SYMBOLE DES AMOURS
Je crois au dieu qui fait aimer;
Je crois à sa toute-puissante.
Je consens à le proclamer Principe de toute existence ,
Vainqueur de l’horrible chaos ,
Où dormait jadis la nature ;
Réparateur de tous les maux Dont on souffre ici-bas l’injure
LIY, If. LA RÉNOVATION.
Je crois à la belle Vénus ,
A sa merveilleuse ceinture ,
A la victoire , toujours sûre ,
De ses charmes voilés ou nus.
Je crois à l’enfer des parjures.
Au purgatoire des jaloux ,
Au paradis des âmes pures.
Je crois au bonheur des époux ;
Je crois aux loyales tendresses ,
A la sainteté des promesses ,
A l’importance des faveurs ,
Au doux langage des caresses ,
Au langage plus doux des coeurs.
( La Prêtresse va quérir de l'eau préparée dans un vase de vermeil ; elle en verse sur les mains du Prêtre. )
LE PRÊTRE
Amour, je laverai mes mains A la fontaine d’innocence ,
Pour entrer avec confiance Dans tes tabernacles divins ;
Et pour oser toucher sans crime L’offrande que je dois placer sur ton autel ,
Les pains du sacrifice , et la tendre victime Qui du saint coutelas attend le coup mortel.
J’ai de tout temps chéri le sanctuaire Où tu te plais, d’où partent tous tes feux.
Encor porté dans les bras de ma mère ,
Avec plaisir je m’appuyais sur eux.
CULTE APHRODISIAQUE Et j’attachais un œil religieux Sur les appas qu'idolâtrait mon père.
Il est de vils profanateurs Qui , méprisant tes lois et tes cérémonies , Emportent d’assaut les faveurs ,
Pressent un sein tremblant de leurs lèvres haïes , S’indigneraient d'attendre et de solliciter,
Et pillent des trésors qu’il faudrait mériter.
Ta vengeance leur est promise;
Mais que ton œil me juge , et ne confonde pas Ma religieuse entreprise Avec leurs lâches attentats.
Un jour, un jour quelque vulgaire amante ,
Une furie , un monstre , ou même une Laïs, Punira ces forfaits , leur rendra ce mépris,
Et leur fera porter une chaîne accablante.
On les verra trembler , presser , prier , gémir ;
Les bourses pleines d’or, les présens magnifiques Brilleront dans leurs mains iniques ;
Mais ils s’appauvriront pour ne rien obtenir.
Je viens à toi, d’un cœur simple et timide,
Où l'audace et l’orgueil ne trouvent point d’accès, Je viens comme un enfant que l'innocence guide, Qui veut , parmi les tiens , te bénir à jamais ,
Et non comme un profane insolemment avide.
Demandez , ô mortels ! qu’on dit nés pour souffrir, Le pouvoir et le temps, et l’esprit de jouir.
354 liv. n- LA rénovation.
( Il passe un bras autour de la Prêtresse , et dit , en la soulevant un peu. )
Pieçois, Amour, cette oblation pure ;
Reçois-la comme enfant , en mémoire des pleurs.
Qu’en certain jour te causa la piqûre D’un monstre ailé , nourri du suc des fleurs. Laisse-nous , comme Dieu, te l’offrir en mémoire D'un plus beau jour, de ce jour glorieux Où tu rentras dans les palais des dieux ,
Accompagné du prix de ta vicloire Sur la déesse , habitante des bois ,
De qui l’orgueil osait braver tes lois.
Amour, nous te l’offrons encore En mémoire des feux dont Vénus a brûlé ,
Du charme qui fait qu’on l’adore ,
Du lait qui de son sein dans ta bouche a coulé.
( Il se tourne du côté du peuple. )
O mes frères, priez que ce doux sacrifice A nos timides vœux rende l’Amour propice !
LA PRÊTRESSE
Veuillent sa mère et lui l’accepter de vos mains Pour leur gloire, pour vous, et pour tous les humains !
LE PRÊTRE
Cjprine, Dioné, Cythérée , Aphrodise,
Sous quelque nom chéri qu’il faille t’implorer ,
Jusqu’au dernier soupir fais-nous persévérer Dans les purs sentimens de l’amoureuse Eglise.