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FÊTE NATIONALE SUPPLÉMENT

TROISIÈME COMMISSION.—RAPPORT DE M. J. O0. FONTAINE SUR LA COLONISATION.

Dans cette grande convention des représentants de la race canadienne, où toutes les questions qui se rattachent à notre prospérité sont traitées tour à tour, deux surtout méritent une étude toute particulière, car elles sont la base de notre grandeur : ce sont l’agriculture et la colonisation. Parler de ces deux sujets, c’est rappeler toute notre histoire. Avec le premier colon venu de France, commença cette lutte contre la forèt qui se continue toujours, et qui ns cessera que lorsque la conquête sera complète et que nous seront devenus une grande nalion.

On m'a imposé la tâche de vous parler de colonisation, et je l'ai acceptée tout en regreltant que des personnes plus compétentes ne fussent choisies pour traiter devant vous’ tte grande question.

Je devrais peut-être : : ;orner à vous parler de la colonisation actuelle, et mon sujet serait déj. assez vaste, cependant je ne puis résister au désir de vous parler du passé de la colonisation.

En venant créer une France nouvelle en Amérique, les rois de France s'étaient proposé deux buts, le premier, digne d’une époque où la foi était encoie si vive, c'était d’aider l'Eglise à répandre l'Evangile, et à convertir les sauvages infidèles : aussi la croix füt-elle le premier étendard qu'ils firent planter sur la terre d'Amérique, pour prendre possession, au nom de Dieu, des royaumes du Saguenay et du Canada. Ce rôle de coopérateurs de l'Eglise, qu'ils avaient accepté, les rois ne le répudièrent jamais, et c’est ainsi qu’en Canada s’est réalisé, presque sans secousse, ce rêve des papes du moyen âge, l’alliance intime de l’Église et de l'Etat pour travailler au bien commun du peuple ; cette alliance qui a fait notre force et qui, dans l'épreuve, a êté notre salut, se continue encore, malgré les changements politiques qui se sont opérés dans notre pays.

L'autre but des rois de France, c'était de prendre leur part des immenses richesses qu’offrait l'Amérique, et en fondant, comme l'Angleterre, l’Espagne et le Portugal, des colonies puissantes, d’accroitre leur force et leur grandeur. \

Malheureusement les guerres européennes, dans lesquelles la France se trouvait sans cesse engagée, ne permettaient pas au chef de l'Etat de s’occuper directement de la colonisation; suivant l’usage suivi à cette époque, il confia à des compagnies particulières le soin de peupler de colons, ses nouvelles possessions, leur accordant en échange le privilège de la traite avec les sauvages. Ces compagnies marchandes s’occupèrent plutôt de leur négoce, et ne remplirent jamais leurs engagements d'envoyer des colons s'établir en Amérique ; aussi pendant longtemps le Canada ne fût-il qu’un comptoir, et bien des années s'écoulèrent avant que l’on y fit des établissements sérieux.

La Providence avait pourtant suscité un homme d'énergie, plein de zèle, et de religion, Samuel de Champlain, qui fonda Québec, en 1608. li fit tous ses efforts pour créer un établissement durable, mais entravé par les compagnies dont il était le représentant, il ne put jamais faire le bien qu'il désirait ; et à sa mort, en 1635, Québec n'était encore qu’un poste de commerce avec quelques colons. Toutefois il avait préparé le levain, contracté des alliances durables avec les sauvages et tracé à ses successeurs un magnifique programme.

En 1615, les Récollets arrivaient en Canada ; trois ans plus tard (1618) se construisit la première chapelle, devenue aujourd’hui Notre-Dame des

pe

Victoires, el à sa mort se trouvaient remplies toutes les conditions nécessaires, encore aujourd’hui, à l'établissement d’une colonie canadienne ; les hardis pionniers avaient au milieu d'eux le prêtre et l'autel, le prêtre pour être leur père, leur guide et leur soutien, la maison de Dieu pour les réunir et retremper leur courage.

Parmi les privilèges dont jouissaient les compagnies, il en était un qu'il importe de mentionner c'était celui de concéder les domaines en seigneuries. Elevés sous le régime féodal, nos ancêtres ne pouvaient concevoir un système diflérent, n’imaginaient l'existence de la moindre bourgade qui n’eût un seigneur avec droit de haute et basse justice sur ses vassaux, el ce fut le rêve d’une foule de familles nobles appauvries, de venir en Amérique, pour relever leurs maisons, en y acquérant d'immenses domaines, et de reconquérir la gloire et le prestige que l’infortune leur avait Ôtés.

Dans son intéressant ouvrage, ‘ Une colonie féodale en Amérique,” M. Rameau, a très-bien développé ce trait de notre histoire primitive. Ainsi dans l'intention des premiers pionniers venus d'outre-mer, le Canada devait voir revenir tout le système du moyen âge, avec ses barons, comtes et marquis, souverains el vassaux.

Comment se fait-il que les Canadiens, qui, remarquons-le bien, sont restés longtemps attachés au système féodal, soient devenus, en pratique du moins, le plus démocratique des peuples? voilà une question qui doit frapper le penseur !

L'Europe s’est développée autrefois sous l’emyire des institutions sociales païennes, et nous y trouvons presqu’en tout temps le peuple divisé en deux classes séparées, et séparées par un abime; le vainqueur et le vaincu, l’homme libre et l’esclave, plus tard, le seigneur et le serf.

La noblesse prend donc sa source dans la conquête ; le noble, c’est le conquérant ; c’est le franc, le gaulois, et le romain, c’est le fier normand, qui domine, qui s'élève au-dessus du saxon terrasté. Le vaincu est regardé comme étant d’une race inférieure.

En Amérique nous avons vu la même chose. Les indigènes ont été presque partout réduits en esclavage, et écartés pour faire place aux conquérants.

Mais les Européens venus sur le sol d’Amériqus ne se trouvaient plus, vis-à-vis les uns des autres, dans la même position que dans le vieux monde ; ils étaient tous des conquérants, et sur leurs terres nouvelles, où le talent, l'énergie personnelle, le travail de chacun, étaient sans cesse requis pour le bien de tous, le principe de l'égalité, mais de l'égalité chrétienne, s’imposs de suite et fit disparaitre les préjugés d2 nouveau. Nous avons eu des seigneurs, jamais des nobles, une hiérarchie sociale respectée, jamais de castes.

Cependant ce fut la pensée de créer ici une noblesse puissante qui fut le plus grand mobile dans l'établissement de notre pays ; le système féodal, a été longtemps le seul système de colonisation appliqué dans ce pays.

Les compagnies, et, plus tard le roi lui-même, concédaient de vastes étendues de terres à des particuliers, gentilshommes ou riches marchands, où à de fidèles serviteurs, comme aux LeMoine, aux Boucher, aux Marsollet, à la charge d’y établir des colons. Le nombre de ces concessivns avant la conquête est de plus de deux cents.

Le Seigneur avait un intérêt immense à coloniser, car ces demaines ne pouvaient valoir que par la culture. Il concédait à son tour aux colons, des terres en général de trois arpents de front, sur trente arpents de profondeur, à charge de rente ou cens perpétuels, droits Jde lods et vente, moulin banal, four bana}, pouvoir d’eau réservés.

La plupart du temps, il avait à supporter pendant des années ses censitaires, et à pourvoir à leur entretien jusqu’à ce qu’ils pussent récolter assez pour leur subsistance.

Le premier seigneur canadien fut le médecin Robert Giffard, qui, ayant obtenu une concession au nord de Québec, vint en 1634 avec des émigré: du Perche, jeter les fondements de la paroisse de Beauport.

Les concessions se multiplièrent rapidement, mais cependant la colonisation ne fit que peu de progrès dans la première partie du dix-septième siècle. En 1642, il n’y avait encore en Canada que cinquante familles, d’établies autour de Québec. Cependant la colonie possédait déjà quatre communautés religieuses : les Jésuites, les Récollets, les Ursulines, et les Hospitalières.

Mais la Providence inspira alors à des personnes pieuses le projet de fonder un établissement en Canada, non plus pour l'amour du gain, mais pour la plus grande gloire de Dieu. inconnues d’abord les unes aux autres el rapprochées comme par une puissance mystérieuse, elles créèrent cette compagnie des Associés de Montréal, qui devait jouer un si grand rôle dans la Nouvelle-France Cette société était une véritable société de colonisation, basée sur le dévouement et l’abnégatioa, et ses chefs, loin de rechercher un gain personnel, préféraient mème cacher aux yeux des hommes les sacrilices qu'ils s’imposaient. Ils obtinrent la seigneurie de l'Isle de Montréal. Au moment où ils désespéraient presque de trouver un homme capable de diriger la nouvelle entreprise, parût M. de Maisonneuve, homme providentiel, destiné à Jouer dans la Nouvelle-France uu rôle obscur peutêtre aux yeux de ses contemporains, mais dont l'importance commence à être appréciée de plus en plus. Avec lui et sous sa direction intelligente commence sérieusement la colonisation du Canada.

Les associés de Montréal firent d'immenses sacrifices pour leur nouvelle colonie et la soutinrent pendant de longues années. Ils y envoyèrent à diverses reprises des convois de colons choisis, fondèrent à Montréal des communautés religieuses, et toute l'Ile s'établit rapidement. Pendant ce temps Trois-Rivières était fondée, et devenait le centre d’u\ noyau de colons.

Enfin, en 1665, Louis XIV résolut de prendre une part personnelle dans la colonie naissante, et choisit M. Talon pour diriger le mouvement qu'il voulait créer. Talon est l'un des hommes qui a le plus fait pour la colonisation du pays. ,Homme à vues larges, il ne cessa de travailler à développer l’agriculture, le commerce et l'industrie. 1l fit venir près de mille colons dans ce pays, ouvrit les premiers chemins de colonisation sur la rivière Chambly, et lorsque le régiment de Carignan fut licencié, il veilla à l'établissement des officiers et des soldats décidés à se fixer dans ce pays.

Après Talon, qui quitta la colonie en 1672, il n’y eut plus de mouvement général d'émigration ni d'envoi régulier de colons. Les familles déjà établies attirèrent leurs parents et leurs amis; une partie des soldats engagés pour défendre le pays restèrent au Canada, et la population grandit peu à peu malgré ses pertes continuelles. On plaint beaucoup le sort des colons d’aujourd’hui, mais pourtant il est heureux comparé à celui de leurs devanciers.

Nos ancêtres, outre les misères et les souffrances, compagnes insépables du colon dans tous les temps, avaient encore à se défendre contre un ennemi terrible, l'Iroquois. Laboureurs et soldats, ils n'avaient aucun repos, et près d’un tiers d'entre eux, surtout dans le district de Montréal, moururent sous les couns du tomahawk des sauvages, dans les tortures et sur les bûchers. A côté des célèbres martyrs Jogues, Brébœuf, Lallemand, on compte bien des humbles pionniers et de pauvres femmes, des jeunes filles et même des enfants, et chaque famille canadienne, si elle remonte à sa source, trouve un blason arrosé du sang de héros.

En ce temps-là, le gouvernement offrait une prime aux époux qui avaient beaucoup d'enfants. Bientôt cette mesure devint inutile.

Les enfants, dit le psalmiste, sont une ré ompense du Seigneur. Nos pères, chrétiens fidèles, citoyens dévoués, méritaient cette bénédiction pour leurs foyers, et la fécondité des Canadiennes est encore proverbiale, Quelyues pauvres que nous soyons. nous sommes toujours riches en enfants. Jls ne sont pas rares ceux qui en comptent plus que Jacob, et ces enfants, disons-le tout bas, sont plus sages que ceux du vieux patriarche et nous ne les voyons pas vendre Joseph.

En 1721 se fit la division régulière des paroisses de la Nouvelle-France. Quatre-vingts furent érigées. La population totale du pays était alors de vingt-cinq mille âmes, disséminées sur ce qui compose aujourd'hui les districts de Québec, Montréal et Trois-Rivières.

Malgré les guerres du 18ème siècle, malgré les famines, malgré l'abandon de la France, cette population s’accrut rapidement, et quand, en 1760, le drapeau fleurdelisé cessa de flotter sur les murs de Stadacona pour faire place au drapeau anglais, elle était de soixante-dix mille âmes.

Isolé désormais de la mère-patrie, ce petit peuple, ou plutôt cette tribu canadienne, n'avait plus à compter que sur elle-même pour conserver son autonomie, pour s’agrandir et devenir une nation. Il entreprit bravement cette tâche, sous la conduite du clergé, son protecteur, son guide naturel, et triompha de tous les efforts qu'on fit pour l’anéantir.

La domination anglaise lui offrait une paix qu'il n'avait jamais connue, et lui donnait, on peut l’avancer aujourd’hui, plus le liberté que la France, toujours despote et jalouse avec ses colonies, ne lui en avait jamais accordé. Sans doute, il regretta longtemps la mère-patrie, espéra le retour de nos gens, mais il accepta franchement la nouvelle allégéance et se montra fidè'e à son nouveau roi. La seule immigration française en Canada, à partir de 1760, nous vint de l’Acadie; je n'ai pas à vous en parler, une autre personne est chargée de vous dire ce que sont devenus les Acadiens dans notre pays.

Depuis la conquête jusqu’à 1820 la colonisation se fit dans les anciennes seigneuries, le long du fleuve ; chaque année voyait surgir des paroisses nouvelles, sans qu’il y eût de centres ou le progrès fût plus marqué. Les familles établissaient leurs enfants autour d’elles.

En 1820 la population était de 330 mille âmes, vivant dans les mêmes limites que les 70 mille de 1760. « Aujourd’hui, disuit, M. McKenzie, de Terrebonne, à deux cents ans du premier établissement sur le fleuve Saint- Laurent, un homme peut monter à cheval à partir du bord du fleuve et atteindre en moins de trois heures la dernière maison, dans quelque partie que ce soit du pays.»

Ainsi resserrés, les habitants durent morceler leurs terres, et leur système de culture étant bien imparfait, hientôt la misère frappa à leur porte. En vain le gouvernement anglais ouvrait des townships, les Canadiens refusaient de s’y établir. Cet état de choses occupa entin l'attention de la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada et un comité fut nommé en 1820 pour chercher les moyens de remédier au mal qui nous menaçait. Les travaux du comité durèrent jusqu’en 1423.

Le rapport des opérations de ce comité publié en 1824 est très-intéressant, et nous fait connaître les vues générales des Canadiens de cette époque sur la colonisation. Ils avaient une profonde répugnance à s'établir dans les nouveaux townships pour trois raisons principales :

1ère raison. L'éloignement de tout secours religieux. « Les habitudes religieuses et sociales des cultivateurs canadiens, lit-on, daus une réponse au comité, les empêchent d’émigrer aux terres inculles. Là il est privé des

principales consolations de sa religion, son enfant ne peut être baptisé ni instruit et sur le bord de sa fosse il ne peut recevoir aucune consolation religieuse, il n’a aucun moyen d'assister au service divin, » et l’on conclut en disant qu'on n'aura d'établissement permanent s'il n’y a des chapelles et des prêtres Ajoutons en passant que c'est encore la même chose aujourd'hui,

2ème raison. Tenure des terres. Les anciens Canadiens ignoraient la tenure en franc et commun soccage et la redoutaient. Elle n’était pas au reste aussi avantageuse que l’ancienne tenure seigneuriale. Les seigneurs concédaient sans aucun paiement en argent. Les rentes ne commençaient à courir qu’au bout de trois à quatre années, et le censitaire recevait à ses débuts de l'assistance, tandis que sur les terres de la couronne, il fallait faira des déboursés et payer son lot dans un laps de temps déterminé, Il y avait en outre les réserves du clergé dans chaque township qui ne pouvaient se vendre, en sorte que les colons avaient à y faire des chemins et à les entretenir à leur dépens. En outre le gouvernement avait concédé des townships entiers, ou des parties de townships, à des loyalistes américains, à d'anciens ofliciers ou soldats. Bientôt une partie de ces terres fut accaparée par un petit nombre de propriétaires qui les vendaient à des prix élevés. Comme le bureau en charge des terres publiques se tenait à Québec, il était impossible la plupart du temps d'obtenir des renseignements, et il arriva que des personnes s’établirent dans la forêt, firent des défrichements, et furent chassées par les propriétaires qui apparaissaient tout à coup et profitaient seuls du produit de leurs labeurs.

3ème raison. Enfin les Canadiens craignaient de se mêler aux étrang?rs, avec raison peut-être. L'intention évidente de leurs conquérants était de noyer la race française. Dans ce but, poursuivi longtemps, ils avaient entouré notre population d’une ceinture d'étrangers qui en s’'agrandissant devaient nous absorber. En arrière de chaque seigneurie, on plaçait un établissement de langue anglaise. Dans le district de Terrebonne, pour parler le langage d'aujourd'hui, on fondait les colonies de Grenville, Harington, Mille Iles, Abercrombie, Glasgow; dans le district de Joliette, Rawdon, Kilkenny, Kildare, Cathcart, Brandon, dans celui des Trois- Rivières, Peterborough, Hunterstown, Caxton ; autour de Québec, Sainte- Catherine, Gosford, Valcartier, Stoneham ; dans Charlevoix, la colonie de Murray Bay ; au Sud, nous voyons les colonies anglaises : dans la Gaspésie, dans Rimouski, Dorchester, la Beauce et les Cantons de l'Est. Pendant des années, les seuls travaux de colonisation faits par le Gouvernement furent à l’avantage de ces étrangers à qui l’on accordait des privilèges et une protection spéciales ; des sommes considérables furent accordées surtout en 1815 et en 18!6 pour leur ouvrir des chemins L'avenir a prouvé l’inutilité de ces efforts, mais aiors on avait raison de s’alarmer.

«Si l’on eût voulu, écrivait M. Gibert, curé d’Yamaska, empêcher les Canadiens de s'établir sur ces terres, on n'aurait pu trouver de moyen plus efficace. »

M. Brodeur, curé de Saint-Roch de3 Aulnets, disait: «Nous aimerons toujours mieux voir nos enfants dans la pauvreté ou s'éloigner de nous pour s'établir dans nos vieilles seigneuries que de les voir puissamment riches au milieu ds tels dangers pour leur éducation et leur religion.

M. Faleau, curé de Boucherville, indique deux moyens d'attirer les colons dans les townships. «Le gouvernement libéral que nous avons, disait-il, ne refuserait pas une partie de la réserve faite pour son clergé pour y placer leur église canadienne, leur cimetière, leur maison d'école sanadienne, car pour encourager et conserver les Canadiens, il faut leur donner tout du canadien. »

Les premiers résultats du comité furent l'exploration des terres du Lac Saint-Jean, du Saint-Maurice et de l'Ottawa, mais il se passa quelques années sans que la colonisation progressât, Cependant la misire redoublait. D'un autre côté, les seigneurs ne remplissaient plus les obligations da leurs contrats primitifs. Ils augmentaient les cens, relusaient même de concéder, afin de conserver les forêts. On avait vu dans plusieurs seigneuries, des concessions à charge de payer une rente, en rosaire et en de profundis, ais ces temps étaient deji loin, et ces prières cessaient d'avoir valeur marchande. Dans le district de Québec surtout, il était impossible d'acquérir des terres à des taux raisonnables, ce qui occasionna une immigration dans tout je district de Montréal où les messieurs du Séminaire de St, Sulpice et quelques autres s'en tenaient aux anciennes conditions et ne demandaient que le même cens. Cependant le mal augmentait toujours et le clergé dut se faire violence et se mettre à la tête du mouvement colonisateur. Ce fut dans les Cantons de l'Est, et en 1835 que furent fondées les premières colonies, et dans cette région la population canadienne s'agrandit rapidement sous la direction intelligente des Racine, des Marquis. Provençal, Bélanger, O'Reilly, Trudelle. Jusqu'alors les Canadiens n'émigraient pas, sauf pour aller comme on disait alors, soit dans les pais d'en haut, c’est-à-dire, soit dans les comtés d'Ottawa et de Pontiac, soit dans le Haut-Canada ; mais après la révolution de 1837-38, le mouvement vers les Etats-Unis commença pour ne plus cesser. En face d'un mal qui s'accroissait toujours, le clergé redoubla d'efforts. Vers 1843, les terres du Lac Saint-Jean, inaccessibles jusqu'alors à cause des privilèges accordés à la Compagnie de la Baie d'Hudson, furent ouvertes à la colonisation. Les Révérends Pères Oblats s’établirent près de Chicoutimi. Bientôt le clergé des comtés de Charlevoix, de l’Islet et de Kamouruska, fonda des sociétés pour créer des établissements au Lac Saint-Jean, M. Hébert, aujourd'hui curé de Kamouraska, en fondant la paroisse d'Hébertville, près du Lac Saint-Jean, inaugura l'ère de développement de cette vaste et riche région.

D'un autre côté l’Ottawa, centre d’un immense commerce de bois, attirail chaque année une foule de jeunes gens dans ces chantiers; plusieurs y devinrent colons, et lorsque les Oblats fondèrent leurs missions du Désert, ils colonisèrent par là même toute la Gatineau. Le vénérable Père Deléage, qui pendant près de trente ans fut le père des colons de la Haute Gatineau, mérita par son zèle et son dévouement le titre de ‘‘ Roi du Désert ”.

Le gouvernement commença à s’occuper plus sérieusement de l’établissement des terres et fit ouvrir des chemins. A la suite des délibérations d'un comité nommé en 1849, pour s’enquérir des causes de l'émigration et des moyens de l’eriêter, on décida de créer un bureau de colomisation. Ce bureau fut établi en 1852, et dès lors la législature accorda régulière. ment chaque année des subsides pour la colonisation.

Enfin, en 1867, le Bas-Canada recouvrait son autonomie et les intérôts les plus chers de la race française l'éducation, l’agriculture et la colonisation tombaient sous le contrôle d'un cabinet composé de ministres presque tous français. C'était une révolution heureuss pour nous, les œuvres opérées dans les treize années qui se sont écoulées depuis cette époque en sont la preuve. Débarrassé du poids des grandes questions commerciales, le gouvernement de lu Province de Québec s’occupa avec plus d'attention des réformes à faire dans le système agricole, et l'établissement du domaine de la Couronne, la colonisation tomba sous le contrôle du département de l'Agriculture et des Travaux Publics qui fut organisé par l’hon. Louis Archambauii. Pendant les sept années que M. Archambault resta ministre, il ne cessa de s'occuper de colonisation ; chaque année il fit

né mm.

voter des subsides considérables, qu’il employa à ouvrir des routes nouvelles par toute la Province. Il prit des mesures pour bien connaitre les riche:ses de notre colonie, visita lui-même les principaux centres. Beaucoup de travaux qu'il ordonna furent déclarés inutiles, mais aujourd'hui que nos finances ne permettent plus de consacrer d'aussi forts octrois à la colonisation, on reconnait la sagesse de ses plans et de ses vues. Sans son énergie et sa prévoyance, sans ce qu'il a fait faire, nous serions arrêtés aujourd’hui devant des obstacles infranchissables. Aussi son nom resteratil, avec celui de son assistant dévoué, M. LeSage, dans les annales de la colonisation.

Cependant malgré tous les efforts du gouvernement, l'émigration ns cessait de faire ses ravages, La prospérité commerciale, dans son apogée, fascinait tout le monde. Les habitants des campagnes, prétéraient gagner Jeur vie dans les manufactures, et au lieu de se diriger vers les townships, ils gagnaient nos villes ou les Etats-Unis. Cet état de choses dura jusqu’en 1874. Le clergé, il faut le dire, ne nous a fourni depuis quelques années que quelques prêtres colonisateurs ; dans plusieurs campagnes même, je regrette d'avoir à le constater, plusieurs d’enti ; eux dissuadent les jeunes gens de s'établir dans les townships, et c’est à cause de cette regrettable opposition qu’un grand nombre de paroisses n’ont pas fourni un seul colon depuis plusieurs années.

Les apôtres de la colonisation faisant défaut, la Providence elle-mème se chargea de nous éclairer: notre prospérité commerciale cessa en 1874, et il est survenu une crise terrible qui a jeté la misère dans les villes et fait fermer les manufactures, et c’est à peine si l’on entrevoit la fin de cette calamité.

Si je dis calamitè c’est pour employer l'expression ordinaire, car si l’on considère la chose de plus haut, et que l’on se rende compte des résultats qu'a produits la crise sur la colonisation, on constate après tout que la crise commerciale a ramené à la cause de l'agriculture et de la colonisation de nouveaux adhérents qui ont compris et mis en pratique cette vérité incontestable que l’agriculture doit être la base sur laqueile nous devons asseoir notre grandeur et notre prospérité futures. Ce sont nos agriculteurs et nos colons qui contiauent parmi *s ia lignée des conquérants.

(Signé) J. O, FonTAINE.

Nous sommes profondément chagrin de constater que l’étei de santé de M. Fontaine ne lui permet pas d'achever son mag ifique travail. Nous voulons tâcher de suppléer, aux statistiques qu'il devait renfermer, par les données suivantes, dont nous garantissons l'exactitude.

i Le défrichement de nos terres vacantes, favorisé comme il l’est par le gouvernement et par la volonté énergique de la pojulation, s’accroit chaque années dans une progression étonnante, Ov en jugera par les chiffres suivants : le recensement de 1851 constatait qe le nombre &’âcres de terre en culture dans la province était de 3,605,157; celui de 1861 le porte à 4,804,325, soit une augmentation de 1,199,068 acres en dix ans. Aujourd'hui (1873) nous pouvons dire, sans craindre de nous tromper, que le nombre d’acres en culture est double de ce qu'ilétait sn 1851,

» Autres chiffres non moins significatifs : étendue collective des terres concédées dans les townships ou domaines de la Couron. était, en 1851, de 6,696,569 acres ;: au commencement de l’année 1869, le rapport du Commit saire des Terres de la Couronne établissait que l'éteid' des terres alors scncédèes dans les townships, était de 8,950,953 acres, sut une avngmentation de 2,254,384 acres en huit ans.

DES CANADIENSFRANCAIS, 623

» Les principaux centres de colonisation sont la vallée du Saguenay, celle du Saint-Maurice et celle de l'Ottawe, au Nord du Saint-Laurent,

uis les db de l'Est, le Bas Saint-Laurent et la Gaspésie au sud du

euve.» (!l)

Le recensement dé 1881 n'étant pas publié, voici les chiffres que nous avons pu obtenir du département de la colonisation, et que nous mettons en regard des chiffres de 1851, 1861, 1869,

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# Octrois de colonisation... ss ss seuses sonsss auv68 sossoscee sooss 98,488,812.73 ot Nombre de milles de chemins faits s43 sesooous socovoocs sovovocss sovoovoss 25710 milles, te Nombre de pieds de ponts faits ....es sesssses soses sovose sonses sosssoves 101,207 pieds. n Nombre de lots de 100 âcres pris par des @olong..ss ossssss sons 13,210 lots. 18 Formant un total de DO DDDS cn 000 pee sonbeoe ed 00006000 8 00060604 00000000 1,321,000 âcres, e la éme nd e le SOUVENIRS DE 1842, nt es Au mometit de fermer le dernier chapitre de cet ouvrage, notre pensée se reporte involontairement au berceau de notre Société Nationale. Nous avons dit ailleurs (2) que les seuls survivants de la célébration de 1842 étaient ; MM. J. P. Rhéaume, T. E. Roy, N. Aubin, Dr Tourangeau, de Dr J. G Taché, Olivier Vallée, Joseph Picard, Jacques Sauviat, père. A us ces noms il faut ajouter ceux de MM, Antoine Lallaire, Vocelle, père, es Joseph Chamberland et Frs. Vézina.

La fondation de le Société Saint-Jean-Baptiste a répondu à un besoin le vivement ressenti par tout le monde : tous les Canadiens-Fränçais d'alors ue

étaient unanimes à proclamer la nécessité d’une association nationale qui les ralliât tous sous un même drapeau, pour combattre les envahissements de continuels de l’oligarchie anglaise. Parmi les hommes éminents d'alors,

te MM. Etienne Parent et F. X. Garneau, encouragèrent les débuts de la

l= Société Saint-Jean-Baptiste de Québec, M. Etienne Parent, surtout,

le donna le signal du mouvement avec M, Jacques Huston, son élève et son ? collaborateur, et le personnel du Canadien, qui avait fondé un club d’ama-

es teurs dramatiques dirigé par M. N. Aubin, et qui devint la pépinière des

F! 1, fondateurs de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec. A cu des chefs :

u des (1) Za Provinee de Québec et l’Emigration Européenne, Québec, 1873. ne

(2) ‘ ‘rci-haut, page 29,

Parent, Aubin, Huston, Rhéaume, Bardy et les autres, à qui nous avons fait la part de louanges qui leur revent, nommons ici les travailleurs modestes, moins connus mais non moins méritants : M. Thivierge, tailleur, M. Joseph Savard, M. Prisque Bédard, M. F. Bélanger, père du Révérend M. F.X. Bélanger, vicaire à la Basilique, et M. Chs. Bertrand, typographes, et dont le zèle infatigable et le dévouement éclairés contribuèrent à faire jeter à la Société Saint-Jean-Baptiste de profondes racines dans les classes populaires.

Et que de dévouements et de sacrifices ignorès que nous n'avons pas le temps de raconter |

Il y avait encore Sauvageau et Vézina, peintre, chefs du premier corps de musique de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec; M. Vézina, surtout, (celui-là vit encore) qui fit pendant des années des sacrifices énormes de temps et d'argent pour soutenir l'honneur et la réputation de la fanfare.

Enfin, qui ne se rappelle M. l'ouis Blanc, l’imposant tambour-major, qui pendant plus de vingt ans en tête de la musique, tous les ans, le 24 juin, ressuscitait dans la mémoire du peuple le souvenir toujours cher du grand Napoléon ? Mais nous n'en finirions pas, si nous voulions parler d'hommes moins anciens. Les bornes de cette ouvrage nous forcent de nous arrêter ici.

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