‹ Fêtes et courtisanes de la Grèce (volume 3)Chapitre 65 sur 101 · LETTRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LETTRE CINQUIÈME

Del'ile de Chypre.

Tandis que vous jouisse?, mon cherHégésias , du boi^eur d^embrasser une famille

MYTHOLOGIE COMPARÉE

(a) Pangqymé'OiUroh^ fête des Ipdiens .eii>rhQluiçur de

AUTORITÉS

(i) Apbrodisia. Voyez «JSd^o^'er, Mii^^« ^gi^Mon^hucof^^

idolâtrée , et de revoir des lieux embellis à la fois par les touchans souvenirs du passé, par votre triomphe présent et par les espérances de votre riche et fécond avenir, je poursuis le cours de nos voyages erotiques. Je n^ai point oublié notre conversation dans les bois de Lampsaque : je vous écris aujourd'hui de l'île de Chypre.

MYTHOLOGIE COMPARÉE

BhaQaniy leur Venus marine ; ils ont aussi leur Rembha^ Venus populaire, et leur Radij débauche.

Les Scandinaves avaient leur Freya; les Sarmates, leur Marzana ; les Arabes, leur Aiiiatj leur Dzohara et leur AUtta (Venus célesle); les Gaulois, leur Onua^a (Id.); les Armëniens et les Perses, leur Andîiis; les Syriens, XeMV Architis; les Chinois, leur Nimfo; les Slavons, leur Lada; les Bas-Saxons, leur Magada; les catholiques, leur Madeleine; etc. etc.

t. Il y p. aïo. Bannies, i, i, p. 5a2. Jhtpuis , i. i^p» 17 , 57 ,

70, 107, ii3, 184, 216, 234, aSa, Q6t2, 4^4? 4^^> '• ^" » p. 19,4^4? 472? 473? 479» 482, 483, 711; i. iv,/7. 54,

71, 84, 90, 95, 100, io5, i63, 172, 202, 2o5, 219, 3oi , 758; t. v,/o. 164, 168, 170, 202, 209, 2i4, 223, 239, 3oi , 3o9, 597 , 761 ; /. VI , /?. 112, 1 13. Prolégomènes jsabéiques^ introd.p, 27; c. i,^. 6; c. Hl , ibidi S- viii, p, 80. Plat* éroi,p. 643. Ibid. i3i.

Le culte de Vénus (a) est universel ; mais elle est particulièrement adorée à Paphos(4), à Amathonte (c) (i), et dans l'^ie de Chypre (2), J^ai vu accourir en foule aux solennités de Paphos. L'ancienne ville , iéparée de la nouvelle par soixante stades, est le théâtre des mystères. Oii s'y rend dans un ordre religieux (3).

J'ai sacrifié , dans Âmathpnte , à la belle et facile Vénus (4) ; heureux initié,' j'aî dit ces paroles consacrées : Tai cueilli la rose I

REMARQUES. ^ (a) Je continue de su}^léer au silence de Tauteur de< Voyages d'Anàcharsis ; les Grâces ont souri k Barthélémy, et cependant il n'a point osé parler de Vénus. {b) Ipsa Paphum sublimis abit, sedesque r(evisit ■ Lœta suas , ubi teroplum illi centumque sabaeo Thure calent arae.... (5).

(c) Ainsi qu'a Athènes (6) et a Gorinthe. A Athènes, les polémarques sont charges , à la lin de leur magistrature , de la célébration (7) de ces fêtes* A Gorinthe , les brillantes prêtresses de son culte Tho-

norent entie elles (8).

AUTORITÉS

(i) Athénée, L xiii. — (a) itesychius. (3) Sirah, /. xiv.

(4) Hesychius, -^ (5) Eneid, /. i . — (6) Athénée , /. m , /. i v.

Àlciphron epist. lam, adj)em. — (7) Xénophon, hell, l, V.

(8) Athénée , /. :^in.

DansTile de Chypre, le sacerdoce est confié aux descendans ( i ) de Cy niras (a) .

Chypre est célèbre par ses mystères et ses initiations (èi) (2). L'initié reçoit un grain de sel , et lé symbole de la force (c) fécondante de la nature ; une pièce de monnaie est son offrande à Vénus facile (e/).

On m'a revêtu d'un habit de femme pendant le sacrifice : la prétresse était en habit d'homme (3).

La statue de la déesse porte les marques des deux sexes (4) : elle est nue, et l'artiste, par singularité , a dérobé ses joues sous une barbe épaisse.

J'ai visité les différéns sanctuaires de la

BEMARQUES.

(a) t)ictus Agétor,

{b) Condita si non sunt Veneris mysterîa cistis , ?ïec cava vesanis ictibuâ sera sonant, Attatnen inter no« medio versantur in usu, Sic tamen intèr nos ut latuisse Velint. {c) Phallus (5).

{d) Veneri mereti^ici.

AUTORITÉS

(i) Pindar.pythion. od. II.— (2) Vid. de mysieriis Kîdolph, yen, dissertai, inter Eirusceis» — (3) Larclier^ Mém, sur Vénus, — (4) Macrob, L iii , c, VIU.— (5) Clem. in protrept. Amob. /. V , Firmic. de error*

déesse. Le temple d'Àmatboiite estd^une architecture simple, mais ëléganle : nn péristyle de douze colonnes , d'ordre ionique , en forme le yestibule. La légèreté svelte et dégagée de leurs proportions semble retracer une image de celles des Grâces.

L'intérieur du temple est une iH>tonde , et représente par sa forme le globe du monde.

Ceux qui ont partagé la souveraineté de cet univers entre trois dieux , se sont trompés ; une seule divinité y préside , et cette divinité est la belle Vénus.

Le ciseau d'Athénodore et le pinceau de Théagène Toni repr^entée au sein des mers. L'œil aperçoit sa c6nque de rose s'élever sur les flots d'aeur ; les monstres marins bondissent autour d'elle ; les Amours, métamorphosés en Tritons, poursuivent les folâtres Néréides ; et Neptune , contemplant d'un œil enflammé les charmes demi-nus de la déesse, laisse tomber à ses pieds son superbe trident.

Souveraine de l'Olympe , elle est assise entre les trois Grâces (a). L'artiste a donné

MYTHOLOGIE COMPARÉE

(a) Les Indiens avaient Uvrs Apsara^ ou Grâces ; les

aux autres déesses, un air sombre , aux dieux un air inquiet et troublé. ...

On la Yoil ensuite habiter la terre. Les mortels « dans ses bras , paraissent des dieux : on distingue le bel Adonis. Vénus,. les. cheveux épars, poursuit à ses côtés les bêt«s féroces. Ses pieds délicats revêtent le brodequin , et les Amours lui prêtent leurs carquois et leurs flèches. On la prend alors pour Diane ; et Diane , qui gagne au parallèle , se cache dans l'ombre des forêts. '

On la voit enfin aux enfers, présentant la fille de Cérès au roi du ténébreux empire : mais rhorrcur de ces lieux semble adoucie par sa présence. Pour la première fois , le farouche Pluton sourit , les Mégères éteignent leurs flambeaux, et celui de T Amour, éclairant ces gouffres épouvantables , laisse apercevoir les Grâces à côté des Furies ; des bosquets de myrtes sur des gouffres brûlans , et le trône du plaisir au milieu du Tartare.

Ainsi les élémens , la nature entière , la

MYTHOLOGIE COMPARÉE

Athéniens n'en connaissaient que deux ^ Anxo et Hegé^ mone.

CULTE APHROOISIAQUÏÊ. 325

terre y les mers, le ciel ^ les enfers , tout obéit à Vénus.

Je suis arrivé le jour destiné à célébrer les fêtes : les mères amènent alors dans le temple leurs enfans. Le sort décide du choix de la déesse. On ne les reçoit qu-à Tâge de quinze ans, (et Pon choisit, pour cette cérémonie , le temps de la naissance des roses. Ainsi l'on unit au printemps de l'fflinée leprintemps de la vie ; temps heureux où Taurore des plaisirs vient colorer de ses premiers feux notre existence , et nous révèle tous ses charmes , en dissipant la nuit dont Fenveloppait l'ignorance.

Peindrai -je les mères parant leurs fiUeé avec une tendre inquiétude , et Fembarras timide et expressif des jeunes filles ? Déjà les hiérophantes ont donné le signal de la cérémonie sacrée. Les enfans des deux sexes, partagés . en deux choeurs , sont couronnés de myrtes. L*éclat de leur teint , qu'une pudeur ingénue colore , le dispute à celui des fleurs. Là , des cheveux blonds roulent et se déploient en ondes sur des épaules charmantes. Ici, les tresses flottantes d'une noire chevelure font ressortir l'albâtre d'un cou ravissant. Là, c'est

3^6 LIV. II. t\ BÉNOVATIOIÏ.

la grâce; plus loin, la majesté. CèlIe-ci, à Tœil étincelant, à la démarche de Bacchante, semble appeler le plaisir ; celle-là, craintive et timide , Foeil demi-voilé de larmes , promet une lente volupté. Vautre , plus farouche et sauvage , annonce qu^elle luttera contre son vainqueur, et lui assure tous les plaisirs de la résistance.

Les jeunes gens accourus à ces fiêtes (a) , ivres de désirs, contcniplent d'un regard avide

MYTHOLOGIE COMPARÉE

(a) La dëbauche introduite dans les temples àait de- Tefiue à peu près un acte de foi d^ois le culte 4e plusieurs divinités. Bacchus, Saturne i Adoxijs, Pan, Flora, Priape et Vénus étaient servis d'une manière très-irrégulière pour les mœurs (i).

Le christianisme n'a rien changé à ces usages; il se fait encore dans les églises des parties de plaisir, des déclarations d^amour, des intrigues; on s^ donne des rendezvous peu honnêtes; U dévotion des pèlerinagas, les neavaines, etc., furent dues trèâ-souvent, à toute autre chose qu'à la religioti (2).

AUTORITÉS, (i) Vid. CaslelL et Ados de fesHs Grœc. In ThesmopK Muliebre pudendum colebatur. — (2). Cérém. et coutumei reiig.t lip.g.

CULTE aphrodisiaque: 327

et enflammé ce cercle de beautés , et marquent de Tœil celle qui $era leur proie. Les jeunes Nymphes jettent sur eux un regard furtif , mais concerté.

San9 doute , en ce moment les dieux leur sourient arec complaisance : le plus bel ouvrage des dieux, c^estla jeunesse et la beauté.

Je n'ai pas vu le temple d^Idalie , mais voici ce que me disait le descendant de Cyniras :

« Le palais de Vénus, ouvrage de Vulcain (i), s'élève à Idalie ; le dieu le construisit dans les premiers transports de son amour, lorsqu'il reçut la déesse des mains de Jupiter. Le palais est sur un mont escarpé , inaccessible La rigueur des hivers , Tardeur brû-

laiite des étés ne se fait jamais sentir sur la cime. Les orages craignent d^en approcher ; un printemps perpétuel y règne ; une plaine spacieuse en occupe le sommet ; une muraille d'or l'environne et en interdit l'entrée ; des fleurs étemelles y croissent sans culture , et connaissent seulement la douce haleine des zéphyrs.

(i) Claudien. Traduet de Mirab»

328 WV. II. liA RÉNOVATION.

» Les arbres y sont sensibles à Tamour ; ils aiment et sont aimes : le palmier se baisse sur sa compagne ; le peuplier soupire ponr le peuplier , le plane pour le plane , et Faune répond au doux murmurede TauncLà, coulent deux fontaines ; l'une est doiicè , et Fautre communique même au miel l'amertume de ses eaux. C'est, dit-on, dans leurs ondes que Cupidon trempe ses flèches : mille petits Amours, le carquois sur l'épaule, jouent sur leurs bords ; ils sont frères et se ressemblent ; les Nymphes leur ont donné le jour. .

» Vénus reconnaît seulement Cupidon pour son fils : c'est lui qui gouverne l'époux de Junon avec la houlette de Vénus ; c'est lui qui , l'arc à la main , se fait obéir des dieux , du ciel et des astres ; c'est lui qui perce de ses traits les maîtres du monde.

» Dans ce beau lieu habitent la licence sans contrainte , la colère des amans , si facile à apaiser, les veilles égayées par le vin , le sommeil acheté par les plaisirs , les larmes qui n'ont point encore appris à couler, la pâleur touchante des amans, l'audace chancelante dans un premier combat , les craintes douces et chères , et la volupté timide. Les parjures

ClJliTE APHRODISIAQUE. 829

voltigfsnt sûr leurs aile^ légères , et la jeunesse altière et folâtre interdit à la vieillesse T entrée du bocage, d :

Pendant que le descendant de Cyniras (i) me parlait , je considérais trois statues de Vénus. La première représente Vénus céleste , ou Uranie ; la seconde , Vénus populaire , où Pandémos ; et la troisième , Vénus préservatrice.

La Vénus populaire , ou Pandémos , est figurée par une femme assise sur un bouc (a) : elle est Fouvrage du célèbre Scopas , et adorée parles courtisanes.

Vénus pudique (b) a pour symbole une tortue. Le plus souvent elle tient la pomme de la beauté ; l'Amour est à ses côtés. Le myrte et la rose lui sont consacrés , ornent sa tête , ou croissent sur ses pas. Son char est attelé par

(â) On Voyait cette statue k Elis. Vénus Pandémos avait un temple a Athènes.

{b) Telle est la Venus de la Yilla-Borghese.

AUTORITÉS

(1) Pausan, Bœot,

33o LIV. II. LA. RENOVATION.

des zéphyrs , des cygnes , des moineaux, des papillons ou des colombes {a).

Il me dit alors :

« En général , le culte de FAmour rappelle celui du sentiment ; le culte de Y énus , celai de la volupté. L'amour e^ce feu céleste épuré, rame du monde et de la matière : Vénus , fille de l'onde et d'une écume impure (fr), préside, à l'union des corps.

» Si l'on orne Vénus Uranie des vertus des femmes honnêtes, on distingue Pandémospar les qualités des courtisanes, les miroirs, la toilette , les parfums : bien éloignée de la prude

REMARQUES

(a) Voyez la dissertation du professeur Heyne, sur les différentes manières de représenter Vénus dans les ouvrages de Fart, t.. i , p. i^ da Recueil de pièces intéressantes concernant l'antiquité et les beaux-arts.

{b) On a observé (i) que Racine, le poëte qui connaissait le mieux l'antiquité , place le nom de Vénus dans la boucbe de Pbèdre , et le nom de TAmour dans celle d'Hippo- Ijfl» et d^Aride.

L'Amour physique prend le nom de Gupidon.

AUTORITÉ

(i) TVod. des AmoHPS d^JÊbreeonie et à'Antia , note^ P' 49-

CULTE APHRODISIAQUE. 33l

Pallas , qui se baigne et ne se parfume pas ( i) , Vénus aime les parfums,

» Le culte de Y éaus Pandemos est général ; il l'emporte même sur celui de Yénu^ Uranie, On invoqua Vénus Ptfribasia (a). C'est à l'art de varier tous le« mouvcrncBS de la Tohipté, à la souplesse de ses cuisses et de ses reins , que cette épilhète est consacrée.

» Tout ce qui a rapport à la passion physique de l'amour , dépend absolument de Vénus. C'est ce qui fait attribuer à la Tengeance de cette déesse la fureur utérine , qui porte certaines femmes à des excès incroyables , et le priapisme qui occasionne ceux de quelques hommes.

» Le lis est odieux à Vénus , parce qu'il lui dispute de beauté : ce fut pour s'en venger qu'elle fit croître , au milieu de ses pétales , le membre de l'âne. D'autres appellent cette fleur les délices de f^énus.

REMARQUE

(a) C'est-k-dire Remueuse, Divaricalrix.

AUTORITÉ, ^ (i) Mirab.

» La prédilection de Vénus pour les colombes vient de leur tendresse , de leur aptitude au plaisir, de leur singulière fécondité,

et de la volupté de leurs caresses Sapho,

qui se connaissait en amour , a mieux aimé faire servir la déesse de la beauté par des moineaux

» Le miroir , et tout ce qui a trait à la toilette , est au nombre de ses attributs ; les courtisanes lui offrent aussi les instrumens de leur profession (a). Je remarquai alors différentes offrandes appendues avec des inscriptions , et )e lus : Bilinise consacre à Vmus Uranie (i) une chaussure charmante; Philœnisy une coiffure élégante ; Anticléa , un éçeniail; la belle Héraclée, un mile comparable pour la finesse à une toile dArcmhné ; et Aristotélia , un serpent et or qui lui embrassait le pied. Quelques femmes lui dédient des cheveux postiches , et des bandes pour re-

REMARQUE

(a) Insti'umens que Ton reconnaîtra sans les nommer , quand j'aurai dit qu'ils étaient jadis k Tusage privé des religieuses.

AUTORITÉ

(}) Epfgramme d^ AntipaUr de Sidon.

tenir le sein. Ces offrandes ne sont pas communes ; il y a peu d^ amour-propre à les consacrer..,. »

Je rencontrai Chariclès et Callicratîdès ; nous visitâmes ensemble le temple de Venus a Paphos ; Chariclès et moi, avec une joyeuse dévotion : Callicratidès , assez indifférent pour des charmes féminins, aurait, je crois, préféré le Cupidon de Thespis à la Vénus de Paphos.

On sent, on reconnaît, en approchant du temple , Tinfluence de Vénus (a). L'air est parfumé , le vestibule du temple n'est point formé de marbre superbe et stérile; mais, comme il convient au temple de Vénus , enrichi des fruits les plus doux. Là , s'étend une longue avenue , dont le feuillage vert présente un doux et voluptueux abri; là, croissent des forêts de myrtes, dont les tiges amoureuses semblent se multiplier pour leur déesse.

REMARQUE

(a) Tout -ce morceau est uaduit littéralement de Lucien.

334 liiV. II. LA RÉNOVAtîO]!^.

Ces bèrceâax naissans sont déjà épais ; led Arbres ks pluà élégans mêlent kur feuillage au leur. La vieillesse ne flétrit point leur tête chenue ; ils iieinblent puiser dans ce lieu une nouvelle vigueui" , et s^embellissent de jeunes rameaux. Le goût avait aussi planté ces arbres « dont le port majestueux fait onblier la stérilité, le cyprès pyramidal , le platane à Tombrage étendu, et le laurier, transfuge de Vénus f ici ramené dans son empire. Autour de ce^ arbres serpentait entrelacé le lierre amoureux , où pendait Ik vigiie chargée dé grappes fé^ condes. En effet , Véhus est embellie par son cotnmerciô Avec Bacdius. Le divorcé de ces deux divinités est triste.

On avait disposé, d^espacè en espace, dans ces boî^ délicieux, des retraites charmantes 9 destinées aux repas ou à de plus doux usages. Le peupk s^y rendait en foUle, et y sacrifiait à Yénus.

Après nous être égarés sous ces doux ombrages , nous aiTivâmes au temple. Au milieu s'élève , en marbre de Paros , une merveille admirable. On reconnaît Yénus à son sourire gracieux^ L^œil contemple et dévore tous ces charmes sans voiles ; elle est entièrement nue ;

seulement , oubliant son caractère , elle abaisse une main pudique sur le sanctuaire des plai-* sirs. , ' •

L'art a imilë la nature : la dureté du marbre semble avoir cédé au ciseau; il a la transparence et la mollesse des chairs. Alors Ghariclés , hors de lui ^ délirant : <c Mars , ô le plus heureux des dieux , d^avoir subi pour elle ^ avec elle , de douces chaînes !» Et se précipitant aussitôt ^ le cou tendu, la bouche dévo^ rante et enflammée , il lui imprimait le baiser le plus passionné*

CalUcratidès restait muet et interdit. Lé sanctuaire est partagé en deux parties , et Ton peut passer dans la dernière , pour admirer , sous tous les aspects , les beautés de la déesse. Il nous convenait àe la connaître tout entière ; nous passons dans le fond du sanctuaire.

Introduits piir la prétresse, nous fûmes éblouis par tant de éharmes. Ce Grec, tout à rheure muet , à l'aspect de ces charmes socratiques ^ s'écrie encore avec plus de feu que Charidès : « Que Ce dos est délicieux ! quels contours ! comme la main embrasse Téminence adoucie qui se prolonge sur ses côtés! que ces deux monts sont arrondis savamment !

336 LIV. II. l'A RÉNOVATlOir.

leur légèreté n'approche point de la maigreur, et leur saillie prononcée n'a point trop d'étendue. Qui pourrait exprimer le charme de ces formes , le doux sourire de cette chute de reins ! Quelle harmonie de proportions ! comme cette cuisse arrondie , comme cette jambe élégante , comme ce pied charmant s'enchaînent l'un à l'autre ! Tel est , sans doute , Ganymède , lorsqu'il verse à Jupiter le nectar qui lui semble plus doux ! A sa place , je ne le recevrais pas de la main d'Hébé. »

Au moment que Callicratidès prononçait ces mots avec inspiration et comme rempli de la divinité, Chariclès , troublé, sembla éprouver une légère convulsion ; ses yeux humides et chargés d'une légère expression de douleur, se fermèrent à demi. ' .

Lorsque nous eûmes satisfait notre admiration , nous remarquâmes , en examinant de plus près , une tache sur ime autre partie de la cuisse, et que faisait ressortir davantage la blancheur générale du marbre. Je la regardai d'abord comme un de ces accidens qui se rencontrent souvent dans la formation de la pierre ; et croyant que cette tache avait été ainsi formée , j'admirais d'autant plus l'art de

CULTE APflRODISIAQUE. 33^

Praxitèle , qui avait caché ce défaut dans Finterieur des parties où il devait être le moins apparent.

Mais la prêtresse nous raconta, à ce sujet ; une histoire qui doit paraître incroyable. « Un jeune homme d'une famille illustre ( Taventure oblige de cacher son nom ) avait coutume de venir souvent au temple. Son mauvais génie le rendit amoureux de la déesse ; et, comme il passait les jours entiers dans le temple , on admira d'abord sa piété profonde. En effet, il devançait l'aurore pour s'y rendre , et le soir, lorsqu'il fallait se retirer , il accusait la rapidité de la course du soleil. On le voyait tous les jours, assis devant la déesse , fixer éternellement sur çUe des yeux enflammés ; il parlait seul et tout bas. Les mots qui lui échappaient , étaient des plaintes amoureuses. Quelquefois, pour charmer Fennui de sa passion , il s'adressait à la déesse, prenait quatre dés, et cherchait un augure favorable dans les chances que le jeu amçnait. Lorsque le dé était heureux , il l'adorait, et la remerciait d'avance du succès de ses vœux. Si le jet était malencontreux, désolé de l'oracle, il s'emportait en imprécations, il souhaitait mille

338 MV. II. LA RÉNOVAïrOïî-

malheurs à la ville , cpmme un fiiricux qui a tout perdu; et bientôt, reprenant les dés, il réparaît et corrigeait son infortune p^ ua coup plus heureux.

>» Cependant sa passion sHrritant de plus ea plus , il couvrait de ses expresôions et les murs et les arbres ; toutes leurA écorces redisaient: Que Vénus est belle ! Praxitèle lui paraiss^ât aussi puissant que Jupiter, et tout ce qu'il avait de cher et de précieux , il l'apportait en don aux pieds de la déesse.

» Enfin , son idolâtrie devint du délire , et on trouva les traces trop matérielles du dernier degré de transpart aimoureuis. Au couchant •du soleil, il se glissa> sans être aperçu, dans le temple , et se cacha derrière la porte. Il se tapit et retient soia souffle ; le soir le^ gardiens du temple tirent et ferment la porte , selon Tusage. Voilà ce . nouvel Anchifie enfermé avec . l'objet de ses voeux:

» Comment vous expriiîiertes mystères audacieux que les ténèbres de la nuit voilèrent ? On découvrit le lendemain ces indices outrageux d'un insolite hyménée; une tache acQuse sa victoire sur la déesse. Ce jeune homme disparut, et Ton croit quUl fut

CtJCTE APHROBÏSïAqtTÉ, SSg

ptécipité d'un rocher dafis lès flôfe dé lain^i^. >i — «P femniës! s'ê6?îe alors Cliârîclès, femmes ! voire image y lorsqu'elle ir'erabeHîî qu'tfn iiiarbré mataîmé, versé èiïèore dans les éôeûts lés âammes de Famùdr f O éienx ! si vôtts animiez imc pareille statue', ^«i hè donnfâralit, ^ôur une de its miîfe, tous les sceptréô d*' Jû][ïfiter j »

LA MESSE (a) DE GNIBE.

LETTRE SIXIÊMEI

EVHEMEHUS A HÉGÉSIAS.

De Chypre.

Le rituel de Chypre est te même que celui de Gîiide. En parcourant ées préceptes eiïi-

ft£MÀRQUE.

(a) L'auteur d*un ouvrage âinacréontique, intitald fd Messe de^Gnide, m'accorde la piermission dé l'insél'er dans nies recherches profanes.

Sa modestie, aussi rare que son talent, m'a défendu de là

34o LIV. II. LA RÉNOVATION.

fians, VOUS VOUS empresserez d'embrasser les autels de la divinité. avec plus de feqœur, et de mériter ses faveurs suprêmes.

Environ cinq heures après le lever du soleil, le son réuni des flûtes , des lyres et des cymbales , annonce au peuple le moment du sacrifice. Un jeune desservant , nu et couronné de myrtes, s'avance au pied des* gradins. Une jeune fille , aussî sans vêtemens , et couronnée de roses , va se placer à ses côtés, et ils commencent en ces termes :

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