COLLECTE
LE PRÊTRE
Je te rends grâce, Amour, des plaisirs de ma nuit, De ma vigueur, de mon ivresse ,
Du sommeil bienfaisant qui n’en a point détruit L impression enchanteresse.
Je le rends grâce encor d’avoir loin de mes jeux Ecarté les songes sinistres,
Qui , pour persécuter l’avare et l’envieux ,
Les tyrans, leurs lâches ministres,
Des morts ensanglantés revêtent les lambeaux , Marchent accompagnés d’orages,
Et parmi les poignards, les débris, le chaos. Hurlent d’effroyables présages.
Au lever de l’astre du jour,
Quand loute la nature émue Le félicite à son retour,
Je m’éveille , et pense à l’Amour;
11 est l’astre que je salue.
Amour, je t’adore aujourd’hui Comme j’ai fait toute ma vie ;
Et toi, que j’ai toujours servie,
Vénus, je t’adore avec lui.
Au sentiment , gloire immortelle l Hommage insigne à la beauté S Que leur pouvoir soit exalté Par la louange universelle !
Et si leur douce autorilé Trouve ici-bas un seul rebelle , Puisse-t-il, en voyant mon zèle,
Abjurer son impiété!
Accueille les sermens de mon âme embrasée,' Amour, je t’asservis mes sens et ma pensée ! Je me dévoue à ton culte , à ta loi ;
Je veux n’apparteriir qu’à toi.
Couvre mes yeux d’ombres impénétrables, Si je daigne entr’ouyrir ces livres méprisables
Qui de tes jeux ne m’entretiendraient pas.
Ma volonté n’adressera mes pas
Que vers ton temple, aux réduits solitaires,
Ou désignés, ou faits pour tes mystères ;
Sur tes commandemens je réglerai toujours
Mes travaux , mes plaisirs , mes vœux et mes discours.
LA PRÊTRESSE
( Elle met sous les yeux du Prêtre un livre qui renferme V histoire et la doctrine du dieu d’ Amour.)
Lisez, pénétrez-vous de la loi de Cythère,
Des exemples divins que tout amant révère.
LE PRETRE
( Il ouvre le livre , et le baise. )
Alors que l’univers, enveloppé d’horreur,
N’était qu’un vil monceau de vapeurs et de fange £
Dieu d’ Amour, ton fiambeau vainqueur Des élémens confus épura le mélange.
Viens de même épurer mes lèvres et mon cœur.
Puissé-je dignement annoncer tes oracles,
Parcourir avec fruit ce livre fortuné,
Monument de ta loi, dépôt de tes miracles,
Et n’ètre jamais condamné A l’éternel remords de l’avoir profané!
( Le Prêtre lit. )