravann, sur la déclivité «l'une montagne.
d'un autel de pierre. 11 ne \a\\ p encore jour. D'épais et incessants brouillards passent continuellement sui la scène. 1 il. il, près <!<■ l'autel, pense amèrement iilhen el aux beaux jours eni olés. \ arrive, suivi de près par un h li ann
l.i \ enue prochaine des chefs de Cra> ann . convoqués pour élire un brenu d
Fervaal veut confier au druide le secret qui Pétoufïe; mais, au moment où il va parler, le prêtre l'arrête, car un prodige se prépare sur l'autel. Je copie maintenant les indications scéniques de M. d'Indy lui-même : « En une blafarde lueur, les nuages amoncelés sur l'autel prennent des formes primordiale D'abord de liants rochers, des arbres et des plantes gigantesques. Un souffle de vent disperse ces images. Puis ce sont des forn fantastiques d'animaux, dont le corps s'allonge horizontalement d'une façon démesurée. Un second coup de vent emporte ces forme-. Enfin, les nuées présentent l'aspect d'un serpent immense qui s'enroule autour de l'autel en s'étirant vers la cime des pins. La forme disparaît; tout redevient sombre. )) Alors, sous révocation d'Arfagard , apparaît une vague figure féminine, qui flotte sur l'autel, ("est Kaito, sorte d'Erda celtique, fy voix -'élève dans le silence et laisse tomber cet oracle :
Si le serment est violé, Si la loi antiqae est brisée.
Si l'amour règne sur le mondr.
Le cycle d'Esus est fermé.
Seule, la mort,
I /injurieuse mort,
Appellera la vie :
La nouvelle vie naîtra de la mort.
Cet oracle trouble Arfagard; mais bientôt
foi profonde reprend le de il envoie
Pervaa] revêtir ses arme
L'aube commence à poindre, et !• ■ arrivent. Quand ils sont réunis, Arfagard leur demande d'élire au plus vite on brenn guerre, car Cravann esl menacée d'une uouvelle tentative d'invasion. Chaque chef pi
ici au premii ng. Le druide tait ta toutes les compétitions en énonçant l'oracle qui a désigné Fervaal. Celui-ci parait et • acclamé, puis les prêtres offrent un sacrifice aux dieux. Tout a coup, un u ir-
vient, annonçant qu'une armée immense envahit le pays. Dans un premier désarroi, cer tains chefs veulent courir, tout d'abord, à la défense de leurs clans particuliers. Pa paroi énére Fervaal rallie tous les
irages pour une action commune. Il en tonne le chant de Kuei re. Les
loignent ; Fervaal attire Ai fag ird à IN el lui déclare qu'il n'est pas l'homme élu pour sauver la patri tr il il
aime encore me' femme. M lis la voix Kaito a prédit que la nouvelle \ ie naîtrait de la morl : il va d^wr s'offrir «ai sacril
us et. \ ictime expiatoii ur \<> - J a du P i\ s, chercher, dans !<• coinl un t rapide. \ ruine
de Cravann.
Le troisième acte se déroule, la nuit, sur la montagne d'Iserlech, au milieu de la neige et des cadavres. La bataille a été perdue, l'armée celtique est décimée. Fervaal, en vain, a cherché à mourir. Partout, il a donné la mort sans pouvoir la subir lui-même. Arfagard parait, cherchant avec anxiété, parmi les corps des guerriers déjà recouverts d'un linceul de neige. A la vue du druide, Fervaal frémit de joie. 11 supplie le vieillard d'accomplir le sa crifice et de l'offrir en holocauste à Esus. pour que l'oracle de Kaito s'accomplisse enfin. Arfagard accepte avec transport, tout en comprenant que ses dieux sont morts. Puisque l'amour envahit le monde, le moment prédit, où Yésus va remplacer Esus.' est arrivé. Fervaal s'agenouille, et le druide lève sur sa têt<i son large couteau de sacrificateur. Au loin retentit un appel désespéré. Fervaal se redresse car ila reconnu la voix de Guilhen. En vain, Arfagard veut le retenir. Tout est inutile. L'amour vainqueur et tout puissant a ressaisi Fervaalj et, comme le druide veut l'empêcher de passer, le jeune bbmme abat le vieillard d'un coup de tramée, Guilhen, épuisée, vient tomber dans les bras de Fervaal. Elle a été abandonnée par les siens, furieux de n'avoir point trouvé dans l'abrupt Cravann les ri
chasses annoncées. La Bile du chaud Midi a é mortellement happée par le rude climat ivenol. Vainement, Le guerrier celte essaie de ranimer la jeune femme au feu de ses car. Guilhen expire. Fou de douleur, Fervaal saisit le corps de sa maîtresse, puis, le soulevant dans ses bras, il commence une lente ascension vers le sommet de la mon . Le héros saisi alors d'un délire prophétique, cependant que des voix mystérieuses annoncent la venue des temps nouveaux, il chante la mort des vieilles divinités et le triomphe du Dieu d'amour. Fer\aal disparaît dans les ou Le jour se lève, les brouillards s1 tb sur les flancs de la montagne. Un soleil resplen dissant éclaire, à perte de vue, un horizon immense de cimes immaculées.
( point la une dont
banale, l><' choc <l<à deux i . l'antinomie de deux tempéraments opp . l'un du Nord, l'autre du Midi, rapprochés par l'A mour, unis par le Vouloir, mais dont le do
•ord ne prut jamais durer, par suite de