LE PRÊTRE ET LA PRÊTRESSE
Au nom de l’Amour , de sa mère ,
LE PRÊTRE
Et de la beauté qui m’est chère ,
REMARQUE
nommer : en indiquant du moins que cet aimable badinage est tombé de la plume du plus fidèle et du plus élégant traducteur de Viéland, d’un écrivain dont le commerce est aussi sûr que son goût , j’aurai presque trahi son secret -, inaisj’aurai du moins acquitté la dette de l’estime, dans le moment où il gémit sous le poids delà plus absurde injustice.
Ce mot àe messe est fort ancien ; celle des Chrétiens en est la parodie. Il existe un savant traité sur l’idolâtrie de la messe (K).
LA PRÊTRESSE
Et de l’amant que je préfère,
LE PRÊTRE
J’entrerai dans le sanctuaire Du dieu qui parle à tous mes sens.
LA PRÊTRESSE
J’irai vers ce dieu tutélaire Qui réjouit le matin de mes ans.
LE PRÊTRE
Dieu des cœurs, juge-moi sur le rapport des belles;
Distingue-moi des infidèles’,
Et des avantageux et des indifférens.
Délivre-moi des pièges de l’envie,
Et fais que mes rivaux, quels que soient leurs talens,
Ne m'effacent jamais du cœur de mon amie.
LA PRÊTRESSE
Amour, je ne puis rien sans toi :
Pourquoi m’avoir si long-temps repoussée?
Pourquoi me laisses-tu , de chagrin oppressée ,
Au pouvoir des jaloux qui s’arment contre moi?
LE PRÊTRE
Fais briller ta lumière à ma vue incertaine,
Et conduis-moi sans danger Au plus joli des monts placés dans ton domaine,
A ce mont d’albâtre et d’ébène ,
Où tu prends plaisir à siéger.
342 LlV. II. LA RÉNOVATION.
LA. PRÊTRESSE
J’entrerai dans le sanctuaire Du dieu qui parle à tous mes sens ;
Je m’offrirai moi-même à ce dieu tutélaire Qui réjouit le matin de mes ans.
LE PRÊTRE
Sur mon luth , accordé par la volupté même ,
Je chanterai l’Amour et ses faveurs ;
Mais je tremble , j’éprouve un embarras extrême. O mon âme! pourquoi ce trouble, ces frayeurs?
LA PRÊTRESSE
Espérez en l’Amour ; c’est en lui que j’espère. L’Amour qui nous appelle à ses jeux enchanteurs. Vous fera surmonter la crainte de déplaire , Emoussera pour moi l’aiguillon des douleurs.
LE PRÊTRE
Gloire à l’Amour; gloire à Vénus sa mère ï LA PRÊTRESSE.
Qu’ils soient glorifiés maintenant , à jamais ,
Ainsi qu’aux premiers jours du monde ,
Où leur activité féconde Triompha du chaos épais !
LE PRÊTRE
J’entrerai dans le sanctuaire Du dieu qui parle à tous mes sens.
LA PRÊTRESSE
Je m’offrirai moi-même à ce dieu tutélaire Qui réjouit le matin de mes ans.
Son nom me rend hardi.
LA PRÊTRESSE
Son nom me rend docile.
LE PRÊTRE
Dieu bienfaisant , aimable Dieu ,
De nos fautes reçois l’aveu.
LE CHŒUR
Qu’à vous les pardonner il se montre facile.
Et tous deux à la fois puissiez-vous parvenir Au suprême bonheur, à l’excès du plaisir!