HOMÈRE ET DE SON INFLUENCE SUR LA MYTHOLOGIE DES ANCIENS
. . . Juvat ire, et Dorica castra Desertosque videre locos (i)'. . .
lettre troisième.
HÉGÉSIAS A PYTHODÈME.
Du mont Ida.
Depuis quelque temps je foulais , dans un silence religieux , des tombes héroïques et des ruines solennelles. Que ce théâtre , me disais-je en contemplant la plaine d’ilium, est étroit pour tant de gloire ! Quels combats que ceux où le choc de deux armées, et quelquefois de deux héros , ébranlaient à la fois
AUTORITÉ
(i) Virg. Æn. /. il.
d’homÈRE. 299
la terre , la mer, les deux et les enfers mêmes. Cependant , une chose plus grande encore , c’est la puissance du génie. Tout meurt , les hommes , les cités , les empires ; Homère vit et vivra toujours.
Je rencontrai le poêle Hermodamas, je lui proposai de m’accompagner au mont Ida- « Nous ne voyageons pas, lui dis-je en souriant, comme un Alexandre (i) ou comme un César (2) , qui vinrent dans ces lieux alimenter leur fureur guerrière, et puiser l’enthousiasme de la destruction. Il ne nous prendra pas fantaisie de couronner les tombeaux d’Achille et de Patrocle, et de courir à l’entour, comme fit Caracalla. Je n’estime point la vengeance , ni même la valeur guerrière , lorsqu’elle n’est pas employée à faire triompher la cause de l’humanité. De la poésie même de X Iliade s’est élevée une vapeur enivrante et contagieuse : les fureurs d’Achille ont créé celles d’Alexandre ; son délire guerrier, celui de César ; et combien ces exemples trop célèbres
(1) Arrien. — (2) Luc ni ri . Pliara. I. IX , v. 971.
Soo LIV. II LA RÉNOVATION,
n’enfanteront-ils pas d’extravagans imitateurs ! — Homère s’absout par la conclusion morale de son poëme : il n’a pas été entendu. Il établit en résultat cette grande vérité , que les peuples sont toujours victimes du délire des rois ( a ). »
En causant ainsi , nous arrivâmes à des forêts sauvages (i) , hérissées de pins, infestées de fauves. Mille ruisseaux circulent sous le noir ombrage de ces bois , et roulent leurs claires ondes dans de sombres précipices. En sortant de cette profondeur, nous aperçûmes des vapeurs embrasées (2) qui couronnaient la cime de l’Ida. Le poëte alors, dans un saint enthousiasme, crut voir, crut entendre Jupiter foudroyant le camp des Grecs. Nous gravissons enfin le sommet : c’est une plate-forme d’environ quatre cents pieds de circonférence, sur laquelle fut hâti le temple de Jupiter Libérateur (3).
REMARQUE
[a) Quidquid délirant reges. plectuntur Acliivi (4). AUTORITÉS.
(i) Ilom. II. I. VUI , v. 447- b XI : v- i83. — (2) Euripid. Trojan. act. IV , scène III. — (3) Voyage de Clarke et Crips au mont Ida. — (4) Horal.
d’homère. 3oi
Je me sentis véritablement élevé dans l’Olympe. Tout, autour de moi, était calme et serein : un dôme azuré s’ouvrait sur ma tète ; à mes pieds grondait l’orage. Mon regard souverain planait sur la terre et ses montagnes , sur la mer et ses îles. La pyramide de l’Athos se dessinant à mes yeux dans le lointain des airs et des flots , cette élévation devait naturellement être le trône du maître des dieux ; elle dut être aussi celui des voluptés. L’hyacinthe, le crocus, l’asphodèle , le lotos croissent en abondance , comme au temps où ils versaient leur parfum autour de Jupiter et de Junon enlacés; alors que son épouse moins altière eut recours , pour le séduire , à la ceinture de Yénus , et, fidèle au caractère de son sexe, lui tendit un piège dans ce témoignage fugitif de tendresse.
Homère , dans cette immortelle et charmante fiction , a revêtu de toutes les couleurs et de tous les mouvemens de la poésie la plus enchanteresse , la tradition égyptienne sur l’hymen de la nature et le père de la fécondité.
Ce rapprochement me frappa surtout dans cette saison et dans ce lieu. Une rosée aérienne
tombait pendant notre conversation , s’insinuait au sein des fleurs , qui la recueillaient dans leur calice embaumé. La terre alors ressemblait à une jeune épouse parée de roses , qui ouvre ses bras et son sein à l’amour, tandis que le ciel, épris de sa beauté, épanche son ame enflammée en larmes fécondes , en germes créateurs.
Après avoir récité quelques fragmens de l’Iliade , « il faut avouer que le sujet de l’Odyssée n’est pas moins moral, et est bien plus intéressant. L’Iliade peut être le code des hommes d’Etat , l’Odyssée sera le livre des citoyens. La peinture des mœurs est plus touchante que celle des batailles ; les voyages d’un sage me charment bien plus que la course d’un guerrier: les scènes de la nature sont audessus de celles de l’héroïsme. »
Une discussion animée s’engagea sur Homère. Il ne s’agissait point d’analyser ses chefsd’œuvre, ou de définir son génie (i) , mais de
AUTORITÉ
(i) Voyez Voyages cf Ànacli. 7 introduct t . i * p. 88, édit . in-i'2.
d’iiomère.
JOJ
connaître quelles furent les causes qui développèrent cet esprit sublime et l’influence qu’il exerça (i). « On a observé que presque tous les grands po'étes avaient pris naissance sous le ciel fortuné de l’Asie-Mineure et des îles voisines. Cumes fut le berceau d’Hésiode ;
« Arion et Terpandre naquirent à Lcsbos ; Simonide dans File de Cée ; Anacréon à Théos; Tyrlhée à Milet ; M uriner me à Golophon ; Alcée etSapho à Mitylène; Bionà Smyrne... C’est-à-dire que le commerce, les arts et les progrès de la civilisation offroient alors les circonstances les plus favorables à l’essor des talens ; car depuis long-temps les mêmes contrées n’ont pas enfanté de semblables poêles. — Il faut donc ajouter à ces considérations celles de l’époque à laquelle Homère parut. Les Phéniciens avaient ouvert de nouvelles communications entre l’Europe et l’Asie ; l’échange des besoins avait préparé celui des mœurs, et le commerce polissait le monde, La barbarie s’évanouissait dans la Grèce ; les
(0 Voyez Cuper , Kus/ker,et surtout Blackwell, ainsi que la Préface de Pope.
3o4 LI V. II. la rénovation.
lumières de l’antique Orient y avaient pénétré de toutes parts avec son luxe.
» Ce fut alors un spectacle aussi neuf qu’imposant , de voir l’élégance succéder à la rudesse , l’humanité à la férocité , et partout , dans ces lieux aussi ‘sauvages que les hommes et les fauves qui les habitaient," et à la place e des cabanes rustiques, s’élever, comme par enchantement, des villes, des temples et des palais, tandis que les assemblées, les théâtres, les jeux réunissaient les citoyens par l’attrait du plaisir qui déguisait l’instruction.
» Mais ce changement dans les mœurs offrit une particularité remarquable : le peuple , qui empruntait d’un autre ses lumières, conserva, au milieu de cette physionomie étrangère, ses traits primitifs. On vit donc s’allier, pour la première fois , des choses jusqu’alors insociables , de grandes vertus avec un grand luxe, lasimplicité des premiers temps avec l’élégance des seconds, la naïveté avec le commerce, la franchise rustique avec l’urbaine opulence.
» En recevant les nouveaux arts de l’état social , la nation grecque avait conservé les plus douces habitudes de la nature , et cédait encore à ses vives impressions. Trop heureux
d’homère.
les peuples , s’ils ne franchissaient pas trop rapidement l’intervalle qui sépare ces deux états ! Parmi ces coutumes , la plus touchante , et qui appartenait à celle qui servit long -temps de barrière à l’égoïsme qui isole les hommes , celle qui les rapproche par le respect pour le malheur elle besoin, l’hospitalité, contribua, plus que toute autre chose, à entretenir la culture des vertus naturelles et des dispositions bienfaisantes. Telles furent les mœurs du temps d’Homère , et que ses ouvrages réfléchissent.
» Les longues guerres qui avaient divisé
ces petits Etats , et qui les avaient poussés et brisés les uns contre les autres , avaient donné au caractère national une trempe mâle qui ne devait s’adoucir que par degrés : ainsi, toutes les vertus et les crimes même portèrent une empreinte de grandeur. Ces fiers citoyens ne pouvaient descendre de sitôt à toutes ces petites combinaisons de la ruse et de 1 a faiblesse dont se compose l’intérêt personnel qui règne aujourd hui exclusivement, dans nos sociétés. D es monarchies , des républiques expirées ou naissantes; le spectacle d’une civilisation imposante et nouvelle ; l’Asie, l’Egypte et la Grèce
L1V. II. LA RÉNOVATION, seules éclairées , le reste de l’univers plongé dans une nuit profonde : voilà ce que le monde présentait au génie d’Homère.
— » En rapprochant le contraste des circonstances que vous venez de développer, la cause de sa supériorité devient facile à saisir. Placé comme son siècle entre les mœurs primitives et les mœurs sociales, Homère est grand avec simplicité ; il nous présente toujours la nature , mais la nature parée , embellie , choisie ; de là le charme inexprimable de ses compositions.
— » Vous oubliez , je crois , la circonstance la plus essentielle dans la vie d’Homère , son éducation : une vie errante et le malheur furent ses maîtres. Il s’instruisit, il est vrai, dans sa jeunesse , à l’école de Phémius , le chantre le plus célèbre de son temps ; mais il puisa toutes ses lumières dans les voyages , et toute sa sensibilité dans l’indigence. La pauvreté est quelquefois une dixième Muse (a). A l’exemple
REMARQUE
(a) Paupertas iinpulit audax
Ut versus facerem. . . . (i)
AUTORITÉ
(l) Horat.
d’homère. 3c>7
d’Orphée , de.Xinus et de Musée , il pénétra dans les sanctuaires d’Osiris.
» Il paraît que l’austérité sombre des dogmes de l’Egypte, et ses allégories aussi monstrueuses que ses panthées (a) , attristèrent son imagination brillante : il enrichit sa raison des principes de la doctrine sacrée, mais il en rejeta les symboles : et toutes les images qu’il en a empruntées se sont agrandies ou embellies sous son pinceau. Comparez en effet cette élégante peinture des embrassemens de Jupiter et de Junon, sur cette hauteur qu’un nuage d’or enveloppe, et où les fleurs, animées comme par enchantement , parfument la couche des voluptés ; comparez, dis-je, ce tableau magique avec la cérémonie égyptienne dans laquelle, un certain jour de l’année , on portait au haut d’une montagne les simulacres d’Isis et d’Osiris renfermés dans un tabernacle orné de fleurs.
» Ah ! sans doute, dans ces antresmystérieux et souterrains, dans ces cavernes mystiques qui
REMARQUE
(a) Statues composées, comme le sphinx, de formes hétérogènes.
3o8 LIV. II. LA RÉNOVATION, ressemblent à l’obscure Tartane, interrogeant ces hiéroglyphes barbares, ces statues hideuses, où tantôt la tête d’une femme s’unit au corps d’un monstre, et tantôt celle d’un épervier ou d’un chien figure sur des épaules d’homme , Homère regrettait cette architecture aérienne et élégante des temples du génie, ces bocages enchantés qui les environnent , ces statues élégantes dont la beauté avait fourni le modèle.
» Et sans doute , respirant , avec l’enthousiasme de la poésie, celui de l’indépendance, qui fut une des causes de son génie et de la supériorité de la Grèce , il laissa tomber un regard de pitié sur un peuple avili , qui , doublement esclave , était écrasé à la fois par les prêtres et par les rois.
» La Phénicie , enrichie par le commerce, embellie par les arts qui marchent à sa suite , brillante de luxe et de tous les prestiges de la civilisation, mais obligée d’en puiser les sources et l’aliment dans une activité sans bornes, la Phénicie , lien du monde dont elle semblait rapprocher les contrées par les échanges , centre de tous les mouvemens et de toutes les opinions, accumulant au milieu d’elle les erreurs , les fables des peuples divers avec leurs
d’homère; 3og
productions, nourrissant une population inquiète , avide de nouveautés ; pleine de souvenirs, et aimant à conter comme tous les voyageurs ; la Phénicie fournit à Homère la toile et presque toutes les couleurs de ses tableaux mythologiques.
» En effet , les contes du Cyclope , des Sirènes , de Y Avenue des Champs - Elysèes , sont des fables dont il est aisé de reconnaître Torigine par celle des mots, qui sont tous phéniciens (i).
» Le poete dut au peuple navigateur les connaissances profondes qu’il étale en géographie : il avait puisé le génie de l’allégorie chez les prêtres égyptiens ; il s’instruisit chez ceux de Delphes , de l’histoire de la Grèce.
— » Mais qui enseigna au divin Homère cette sensibilité profonde qui anime tous ses ouvrages ? — Je vous l’ai déjà dit , le malheur. — Qui lui révéla le cœur humain ? — La connaissance du sien. — Les mœurs et les caractères divers ? — L’observation. — Son génie enfin ? — La nature et les circonstances.
AUTORITÉ
(i) Voyez Bocliart.
3lO LIV. II. LA rénovation:
» Si l’influence de toutes ces circonstances est remarquable , celle qu’Homère exerça ne l’est pas moins. Homère a influé sur la philosophie , la politique , la religion , les arts ; en un mot, sur la destinée de sa patrie , sur l’instruction du monde . En célébrant la supériorité de l’Europe sur l’antique Orient, il prépara les triomphes de la Grèce; et, en flattant l’orgueil national, il créa l’enthousiasme républicain et ses victoires. »
— »> Cette observation n’a pas échappé aux historiens (i).
— » La chute de l’empire du despotisme ; l’élévation de la gloire nationale , voilà quel fut l’objet des chants d’Homère : il apprit à ses concitoyens à s’estimer au-dessus de tous les autres hommes , et à tout oser pour justifier cet orgueil. De ce sentiment naquit la liberté publique. Il enseigna donc l’indépendance comme il la professa ; car il est à remarquer, à la gloire d’Homère, qu’il fut éminemment républicain : la preuve en résulte de la
AUTORITÉ
(i) Voyez Bossuet , Hist. Univ.
d’homère.
morale même de l’Iliade , de l’épilhète qui accompagne toujours, dans ses vers, le nom de rois, qu’il appelle démobores (a), et surtout de sa vie.
» Virgile reçut le pain d’Auguste ( b ) ; Homère, plus grand, mendiait le sien: aussi l’un prit un homme pour l’objet de ses chants , et l’autre tout un peuple. — Et quelle prodigieuse différence dans les résultats ! Virgile , flattant la tyrannie , cimenta cirez un peuple libre l’élévation du pouvoir absolu , comme Homère jeta , chez un peuple à peine échappé à l’esclavage, les premiers fondemens de la liberté.
» Cette différence se retrouve dans leur génie même : l’un fut un philosophe voyageur, un amant de la nature inspiré par elle ; l’autre, un courtisan timide et poli (c). Le premier s’occupe davantage des choses , et le second
REMARQUES
(а) Déinoboroi , dévoreurs de peuples.
(б) Voyez les réflexions d’Alfieri dans la Décade , et la préface du Poème des Hehétiens.
(c) Voyez dans le Traité des études de Rollin, le parallèle d’Homère et de Virgile.
3l2 LIV. II. LA RÉNOVATION, des mots. Ce qui manque surtout à Virgile ; et ce qui fait le fond du génie du poëte grec , c’est la naïveté , la force tranquille , la grandeur simple.
» Ce qui achève d’établir la supériorité d’Homère sur ses imitateurs , c’est qu’il est lui-même , et n’imita personne. On a beau creuser avant, on ne trouve point la racine de ce talent extraordinaire, tand^ que la souche de toute poésie se trouve pour ainsi dire dans Homère. De là ces deux images , dont l’une figure Homère comme un fleuve vaste où tous les po’étes s’abreuvent , et dont l’autre le représente comme un chêne élevé sur le sommet du Pinde , qu’il couvre de son ombrage immense.
« Quel est ce génie dont naissent tous les autres ! ce génie , qui fait résulter d’une seule parlie de son art, un art nouveau et sublime , celui du théâtre , qui sortit naturellement du développement des caractères et des situations établies dans l’Iliade : ce qui faisait dire à Eschyle que ses poëmes n’étaient que des reliefs des festins d Homère ; ce génie, dont trois vers enfantent le chef-d’œuvre de la statuaire, le Jupiter olympien de Phidias ; dont chaque
d’homère.- 3i3
chant est une galerie de tableaux dont le pinceau s’empare; dont le poème enfin semble contenir tous les poèmes.
— » Que s’il renfermait ensuite les plus hautes leçons de la morale et les plus rares trésors de la philosophie....
— » C’est la seule partie de sa gloire qui ait souffert quelque reproche. Yous vous rappelez que Platon bannit Homère de sa république , après l’avoir couronné de fleurs. — S’il fut banni de la république imaginaire de Platon , il fut introduit avec honneur dans la sage république de Lycurgue (i). Lycurgue, qu’un poète ( Damon ) avait précédé à Lacédémone , y porta les poésies d’Homère ; et il est à remarquer que ses institutions , devancées et accompagnées par la poésie, furent soutenues par elle : Thyrtée acheva l’impression commencée par Homère.
« Quelle profondeur de raison ! Oui, Homère enseigne mieux que Chrysippe et Crantore , le beau, l’honnëte et l’utile ( 2 ) ; il eut l’art
(1) P/ut. — (2) Horat.
3l4 LIV. II. LA RÉNOVATION, de philosopher poétiquement (à). Il ne faut point s’y tromper ; réduite à ses seules armes, au langage austère de la raison , la philosophie ne saurait attirer ni captiver la multitude : il faut, pour fixer ses regards , qu’elle emprunte la parure de la riante imagination; c’est Junon qui, pour plaire , a besoin de la ceinture de Vénus.
» Les premiers sages ne s’adressaient au peuble que la lyre à la main. Ils mirent toute leur philosophie en image et en sentimens toujours plus puissans que l’aridité des préceptes et la sécheresse des maximes. La riante fiction emmiellait les bords de la coupe salutaire. Ajoutez à ce charme celui de l’harmonie , l’empire irrésistible des passions et de leur accent, et vous concevrez combien il est facile d’agir sur les hommes par les impressions sensibles que le sage législateur doit favoriser de tout son pouvoir. — Cela nous conduit à considérer la religion poétique d’Homère. Il changea les hommes en dieux, et les dieux en hommes. »
REMARQUE
(a) Expression de Julien sur Amphion.
d’homère. 3i5
Cependant un violent orage nous menaçait : déjà nos regards ne distinguaient plus les îles de Lemnos, de Ténédos et d’Halonnèse, que les vagues mugissantes assiégeaient, et sur lesquelles planaient des nuées ténébreuses. La tempête s’étendait dans la plaine et brisait les arbres ; le mont Ida était illuminé d’éclairs. Nous nous levons pour nous réfugier sous les débris d’un portique ; et là , sur le fût de la plus haute colonne , nous traçons profondément, avec un style , cette inscription simple: