SYMBOLE DE» AMOURS
Je crois au dietf qdî- faîr aimer ; Je crois à sa to«ite-puissai!ite.
Je consens à le proclamer Principe de toute existence , Vainqueur de Thorribie chao», Où dormak jadis la nature ; Réparateur dfe tous les mauK Dont on soufTre iei>bas Finjlir0
toujours animée , soit que , prêtant son organe céleste aux chants du poëte de Théos, elle interroge de ses inains d^albâtre une lyre d'or.
Vous savez, mon cher Pythodèmé, que je professai, même à vingt ans, le stoïcisme , mais la lecture enflammante d'Homère , Tétude de la poésie que vous m'avez appris à goûter, ont rempli mpn esprit d'images enchanteresses : et combien leur type, leur original sacré ne doit-il pas me frapper , puisque leur froide copie , leur simple représentation suffit pour me transporter !
. Aglaé aurait fourni au chantre de Vénus un charme de plus pour enrichir sa ceinture ; elle lui aurait donné Fidée d'une mélancolie tendre et rêveuse. Je vois toujours Aglaé avec intérêt, et cependant sans émotion, je le crois du moins; elle m'attire peut-être, mais elle ne me retient point. J'ai du plaisir à cotiverser avec elle , mais je ne lui parle que de nos grands poètes dont elle déclame parfaitement les meilleurs vers. Je me trouve presque toujours auprès d'elle , et cependant je ne la cherche pas. Certainement , je ne l'aime point , car je pars demain avant le lever de l'aurore.
Pourquoi donc vous en ai-je parlé si long-
FETES d'ABYDOS.' 283
temps, et éprouvai-je le besoin de vous en parler encore ?.... Allons, Hëgésias , rappelletoi la belle allégorie sur Hercule. Un jour, tandis que jeune encore, retiré à Técart, il méditait sur le genre de vie qu'il embrasserait (i), deux femmes (a), d^une haute stature, se présentèrent à ses regards. L'une était belle, mais sévère; c'était la Vertu. Son port était majestueux , son air plein de dignité ; la pudeur brillait dans ses chastes regards , et la modestie dans tous ses gestes : elle étoit voilée entièrement d'une robe éblouissante de blancheur. L'autre paraissait plus attrayante ; c'était Ta Volupté. Sa démarche était languissante ; ses yeux humides , nageant dans une flamme mourante, étaient noyés de langueur. Un éclat artificiel rehaussait les couleurs de son visage ; sa parure était recherchée, et sa robe , ouverte et voltigeante , laissait entrevoir
REMARQUE
(a) On voit sur une médaille Hercule assis entre Minenre et Vénus.
AUTORITÉ
(i) Xenoph,
les trésors demi-nus d'un corps plein de mollesse.
Chacune, pour attirer Hercule, discourut longuement, et étala tousses charmes ; chacune lui promit le bonheur: Hercule, après un moment de silence , se leva et suivjt la Vertu.
Hercule , je t'imiterai. Demain , je pars de ces lieiix ; leur atmosphère est brûlante : tout , jusqu'à rhistoire et aux monumens publics , ne parle ici que de yplupté. L'aventure de Leandre est retrs^cée partout , d^ns les chants , dans les table^iu^ , si;r les statues et les médailles. La plus simple et la plus ingénieuse est celle qui représente Gupidon , qui , le lla^ibeau à la main , vole et guide l'amant sur les flots (i).
Les mœurs des ^^bydéniens ont contracté la double corrupt^qn qu'entretiennent le cominerce et U licence. L'imposture et la charlataneriefont la base de leur caractère; les termes de menteur et d'Abydénien sont devenus synonymes. On prétend que cette disposition à altérer les faits rend leur commerce dangereux ; mais ces mœurs me paraissent celles de
AVTORITÂ.
(i) Voyez Médailles de ÇaracaUa et d'Jlexandrc Sèvèn-
FÊTES D'ArfirDOà. 2^5
tous les commerçans , et particulièrement des Grecs, surtout des Grecs asiatiques.
On prétend ihéme qu'ils vont jusqu'à susciter aux étrangers des querelles pour en tirer quelque arantage : de là le proverbe familier aux voyageurs : Gare Abydùs (a).
Jusqu'ici je n'ai point eu l'occasion de vérifier cet adage , et je ne pense pas qil'Evhémèrus et Oribaze , qui sont descendus chfez leur ancien hôte Chrysophile , aiçnl éptottvé quelque accident /acheux.
On traite "encore les Abydiénietts de lâches et d'efféminés : ils ont toérite le dernier reproche sans douté, mais ils se sont absous du premier, lorsqu'à l'exemple des habitans de Sagonte , ils àimèi^ent mieux s'ensevelir sous les ruines de leur ville , que de capituler honteusement avec un roi de Macédoine (è).
Je viens de inonter sur le plus haut de l'éminence où la ville est située , et d'où elle domine à la fois sur le détroit d'Hellé, et sur
REMARQUES
(a) Ne temerè Âbyduih.
(6) Philippe; l'an de Rome 552.
286 LIV. II. 4k RÉNOVATION.
Fembouchure de la Propontidé. Un spectacle mouvant, et sans cesse renouvelé, occupe mes regards et ma méditation ; une forêt de mâts peuple le canal et circule dans son enceinte resserrée. Le vent, qui commence à s'élever, et qui annonce une prochaine tempête , vient de faire échouer dans le lointain deux bâtimens trop légers pour résister aux vagues amoncelées de la Propontidé, qui, lorsque FAparctias (à) vient de souffler, assiègent de montagnes d'écumes les gorges du canal. Malheur alors aux frêles bâtimens qu'elles rencontrent et qu'elles entraînent !
Le calme qui règne sur les collines entre lesquelles les ondes du détroit se développent comùie un fleuve, contraste avec ce spectacle. Flore , Pomone , Cérès et Bàcchusles habitent. Un poëte dirait qu'on voit toujours les Nymphes conduire , en dansant , le Printemps sur leurs rives fortunées. Tandis qu'un tonnerre monotone et sourd mugit dans le lointain, le bêlement des troupeaux , les sons de la flûte du berger se mêlent au bruit des rames et des
REMARQUE* (il) Le vent du Nord.
ondes. Il résulte podr moi , de toutes ces impressions différentes , un mélange indéfinissable de sensations vagues, mélancoliques; remplies à la fois de tristesse et de plaisir. En face , sur l'autre rivage , s'élève le Cynosema , ouïe tombeau d'Hécube. Son ombre , dit-on , erre pendant les nuits , accuse Polymnestor , et redemande à THellespont les restes de Polidore. ^
Non loin du Cynosema s'élève Madytos, célèbre par le trophée d'Athènes sur Lacédémone (a). A ma gauche , dans la plaine , et presque sous mes pieds, roule l'impétueux torrent Rhodius , que Neptune reçoit dans son sein grondant, et dont ce dieu souleva, selon le récit d'Homère , les opdes conjurées , avec celles du Simoïs et du Scamandre , contre le retranchement des Grecs (i).
BEMÀRQUE.
' (a) Ce trophée fut élevé sur le Cynosema (a).*
AUTORITÉS
(0 Voyez Homère , Iliad, — (2) CfieçaUery Foyagc dans:
288 HV. II. LA RENOVATION.
Le Rhodîus coule entre Aby dos et Dardanus , à jamais célèbre par le traité de paix que conclurent Mithridate ^t Sylla (i).
La mythologie et Thistoire ont peuplé tout rHelle^pont de souvenirs. La fille d'Âthamas, Btéllé, fugitive avec éôn frète , donna son nom à ces ondes qui l'engloutirent , tandis qu'un bélier à la toison dorée transporte Phryxus sur Tautre rive. Pourquoi ce bélier merveilleux n*est-il pas venu au secours de Léàndre (2) ? Que n*a-t-il été dû moins accueilli par un dauphin siôconràble? Non, ce ne fut point un orage, ce iut sans doute la jalousie des Néréides qui Tenlevèréhl ailx embrassemens de son àmànte. Je lé sens trop , ces lieux, tes Souvenirs pénètrent ihott àme d'un attendrissement qti'dlfc n'avait pas encore éprouvé. Mon style et mes pensées s'anioUissént.
Sortons de ces rêveries : que font d'ailleurs ces images légères , ces fantômes plus vains qu'un nuage, devant les grands intérêts dont THellespont fut le théâtre, devant les tableaux
AUTORITÉS
(i) Siràb. Cass.p. 889. — (a) Oçid.
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FÊTES D'ABYDOS. iSû
sublimes de la lutte , du despotisme et de la liberté , de l'Asie et de l'Europe ébranlées !
Xercès moiita sur la colline où je suis assis dans cet instant, pour jouir du spectacle de cette àrniée .innombrable qui desséchait les fleuves dans sa marche , et dont les traits obscurcissaient le soleil. Malgré l'orgueil qui enflait son cœur, il y pénétra un sentiment d'humanité. On dit que , venant à réfléchir sur la brièveté de. la vie , et sur le sort de tant de milliers d'hommes qui ne devaient pas voir' hiire un autre siècle , il pleura. Ah ! pourquoi cfe larmes sont -elles restées stériles .î*- Elles sont inconnues à tous lesconquérans : quel est celai d'entre eux qui n'a pas songé plutôt à imiter les folies de Xercès , que ce mouvement de sa vaine et trompeuse sensibilité ? Il . est triste de penser que les malheureux humains accordent plus de gloire à ceux qui les mas^ sacrent , qu'à ceux qui les nourrissent et les éclairent.
Qui peut d'ailleurs se fier à la fortune ! Ici, quelle haute leçon de l'inconstance du sort ! quelle juste humiliation d'un fol orgueil ! Pourquoi^ lorsque Alexandre, ivre d'ambition, traversa ces ondes , Callisthène ne s'est-il pas I. 19
aigo LIV. U. liA RENOVATION.
levé ea kd dâaaat : « Ici défila sur un double poat (a) plus d^uii milHon d^homme^ ; leur maître s^naUaû irerser aloffs TAsie tout entière $av la Cirèce; il apl<|iiissait les flots, cbâtiiât la mer, perçait rAthos. La fière li^ berlé sourU ï Uaspèet de ces foriXHdabks ap^ prêts ; eUe dévora ses légiaots^ et, de ses mille vai3$eaux.^ il ae resta an mouaiKfue fugitif qu'une fcéle barque sur rHellespûat désert, lustruis-toi , fier Alexandre , du néant des choses bumaines. »
Mais, quel autre sujet de méditation pour Jbes républiques ellesrmémes ! eiiorgaeillis de leurs triomphes , les Grecs se divisent , et deux villes puissantes yeulent s'imposer réciproquement le joug dont elles ont affranchi la Grèce. Ici , sur ces mêmes flots , Athènes triompha de Lacédémone ; ici , à son tour, Lacédémone trioiiq)ha d'Athènes.
REMARQUE
(o) Chevalier est le premier qui ait explique, d'une ma- 1 nière satisfaisante, le texte d'Hérodote (i).
AUTORITÉS. . j
(i) Foyi^e dans la JVoade , /. i , yt?. a83. HérodoL L vir,
S, XUU7/9*5!l5. i
F£T£« D'aBtYDOS. agi
Tandis que je sais plongé dans ces réflexions, la nuil , dont )e recherche le silence impérratif ^ a jeté sur ioiuies les seènes de la nature un voile doux et- argenté. Diane et sa cour semblent se mirer et descendre dans Tonde silencieuscv
Quel spectacle magique et imprévu ! un chœur de jeunes Abydé»kmies , la chevelure flottante , le sch^ nul , s'avance mystérieusement au pied de la colline et sur le bord dés eaux. Des torclies enflammées circulent de distance en di^lanee sur le riVaF^è , et cessemMen^ à ces feux- erratts ou à tes étoiles tombantes qui égarent ïes* f oyàgeurs prèîs des marais humides* Sï on oreille croit distinguer dans le lointain des chants mélancoliques et religieux ; l'encens fume en nuages odorans ; la pompe approché et tféfiïe âr ïa clâVléde la lune mystérieuse. Un groupe de jeunes prêtresses» élevant des vases d'or remplis d'un vin parfumé , épanchent la liqueur sacrée dans les flots , invoquent,^ après ces libations, les Néréides ; elles jettent dans les ondes les couronnes et les guirlandes dont elles étaient ornées.
On a appelé trois fois letf ombres^^ de Héro
xg.
2g2 LIV. II. LA RÉNOVATION,
et de Léandre ; on a, répété trois fois : Paix à leurs mânes amoureux. L'hymne funèbre commence ; )'ai distingué la voix d'Aglaé.
CHŒUR
Jetez des fleurs en répandant des larmes Sur cette rive, 6 vous, Njmphes d'Hellëî Cheveux épars, et meurtrissant vos channes^ De longs regrets frappez Tair désolé.