SUR CETTE NOUVELLE ÉDITION
La plus grande disgrâce qui puisse arriver à un écrit qu’on met au jour, ce n’est pas que beaucoup de gens en disent du mal, c’est que personne n’en dise rien.
Boileau, stéréotype, t. i, p. 1 1 3.
On a honoré cet Ouvrage de plusieurs critiques ; les unes contenaient des observations, et les autres des injures.
L\Auteur a profité de beaucoup d observations , et a mis tous ses soins à mériter de nouvelles injures .
P. S. i°. On a supprimé la presque totalité des emprunts étrangers.
2°. On a imprimé aux récits la forme dramatique.
AVERTISSEMENT
Tandis que l’on va observer, à la terre des Papoux(i), l’homme encore enveloppé des langes de la barbarie , je me suis proposé de voyager dans l’Antiquité, et d’y considérer 1 individu arrivé au plus haut degré de civilisation connu, le Peuple Grec.
L Histoire doit le présenter comme une nation très-récente, qui a conservé et dénaturé, en les embellissant, les découvertes d’un Peuple antérieur.
La Philosophie doit en rechercher les institutions , pour constater la marche de l’esprit humain à une
AUTORITÉ
CO Voyage du capitaine /Jaudin à la Nouvelle- Guinée.
AVERTISSEMENT
époque brillante, pour déterminer 1 influence que la séduction de ces institutions exerce encore sur nous, et pour en arrêter ou en diriger la puissance.
Ce sujet est neuf. Les Anciens, qui sont l’objet de cet Ouvrage, n’ont pu en laisser que les matériaux ; et, parmi les Modernes, nul n’avait songé à les réunir.
i°. Ce qu’on nomma long temps la.
dignité de l’Histoire, en détruisit la véracité. On donna je ne sais quel caractère idéal aux Peuples qui, tels que les Grecs et les Romains, ont joué le premier rôle sur la terre : on peignit à grands traits les événemens politiques ; on négligea la peinture des mœurs privées, comme des objets indignes du pinceau de l’Historien, et dont ilauroit eu trop souvent à rougir.
AVERTISSEMENT
a». Les Historiens modernes, ainsi qu’on la remarqué, appartenaient pour la plupart à des castes ou à des ordres pour lesquels les préjugés étaient non seulement une loi, mais encore un moyen d’existence.
3°. Le Gouvernement théocratique traçait, autour des Ecrivains (a) , un cercle qu’ils ne pouvaient franchir.
4°. A cette censure qu’un petit nombre de Philosophes éluda, se joignait une a utre censure qu’ils n’ont osé braver, Montaigne seul excepté. La pudeur, ou plutôt l’hypocrisie de l’opinion , enchaîna leur plume , et ils craignirent d’accuser la nudité des moeurs. De Paw lui même, dans ses
REMARQUE
(a) Voyez, dans la préface de la traduction d’Hérodien, avec quelle liberté les Anciens parlaient de leurs dieux.
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rechercheshardies et philosophiques sur les Grecs, n’embrassa que des généralités , et négligea le piquant intérêt des habitudes sociales, ou de la morale civile et domestique.
Lassés aujourd’hui de la lecture des révolutions des Empires et de l’histoire de quelques hommes, on cherche à reconnaître, à étudier les mœurs particulières des Nations. Les Peuples attendent un Plutarque; il est temps de faire pour ces grands individus ce que l’on a fait pour quelques Héros, d’écarter le masque théâtral, de déchirer la robe pompeuse dont quelques Rhéteurs les avaient revêtus , de briser le cothurne sur lequel ils les avaient exhaussés ; et, après les avoir réduits aux proportions communes de la stature humaine, d envisager leur nudité, leurs maladies morales, qui dérivent
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vij
le plus souvent de leur tempérament politique.
INous n’avons eu jusqu’ici, qu’on me pardonne cette expression, que l’ histoire extérieure des Peuples. Il devient nécessaire d’y ajouter, dans un plus grand développement, leur histoire intérieure.
Ainsi, je promets deux Chroniques grecques absolument nouvelles.
L’une est la Chronique religieuse , ou le Tableau d’une grande généralité des Moeurs.
La seconde est ce qu’aucuns appelleront la Chronique scandaleuse , qui n’est au fond , même dans ses bizarreries, qu’une particularité des Moeurs, non moins instructive, sans doute, que curieuse.
AVERTISSEMENT
C’est sous ce point de vue qu’il faut considérer cet Ouvrage. Si quelques esprits farouches ou superstitieux nous accusaient de licence, nous les renverrions aux respectables autorités de Montaigne, de Charron, de Bayle, etc., sur lesquelles nous nous appuyons.
Tous les Voyageurs ne peignent-ils pas avec naïveté les mœurs les plus libres ïLoin de les blâmer, on recherche ces peintures ; il y a plus, on les exige ; elles sont des chapitres nécessaires de l’Histoire.
On n’a point accusé les mœurs du respectable Bougainville, pour avoir tracé les Annales érotiques et les Lois voluptueuses d’Otaïti.
Le Voyageur Anacharsis nous aurait sans doute révélé celles d A I hènes,
AVERTISSEMENT
s’il n avait pas eu pour guide un Mentor condamne' par état à la chasteté.
Telles sont les considérations qui ont fait donner à cet Ouvrage le titre de Supplément aux Ployages du jeune Anacharsis. Il n’est Supplément que sous le rapport historique ; il ne peut l’être sous le rapport littéraire. Ce mérite, porté au plus haut degré de perfection, place Barthélémy au premier rang des Ecrivains.
Si nous n’avons pas suivi la marche dramatique d Anacharsis , c’est que l étendue des Nomenclatures et des différentes Périodes que nous avons embrassées, ne. le permettait point.
Nous n’avons marché sur ses traces qu’en répétant, avec 1 Auteur de la Thébaïde :
Et longe setjuere, et vesligia semper adora.
AVERTISSEMENT
Un comble modeste termine l’édifice le plus pompeux : loin de rivaliser avec l’éclat des portiques sur lesquels il s élève, cette partie nécessaire du temple en est la plus simple.