AGI.AE
Alors Iwillaient les jours de Cythéréé^ Jours solennels que célèbre Sestos ; On accourut à la pompe sacrée Des ports voisins, et^irtôut d'Abjrdos.
Venus sourit : queUe. foule d'amantes!
D'adolescens quels groupes séducteurs !
Quel doux essaim de vierges ravissantes ! Le beau printemps étale moins de fleurs !
Mais éclipsant la troupe enchanteresse , De modestie aimable et doux trésor, Héro paraît : cette jeune prétresse Par la pudeur s'embellissait encor.
Léandre brûle ; elle , sans artifice , £n rougissant sourit d'un air charmé :
Chargé de flamme , un long regard complice Révèle au Grec combien il est aimé.
Déjà la nuit étend son voile sombre , Léandre accourt au seuil mystérieux ; Héro s'égare et chancelle dans l'ombre ; Le plaisir ferme et sa bouche et ses yeux.
il faut partir : une barque légère Porte Léi«idre aux rives d'Abjdos ; Héro , qu'enferme une tour solitaire , Mêle S3t, plainte au munnure des eaux.
2^4 ^ÏV- "• "" RIÊNÔYATIOS.
La nuit revient, cl la veuve éperdue Allume alors le signal du retour-:
De te flambeau h flamme e§t eplendufi ; Léandre vole , ej; suit l'astre d^mour»
Seul , il fen^jait l'ondô ret^pjûs$$Bt^ ; Nu, de la foudre il défierait les coups. Ah ! disait-il à Thëtîs mugissante , A mon retour réserve toa courroux.
Alors pâlit, de. tendresse et de crainte, Héro, l'œil fixe et l'âme sur le? flots, . Dans quels baisers, dans quelle longue étreiot« L'amant boira l'ouhili de ses travaux !
De son nectar la divine Aphrodite , Fendant trois. inois, sut eniyPCP la Nuit, La douce Nuit, par l'audace conquise.
Mais, à douleur, son astre s'éteignit !.,.
Limant brava la tempête élancée
Sous le trident de Neptune en foreur.
Ton nom errait sur sa fevre glacée.
Héro I... Léandre encor t'appelle !... et meurt.
Il meurt jeté sur la roche sanglante.
Héro le voit, et, partageant son sort, Se précipite en la mer écumante.
Les deux amans sont unis dans la mort.
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rSTES D'ABTDOS. 2g5
CHŒUR
Jetés àeis flears en répandait des lannës Sur cette rive, 6 tous, Njiàphe« d^HeU4! CheVettx épars, et meurtrissant tos charmes. De longs regrets frappez Fair désole.
Là nôetume çéi^moni)^ étant temiiilëé , It^ jéuneis viét^es e^él^igilétit lentement et en si^ lence. Tout s'efface par degrés et dispâttttt ; les étoika éclairent ^ules^le rivdge^ et il n repris son calme aqcoutâméé Je ti^entends plus que le mmtnure de la brise. Une femme seule cependant r^araît sur le rivage ; les sonsd'une lyre harmonieuse ie font entendre dtt nou^ Teau ; mais %a cordei n'çxpritnent plus let^ sons graves d'une plainte religieuse : elle ne module plus sur le nôtne dcnrien , elle passe avec mollesse: et rapidité au mode lydien* On croiroit entendre les accens enflammés de la passion eUe-méme , les soupirs amoureux du désir impatient, et Tivresse de la volupté languissante*
Cid! qae devltt8«jé tû ciét instâtit? C'était encore Agtâé, mais Aglaé telle qu'une 6îrçne aux bords des eaux appelant l'Amoiir , charmant la terr« et l'ondo émue. Agité y hors de
:2q6 LIV. II. LA RÉNOYATION.
moi-même, je descendois de la colline, éperdu et semblable à un homme ivre : un spectacle nouveau et inattendu me rendit le calme et ma propre dignité.
On apercevait un objet sur les flots blanehissans : il approche ; il ressemble à un Triton qui se jouerait sur les ondes. Aglaé pousse un cri , étend les bras ; un autre Léapdrç s'y précipite.
' Je ne restai pas le témoin de la joie de ces amans. J'ai appris depuis que la vanité d'Âglaé , encore plus que son amour, avait mis sa main a ce prix. Elle avait voulu qu'un dévouement et qu'un hommage dont les siècles n'offraient qu'un exepiple, fussent renouvelés pour elle (à).
Il faut l'avouer, cette entreprise était peu dangereuse : en effet, si du port d'Abydos à
REMÀRQTTE.
' (a) Cette entreprise n'a rien d'incroyable pour les habitans des Dardanelles. Ils ont vu dans ces derniers temps un jeune Juif traverser, au même endroit, le canal pour obtenir la main d'une jeune (î]le de sa nation, qui la lui avait offerte a ce prix ( i ) .
AUTORITÉ
(i) Cheval» Voyu^t êans^ la Troade ,1. i , /n, a8§.
FETES D'aBYDOS. 297
Se3tQS on compte trente stades olympiques (a)^ il n*y en a que sept (é) en ligne droite de l'un à Tautre rivage. J'ai yu, après un naufrage, des nageurs franchir un plus long espace.
L'aurore ne me trouvera pas demain d^s ces lieux.
REMARQUES
(a) Près d'une lieue. 2280 toisés (i).
(ô) 532 toises. D'Auville, d'après des mesures prises avec exactitude sur le lieu , ne donne à ce passage que 375 toiseai et demie de largeur.
AUTORITÉ
(i) Strab. .
298 LIV. II. lA RÉNOTA*IOîl.
SECTION vm.