SANSCRIT. GREC
youga, joug, attelage îwyoç, zougos,
yougma, jonction, complet, dislique U^TfAot, ztùugma.
lipa, action de oindre Xeica, lipa.
varista et arista, bon, excellent. . . apicrroç, arislos.
art, maître de maison, chef, noble, apicrroç, arlstos,
barbara, de vile caste, sauvage, barbare Papêapoç, barbaros.
çangka, conque ^^ÏX^» cogkê.
cana^ chanvre xavva6(c, cannabis.
caraba, sauterelle, chameau, jeune
éléphant xapaêoç, carabos.
çarkara^ sucre (yaxj^apov, sackharon,
Karbara^ un des deux chiens mythologiques nés de Ssrama Kepêepoç, Kerberos.
Couray héros, lion xupoç, couros.
saniy avec ouv, soun.
sarpay serpent epirsTov, erpeton,
sal^ sala, eau de mer (7ûe>vo;, oXç.
Je borne là ces exemples que je pourrais prolonger à l'infini, ce volume entier ne suffirait pas à ces comparaisons.
M. Foucaux ne niera pas qu'il y ait en grec des milliers de mots, que Ton puisse rattacher aussi directement au sanscrit.
Il en est une foule d'autres également, qui, sans frapper les yeux aussi fortement que Tintelligence,
sont pour le linguiste des dérivés aussi sérieux de la vieille langue de l'Indoustan.
Quant aux deux grammaires sanscrite et grecque. . . il n'est guère possible de les comparer ici, aussi vaisje me borner à invoquer une autorité que mon contradicteur ne repoussera sans doute pas^ celles de MM. E. Burnouf et Leupol .
Après avoir traité de la lecture et de la composition des mots, des déclinaisons et des verbes, ces indianistes-grammairiens s'expriment de la manière suivante à propos des règles de la syntaxe [Méthode de sanscrit y p. 206) :
« Nous ne donnerons pas ici une syntaxe complète de la langue sanscrite. La plupart des rapports que l'on exprime dans les langues de l'Europe par des combinaisons syntaxiques, sont rendus dans cet idiome par des mots composés. Il en résulte une extrême simplicité dans la construction des phrases, l'absence presque entière de ce que nous nommons période, et un usage perpétuel d'expressions synthétiques, qu'il faut rendre souvent par des propositions développées. Quant aux règles générales de la syntaxe, elles sont communes pour la plupart au sanscrit, au grec et au latin. »
Ainsi une foule de mots n'ont en sanscrit et en
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grec qu'une différence de terminaison, une quantité innombrable d'autres ont les mêmes racines.
Les déclinaisons et les verbes ofiFrent dans les deux langues les plus frappantes analogies.
Les règles des deux syntaxes sont les mômes.
Les seules difficultés réelles, sérieuses, sont dans la lecture, je me permettrai donc en concluant, de pertendre, contrairement à M. Foucaux, que ces difficultés très ardues une fois surmontées, les hellénistes liront promptement les textes sacrés des Indbus.
M. Foucaux trouvera sans doute ces comparaisons de mots sanscrits et grecs un peu puériles ; il voudra bien se souvenir que s'il peut, lui, employer l'argument qui consiste & affirmer en donnant son opinion comme une autorité, je suis obligé, moi, de répondre par des preuves, car je tiens surtout à être compris des lecteurs à qui la langue sanscrite n'est pas familière.
i?"" « M. J... répèle plusieurs fois, et entre autres p. 276 : « L'œuvre de Chrislna fut spiritualisle, philosophique et élevée dans sa partie morale. »
J'avoue que je ne suis pas frappé de ces qualités en lisant la Dhagavad-Gtid , poëme essentiellement panthéiste , o(i je trouve cette jolie sentence : 4k L'homme, même le plus coupable, s'il vient àm'adorer et à tourner vers moi tout son culte, doit être^ cru bon. »
Quant à la chasteté de Kriclina, lisez le poëme intitulé : Gûtagôvinda , traduit en français par Hipp. Fauche, et si vous voulez un poëme sérieux, lisez les cinq chapitres du Shàgad-Pourana qui contient les amours de Krichna avec les Gâpis, traduits par M. Hauvette-Besnault dans le journal asiatique de 1865, vous y trouverez ce passage : « Entrant avec les bergères dans une île couverte d'un sable frais, il prenait les bergères, les enveloppait dans ses bras et promenait sa main sur leurs mains, dans leurs cheveux, sur leur taille, sur leurs seins; il jouait, les regardait et souriait, allumant et satisfaisant à la fois l'amour des belles du parc; xxix, 45, 46. »
M. Foucaux s'étonne de trouver ce qu'il appelle cette jolie sentence: « Thomme même le plus coupable, s'il vient à m* adorer et à tourner vers moi tout son culte, doit être cru bon » dans la BhagavedaGita^ et à l'aide de cette unique citation il croit renverser ma proposition, sur le spiritualisme philosophique et moral de Christna.
Que dirait M. Foucaux, si je renversais tout le spiritualisme des évangiles chrétiens à l'aide de cette phrase qui en est extraite textuellement :
« Quiconque ne hait pas son père et sa mère à cause de moi, n'est pas digne de moi. »
Il y en a une foule d'autres encore que chacua
INDO-ASIATIQUE. i35
connaît, et dont je ne veux pas abuser, parce qu'attaquer n'est pas répondre.,. Cependant, si j'étais prêtre indou, je ne pourrais me retenir de répliquer, sans faire de grands efforts de dialectique, que cette phrase Uolée doit être comprise en ce sens que rbomme qui vient à adorer et à tourner tout son culte vers la plus grande des incarnations indoues* verra descendre vers lui le sublime karma (la grâce *), et par ce fait ne tardera pas à s'amender et à dévenir meilleur. . . Mais je ne suis ni prêtre indou , ni membre d'aucune caste religieuse, et je me contenterai de répondre que la BIiagavèda-GUa est un des ouvrapfes de philosophie les plus élevés de la vieille antiquité indoue, et que je défie M. Foucaux d'y trouver rien qui ressemble aux immoralités, aux vols h maia armée et aux massacres bibliques.
Si M. Foucaux» très-habile nous l'avons montré dams la collection de phrases isolées, qui ne conservent plus leur vrai sens une fois séparées des passages qui les expliquent, avait trouvé, dans cette antique biographie philosophique de Christna, une seule phrase, sérieusement repréhensible, nul doyie qu'il ne n$us Veut immédiatement donnée I
Quant au spiritualisme et à la moralité de Christna,
1. Les théories brahmaniques sur le karma, eu la grâce, sont iJentiqies a celles des catholiques.
je vais répondre, en môme temps qu'au paragraphe sur la chasteté du dieu.
Mon savant contradicteur aurait tort de s'imaginer qu'en faisant le parallèle de Ghristna et du Christ, je n'ai d'autre but que de renverser le second au profit du premier. Je ne crois pas plus à l'un qu'à l'autre, et mon seul but est de démontrer que la légende indoue, en se modifiant et se transformant, a donné naissance aux traditions religieuses, qui ont abouti à la révolution chrétienne. Quand j'en aurai fini avec ces critiques, j'exposerai nettement mes preuves sur ce point.
Voyons d'abord la question spéciale qui nous occupe tous les deux.
M. Textor de Ravisi, le savant indianiste, ancien gouverneur de Karikal dans l'Inde française, que j'ai déjà eu Toccasion de citer, s'exprime ainsi à propos de Ghristna :
« KhrisnsL posséda toutes les vertus et tous les vices de rhumanité. Telle est la grande et poétique figure que les poëmes et les livres sacrés des Indous peignent tous. Telle est également celle que ses adorateurs lettrés se sont complu à me révéler dans l'Inde , dans les fréquents entretiens que j'ai eus avec eux, quand ils comparaissaient devant moi pour plaider les affaires de caste et de religion. Quant à ses sec-
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tateurs, les uns l'adorent avec ses vertus et ses vices, les autres avec ses vertus seulement ^ et les autres avec ses vices exclusivement. »
Il me semble que voilà le terrain singulièrement déblayé ! Il y a en effet dans l'Inde trois sectes bien tranchées de christnéens ou adorateurs de Vischnou incarné dans Christna.
Uune qui fait du Dieu l'emblème de l'humanité avec ses défauts et ses qualités, l'autre qui voit en lui le symbole de la vie universelle, par l'amour et la fécondation perpétuelle, et enfin la troisième qui Cadore avec ses vertus seulement.
La première de ces sectes est panthéiste, elle voit Dieu dans la nature entière, et l'honore dans Thomme qui est ici-bas la représentation la plus parfaite du Grand Tout.
La seconde a soudé le culte du Lingam, cet ancêtre du Phallus, sur celui de Christna, et a donné naissance à tous les poëmes qui chantent l'amour inépuisable du dieu.
Quant à celle qui nous occupe, et qui de toute antiquité a compté dans son sein les philosophes, les vanaprasthas ou habitants des forôts, les sannyassis nirvany ou gymnosophistes c'est elle qui a conservé dans tout l'Orient ce souffle de spiritualisme idéal, qui vient se résumer dans les doctrines de Socrate,
de Platon, desEsséniens, et en dernier lieu desThérapeutesquiconservèrentles vieilles traditions] u.squ*au symbole de Nicée, créateur du christianisme officiel, que Constantin fit asseoir sur le trône des empereurs.
Lorsque M. Foucaux évoque Christna jouant avec les Gôpis (bergères), il emprunte des arguments à ceux qui adorent Christna personnification de l'humanité avec ses qualités et ses imperfections, pour les retourner contre ceux qui ont fait de leur Dieu le symbole du bien.
C'est un peu comme si on niait le libre examen du vrai protestantisme, à l'aide des doctrines d'obéissance passive de l'ultramontanisme et môme des protestants autoritaires de l'école de M. Guizot.
11 m'a suffi de faire la preuve, par M. T. de Ravisi, que Christna a compté de nombreux adorateurs qui ne lui ont prêté que des vertus, pour qu'il me soit permisde répondre : Voilàle Christna que j'ai étudié, voiL\ l'original de la copie chrétienne.
Nous verrons bientôt comment la tradition a passé en Egypte.
iS"" M. J..., page 327, « pose en fait qu'on ne saurait éUtdier de son cabiaet la vieille civilisation des brahmes.
c Mais s*il s'agit d'exhumer, suivant ses expressions, 25 h 30,000 ans de la vie de rhumanité, je ne vois pas qu'il soil nécessaire pour cela d'être dans l'Inde. Pourquoi, par exemple, serait-il plus facile d'étudier Alcibiade dans l'Âlbènes
moderne qu'à Paris et à Londres? Les mœurs des Grecs d'aujourd*hui sont-elles toutes semblables à celles du temps de Périclès ? Et qu'est-ce que les Indous de ce temps-ci ont de commun avec les pasteurs de l'époque des Védas ? »
Cette critique de M. Foucaux n'est vraiment pas heureuse y et il serait difficile de présenter des arguments qui portassent mieux en eux-mêmes leur propre réfutation.
J'émets cette opinion, que la vieille civilisation brahmanique doit être étudiée sur son sol, et mon contradicteur me demande: a Pourquoi, par exemple, il serait plus facile d'étudier Alcibiade dans Athènes moderne qu'à Paris et& Londres?... »
Je répondrai d'abord qu'il ne s'agit pas d'étudier un héros de l'Inde, mais toute Tantiquité de ce pays, ce qui est bien différent ; si donc M. Foucaux avait voulu procéder par un exemple de même valeur, au lieu d'écrire :
« Pourquoi serait-il plus facile d'étudier Alcibiade... » Il aurait dit : « Pourquoi serait-il plus facile d'étudier l'ensemble de l'ancienne civilisation grecque dans Âthèneà moderne qu'à Paris ou à Londres... »
Si là est vraiment son opinion, je suis fâché de loi dire que l'Europe savante ne semble guère l'avoir partagée... car, depuis près d'un siècle, le sol môme de la Grèce est retourné en tout sens, c'est dans-
l'Athènes moderne qu'on est allé étudier l'Athènes ancienne, et l'on sait que la plupart des nations de l'Europe y ont fondé des écoles destinées à former des hellénistes, et à rechercher tous les vestiges de l'ancienne civilisation.
On sait aussi que, grâce à ces travaux, nous avons aujourd'hui sur la Grèce de tout autres idées que celles en honneur du temps de l'auteur de Télémaque ou même de M. Dacier.
Et tout cela a été fait, bien que les mœurs des Grecs d'aujourdlm ne soient point tontes semblables à celles du temps de PérxcUs !
Et rÉgypte, dont mon contradicteur ne parle pas, qu'avons-nous eu de réellement sérieux sur ce pays, avant que la science ait fouillé ses ruines, ses nécropoles, ses temples, et vus, face à face, ses grands sphinx rêveurs, qui, depuis des siècles, dorment dans le sable du Nil.
Jusqu'à ce moment, qu'est-ce que les exegètes de cabinet nous avaient appris sur cette merveilleuse et vieille contrée? Et la Chaldéo-Babylonie?... Est-ce sur les rives de la Tamise que MM. Rawlinson et Narris ont découvert les inscriptions sur briques cuites du palais d'Assur-bani-Pal. Et vous voudriez faire pour l'Inde ce que vous n'avez pu faire pour la Grèce, qui est à nos portes, pourTÉgypte et l'Assyrie qui sont encore nos voisines, si on compare la
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distance qui nous sépare d'elles à celle qui nous sépare du pays des brahmes?
Enfin, et pour en terminer avec ce passage, je dirai que, si on est allé étudier l'ancienne Grèce chez les Grecs modernes, qui ne célèbrent plus les jeux olympiques et n'adorent plus Jupiter... à plus forte raison doit-on aller étudier l'Inde ancienne dans rinde moderne, qui, à part d'insignifiantes transformations, a conservé toutes les vieilles coutumes des ancêtres, dans l'Inde qui a encore ses brahmes, ses castes et ses dieux.
Que M. Foucaux s'en aille visiter les vieilles pagodes du sud, les Védas et Manou à la main, et il verra que les prêtres chantent encore Jes vieux hymnes védiques, et que le législateur sacré est toujours la seule autorité qu'on invoque...
Bien plus encore... Il verra des magistrats français à Pondichéry et à Karikal, dans tout ce qui touche à la caste, au droit des personnes, aux privilèges des prêtres et des temples, au statut religieux... commencer ainsi leurs arrêts :
« Attendu qu'il résulte de tel sloca de Manou, etc. »
On peut courber l'Inde sous le joug, lui ravir sa liberté, ses richesses, sous le prétexte hypocrite de la civiliser... on ne lui enlèvera pas une seule de ses superstitions, une seule de ses croyances... et le
vainqueur ne pourra lui imposer ses lois... M. Foueaux sait-il que tous les jours, comme au temps de Manou, on chasse un Indou de sa caste pour la moin* dre infraction religieuse ou civile, qu'il est encore défendu aux Pariahs de passer dans les rues qu'habitent les brahmesoules castes élevées, qu'il est dé* fendu à ce pauvre impur de porter des sandales, que chaque caste n'a droit dans ses fôtes qu'à tel ou tel instrument de musique, et qu'une forte amende atteint quiconque outrepasse ses privilèges? amende pour avoir porté une canne à pomme d'or... amende pour avoir porté des sandales dorées, quand on n'est pas de la classe élevée... amende pour s'être paré du cordon brahmanique... amende pour avoir fait durer une fête de famille trois jours, alors que la caste à laquelle on appartient n'a droit qu'à deux... je n'en finirais pas si je voulais donner le détail de toutes les croyances plus ou moins élevées et de toutes les coutumes puériles qui n'ont pas varié depuis des siècles... et qu'on ne croie pas que ces condamnations n'ont lieu qu'entre Indous. Les juges anglais appliquent toutes les ordonnances, toutes les lois du passé avec un sérieux imperturbable... je ne les attaque pas sur ce point, la lutte contre la coutume indoue est impossible, et c'est encore le meilleur moyen de tenir une balance égale entre les castes que de faire juger leurs différents par des
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magistrats européens. Et puis, c'est le seul moyeu 4'éviter les révoltes, car llndou tient plus à ses usages qu'à la vie. On se souvient qu'une cartouche induite de graisse de bœuf que Ton a voulu faire déchirer aux cipayes a produit l'explosion de 1857,
La France, comme son puissant voisin, respecte tous ces usages, même les plus puérils, elleyestbien bien obligée, mais elle le fait avec plus d'esprit; ses magistrats, au lieu de perdre gravement leur temps à régler toutes ces minutieuses querelles, les renvoient à la décision des chefs de caste, et se bornent à confirmer leurs jugements, quand ils ne sont pas le produit de mesquines rivalités.
L'Inde dort dans l'immobilité et la contemplation du passé, elle déteste l'Européen son maître, et ne s'en attache qu'avec plus d'entêtement à ses mœurs et à ses usages, qui sont ceux des ancêtres... et à ce propos, il est une chose que je me permettrai de demander à M. Foucaux qui doit avoir quelque influence au collège de France. S'il pouvait faire qu'à certain cours de langues asiatiques, admettons par exemple que ce soit celui d'indoustani^ on ne soit pas exposé à entendre raconter naïvement d'après les magasines anglais « que les Indous se rapprochent peu à peu de leurs dominateurs, éclairés qu'ils commencent à être, par le soleil de la civilisation occidentale.. » il rendrait un réel service à la vérité. S'il
savait comme il est pénible pour un Français d'entrer/à un jour par hasard avec des créoles de Tlndoustan, ou des étrangers qui y ont passé une partie de leur vie... et de les voir sourire, il ne s'étonnerait pas de ma demande.
Tous les Anglais, gouvernement et citoyens, s'entendent à merveille, pour exploiter l'Inde en commun... J'ai vu récolter l'impôt par la prison et la torture, j'ai vu les bas agents du fisc arracher les oreilles des femmes pour leur prendre leurs bijoux... la vieille caste des tisserands, dont la navette courait du cap Comorin à l'Himalaya, est réduite à la mendicité, on lui a brisé ses métiers, pour que l'Indou soit forcé d'acheter les cotonnades de Liverpool ; vous ne trouveriez pas à Madras un seul foulard de ce nom qui ne vînt de Manchester... L'Angleterre a ruiné toute l'industrie locale, si florissante autrefois, pour s'attribuer le monopole de l'approvisionnement de l'Inde, et périodiquement tous les cinq ou six ans, des centaines de mille d'Indous sont couchés par la famine le long des chemins.
L'Angleterre cache toutes ces ignominies sous un badigeon d'humanité qui ne trompe personne dans le monde; elle fait chanter ses louanges par des journaux natifs qu'elle soudoie, et il est triste que ce soit toujours la France, et rien que la France qui soit dupe.
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On nous a beaucoup reproché de ne connaître ni géographiquement, ni historiquement, ni politiquement, les nations étrangères... Cela peut être vrai, mais ne serait-il pas juste de commencer parle reprocher à nos professeurs ?. . .
Non,rinde ne progresse pas, ne voit passa condition sociale s'améliorer sous la domination des marchands de la Cité. Que m'importent, les chemins de fer, les télégraphes qu'ils établissent dans leur intérêt exclusif, pour acheter et transporter plus vite leurs balles de coton, de riz, d'indigo et d'opium ? les Indous, écrasés d'impôts, s'écrasent de travail pour satisfaire le maître, et cette prospérité qui passe à côté d'eux pour se déverser sur la Tamise, ne les rend que plus misérables... Combien en ai-je vu réduits à vendre leurs filles vierges pour ne pas mourir de faim... L'Inde meurt de cette maladie, qui attire à elle, ronge et dévore tout ce qu'elle touche... de cette maladie qui, depuis près de trois siècles, se répand sur le monde oriental pour exploiter la vieillesse, des peuples qui ne peuvent plus se défendre... et cette maladie s'appelle l'Angleterre I
Un dernier mot qui est un peu mou delendaCarthago, pour rentrer dans notre sujet.
La Grèce fouillée en tout sens n'a plus rien à nous révéler. Quand transportera-t-on l'école d'Athènes à Karikal ou à Pondichéry? Ce serait un grand hon-
iO
146 DE LA MARCnE DE LA TRADITION
neur pour M. Foucaux que de rallier le monde officiel autour de cette idée et de la faire réussir... Mais je m'égare dans des rêves pleins de naïveté, et ne vois pas que je vais demander à l'indianisme officiel de décréter sa mort.
Pour l'étude de quelques siècles de notre propre passé, sur notre propre sol, où chacun peut puiser aux sources mômes, nous avons créé une école des chartes... Pour étudier la plus ancienne de toutes les civilisations dont la tradition ait gardé le souvenir, pour exhumer en l'Asie 25 à 30,000 ans de la vie de l'humanité... on ne fera rien, on restera à Paris et à Londres, parce que tout cela s'étudie très-bien de loin... Telle est l'opinion de M. Foucaux. Et avec une imperturbable logique, pour prouver que l'Inde se peutjétudier sur les rives de la Seine, il cite l'exemple de la Grèce, que l'on n'a bien connue que le jour oii on est allé l'étudier chez elle... Est-ce que par hazard mon éminent contradicteur s'imaginerait que c'est en fouillant les buttes Ghaumont qu'on a découvert le Parthénon ou la Vénus de Milo.
Le paragraphe suivant se lie intimement i cette discussion.
19° • M. Jacolliol part de cette idée : qu'on ne peut rien faire de bien hors de Fin Je, pour nous dire avec dédain — p. 328 : — c Et puis, d'où tenez-vous vos textes? De la Société asîa*
INDO-ASlATlQUË. i47
tiqae de CalcuUa I c'estr-à-dire de la source la moios s6re, la moins scîenliûqiie à laquelle on puisse puiser. »
« J'avoue humblement qu'avec E. Burnouf, Ch. Lossen, etc., f ai toujours cru, et crois encore, qu'on peut avoir confiance dans les travaux de la société qui a publié, dans sa Bibliotheca indiea^ des centaines de volumes de textes sanscrits qui sont, je ne crains pas de le dire, des documents plus sûrs que les manuscrits des pagodes du sud de l'Inde, n'en déplaise à M. Jacolliot. •
N'en déplaise également à M. Foucaux, je n'a* point mis dans cette phrase tout le dédain qu'il lui plaît d'y rencontrer. J'ai siniplement avancé un foit sur lequel sont d'accord presque tous ceux qui, dans llnde, étudient le passé, à savoir : que tôt ou tard les textes récoltés trop exclusivement dans le nord de l'Inde par la Société asiatique de Calcutta devront être» révisés ou tout au moins coUatiounés avec les textes du sud.
Je vais rétablir dans son entier le passage dont mon contradicteur, suivant son habitude, ne critique que la phrase qu'il lui plaît de choisir, on verra pourquoi je préfère les études puisées aux sources mêmes dans l'Inde, aux études de cabinets, pourquoi enfin je ne suis pas un partisan aussi convaincu que M. Foucaux, des textes de la Société asiatique de Calcutta.
Voici ce que j'ai dit :
i48 DS LA MARCHE DE LA TRADITION
« Comme premier point, je pose d'abord en fait qu'on ne saurait étudier de son cabinet la vieille civilisation des brahmes. La raison en est simple. Il s'agit d'exhumer vingt-cinq à trente mille ans de la vie de l'humanité, de traduire des manuscrits, d'interroger des monuments, et l'on avouera que si cela peut se faire mieux en France, en Allemagne ou en Angleterre que dans l'Inde, nous ne voyons pas de raison pour qu'on n'aille pas étudier l'Europe en Laponie ou dans le détroit de la Sonde, »
Il suit de là qu'à de rares exceptions près, le philologue le plus distingué, le grammairien le plus éminent, le plus versé dans le mécanisme du sanscrit, ne possède que des idées fausses souvent, incomplètes toujours, sur les vieilles civilisations de rindoustan, qu'il étudie à travers le prisme de ses préjugés.
Le préjugé, la routine, le lit tout fait dans lequel on se couche depuis de longues années, depuis des siècles, voilà la véritable pierre d'achoppement de tout progrès humain.
Est-ce que la géologie n'a pas démontré j usqu'à l'évidence qu'il a fallu des milliards d'années, peutêtre, pour que notre terre passât de l'état nébuleux à l'état planétaire actuel ? Est-ce que l'homme tertiaire ne compte pas des millions, et l'homme quaternaire des centaines de millions d'années d'existence? Est-ce
que cela fait corriger nos livres historiques ; estce que cela empoche d'enseigner aux enfants et aux hommes que notre globe et l'humanité n'existent que depuis six mille ans?
Est-ce que cela fait réformer la chronologie officielle? Dieu a tiré la matière du néant, c'est-à-dire de rien, a créé le monde et l'homme en six jours. Moïse est son prophète, Jésus son fils, et Mariam son (épouse... Voilà la quintessence de ce qu'il faut croire. Toute la science oflBcielle slncline devant ces niaiseries ramassées dans les temples de l'Orient... et cela pour avoir l'estampille de Rome sur ses livres, ou arriver à faire partie de la coterie, qui seule fait gravir à ses membres les chaires de l'enseignement supérieur.
Comment osez-vous parler de science orientale, vous qui n'étudiez l'antique passé de l'Inde que pour le courber sous la tradition mosaïque et chrétienne qui date à peine d'hier?
Après avoir ainsi constaté que ni les conquêtes de la géologie, ni l'étude des vieilles civilisations de l'Orient n'ont pu faire sortir les officiels de la chronogie d'Ussérius et de la Bible, j'ajoute :
« Et puis, d'où tenez-vous vos textes? De la Société asiatique de Calcutta I c'est-à-dire de la source la moins sûre, la moins scientifique à laquelle on puisse puiser I
Jamais cette académie, qui a toute la morgue et toute rintolérance du protestantisme anglican, n'écrira une ligne, ne puWiera un texte, qui puisse porter atteinte à son Holy-Bible, ce pivot, cette colonne maîtresse de la Société anglaise.
Dans toutes les contrées qu'abrite le pavillon de l'Angleterre, on n'est un homme bien élevé qu'à condition de n'attaquer ni la Bible, ni les institutions anglaises, ni la reine. Mais la Bible passe avant... Cela donne sans doute une grande force à la nation, mais il faut plus de scepticisme et d'indépendance d'esprit pour faire la science.
De plus, c'est pour les Anglais une question de domination de ne pas soumettre leurs Écritures sacrées à celles des Indous. Ces peuples n'ayant de respect que pour ce qui se rattache à l'idée religieuse, il ne faut pas qu'un peuple conquérant paraisse être sur ce point le tributaire du peuple conquis. En outre : la Société asiatique, pour les textes qu'elle publie, se fie aux brahmes du nord, qu'elle s'est attachée pour ses travaux, et l'Europe savante paraît ignorer que les brahmes du sud de l'Indoustan, qui parlent encore sanscrit, contestent aux rares brahmes du nord, qui prétendent entendre cettejangue, la possession des^véritables manuscrits scientifiques, littéraires et religieux de Tlude ancienne. »
IiNDO-ASlATlQU£. Aftl
J*ai déjà rendu compte de cette querelle dans « les Fils de Dieu », répondant ensuite, dans les termes suiyante, à la critique de M« Foucaux, avant même qu'elle se fût produite, j'ai écrit :
Les brahmes du nord, disent à leurs frères du sud :
Nous ne vous reconnaissons point comme appartenant i notre caste; vous êtes plus bronzés que nous, et nous seuls, qui n'avons jamais quitté les rives sacrées du Gange, possédons la vérité. »
Les brahmes du sud, attachés par milliers au service des grandes pagodes, leur répondent :
— « Vous, qui nous parlez ainsi, vous n*êtes plus des brahmes, il y a longtemps que l'esprit de Dieu s*est détourné de vous. Si nous sommes bronzés, c'est que nous avons conservé le type pur et la couleur de nos ancêtres nés dans ce pays. Tandis que vous, st votre peau a blanchi, c'est par une alliance impure avec les musulmans, ces stupides envahisseurs de la terre sainte, et par ce fait, vous avez perdu les véritables traditions et la science des livres sacrés.
Vous ne portez plus le costume consacré des prêtres, vous vous nourrissez de viandes proscrites par rÉoiture sainte. Vous ne vivez plus d'aumônes^ vous couvrez vos femmes de longs voiles comme les sectateurs de Mahomet, et vous les enfei^mez dans le lieu le plus secret de vos maisons « car vous
i(» DE LA MARCHE DE LA TRADITION
êtes jaloux de votre frère. Oii sont vos temples, vos autels, vos grandes fêtes? Les superstitions delà plèbe ont réagi sur vous. Qu'importe que vous n'ayez jamais quitté les rives du Gange? toutes vos traditions sont nées dans le sud et à Ceylan... Vous adorez Kali,la déesse du meurtre, vous adressez vos prières aux nagas et aux sarpas ; le génie du mal a renversé le culte delà divinité... Vous n'êtes plus desbrahmes, vous n'êtes même plus des Indous, vous n'êtes que des tchandalas (hommes de la classe mêlée). »
Rien n'est plus exact que ces reproches adressés , par les brahmes du sud aux brahmes du nord.
L'Inde que l'Européen visite le plus volontiers, séduit par la puissance de la domination anglaise, l'Inde que l'on a jusqu'ici étudiée presque exclusivement, c'est-à-dire Calcutta, le haut Bengale, le royaume d'Aranda, Delhi, et Aira, Bénarès et Lahore, n'est plus l'Inde des anciennes traditions.
Descendez des hauteurs du Pundjab, traversez ces plaines immenses qui s'étendent au pied de l'Himalaya, suivez le Gange, des montagnes du Kanawer où il prend sa source jusqu'aux Saunderbounds où il se jette dans l'Océan.
Quels vestiges avez'- vous rencontrés de l'ancienne puissance brahmanique? Les ruines mêmes
ont disparu. .. Vous ne trouvez là que des populations bâtardes mi- musulmanes, mi-indoues qui ont perdu tout cachet, toute originalité. Les diverses invasions : Mahmoud, Gengis-Khan,Tamerlan,les Afghans, Babor, Aureng-Zebet Nadir qui, tour à tour ont ravagé ce sol, n'ont rien laissé subsister de la splendeur des temps, passés, temples, monuments, pagodes, inscriptions, manuscrits, tout a été détruit par le fer et le feu ; à peine apercevez-vous, en remontant le fleuve sacré, quelques tronçons de colonneS) à demijenfouis dans l'herbe, quelques marches brisées de ces escaliers gigantesques que les prêtres avaient édifiés le long du Gange pour les ablutions des fidèles.
Les mosquées ont remplacé les pagodes, Mahomet a renversé Brahma, les sectateurs d'Omar ont nivelé par le sabre la terre et les peuples, les croyances et les statues des dieux ; et depuis la conquête européenne, les cottages anglais sont en train de remplacer les palais des rajahs, la brumeuse Albion achève dans le nord et Tlndoustan, l'œuvre des Mogols.
C'est en vain que vous chercheriez sur cette terre envahie parles chemins de fer, le télégraphe, les usines et les comptoirs, le moindre souvenir de l'œuvre des Védas. Ce n'est pas au milieu de ces populations qui n'ont plus rien d'indou que l'on peut tenter la
reoo&stitation du passé. Ce n'est pas daas leurs ouvrages falsifiés que Ton peut retrouyer les écrits des premiers âges.
Les provinces du sud, au contraire, ont échappé i la faneste influence des envahisseurs. Là, les brahmes savants, qui méprisent les superstitions de fat foule, conservent le précieux dépdt des traditions religieuses, dans l'espoir d'une prochaine régénérar tioQ. Là sont les temples, les grands monuments, les ruines gigantesques et les dieux: taillés dans cinquante pieds de granit qui, aux jours des fêtes solennelles, voient encore des foules de six à huit cent mille âmes s'agenouiller devant eux.
Pas un village qui n*ait sa pagode, ses brahmes officiants, ses pundits commentant sous les portiques la loi ancienne. Et l'on ne se douterait pas que le seul temple de Ghelambrum, dans le Carnatic, nourrit une population de plus de quinze mille brahmes qui parlent encore sanscrit.
Aussi est-ce là, au centre de toutes les antiques traditions, en face des institutions brahmaniques, puissantes encore au point de vue religieux, que la science parviendra à reconstituer l'Inde ancienne, à découvrir l'origine de tous les mythes de l'antiquité grecque et de l'idée chrétienne, à faire l'histoire de toutes les invasions qui ont colonisé le monde ancien.
Il y a longtemps, sur le point qui nous occuj»e, que les brahmes du sud, ont émis cette opinion que les livres sacrés] du Bengale n'étaient pas des ouvrages originaux, ni même des copies fidèles, et voici les explications que j'ai entendu donner par beaucoup d'entre eux, à l'appui de leurs dires.
« L'invasion musulmane, disent-ils, eut à son début un caractère essentiellement religieux : tous ses efforts tendirent à soumettre à la loi du Prophète les populations qu'elle avait vaincues. Pour arriver à ce résultat, tous les moyens lui furent bons : massacre en masse de tous les sectateurs de Brahma réfractaires à la circoncision, destruction par le fer et le feu de tous les monuments historiques, de toutes les bibliothèques, de toutes les pagodes, édification de mosquées dans toutes les contrées soumises... Elle porta sa main sacrilège sur tout ce qui rappelait un souvenir, une croyance, une œuvre du passé.
Les livres, la langue sacrée, les traditions religieuses disparurent, puisqu'il n'y avait plus de temples pour prier...
Plus tard, quand l'empire de Delhi fut solidement établi, les sectateurs d'Hayder-Ali se relâchèrent un peu de leur persécution, et sans autoriser le rétablissement des pagodes qu'ils avaient détruites, ils permirent à chaque indou de se livrer aux exercices de son culte dans l'intérieur de sa maison; de làest
venuela coutume qui existe encore dans le Bengale et les provinces supérieures, d'avoir dans chaque maison un brahme attaché aux exercices religieux.
A cette époque, quelques sannyasis et autres dévots personnages vinrent chercher dans les pagodes du sud de Tlnde, qui avait échappé à la persécution musulmane, des copies des livres sacrés qu'ils ne possédaient plus.
Ces hommes de bonne volonté manquaient, pour la plupart, de la science nécessaire à Taccomplissement de leur œuvre; et ces copies mal faites servirent à leur tour de modèle à d'autres copies plus ou moins tronquées et dénaturées, suivant l'intelligence de ceux qui furent chargés de les transcrire,.. »
Telle est en substance la querelle qui divise les pundits du sud et du nord de l'Inde.
Tout en inclinant fortement vers les opinions du sud, qui fut le lieu de mes études et qui a pour lui ce fait historique considérable qu'il a échappé presque complètement à la persécution musulmane, je n'ai pas la prétention de trancher le débat ; mais, en le signalant, je me crois en droit de dire à la science : Ne vous fiez point trop à vos textes sous prétexte qu'ils vous viennent de la Société asiatique de Calcutta. Tout l'Indoustan méridional qui a conservé la tradition par le temple, dont les brahmes
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parlent encore sanscrit dans la famille et dans la pagode, repousse ces textes comme surchargés d'erreurs, d'omissions et d'interpolations...
M. Foucaux ne craint pas d'affirmer que les textes du nord sont des documents plus sûrs que les manuscrits des pagodes du sud de l'Inde... Quelle que soit l'incontestable autorité de mon contradictear comme linguiste, je dois lui déclarer que je préfère l'opinion du dernier des brahmes, discourant sur les livres sacrés et les antiquités de son pays à tous les systèmes ingénieux de la science européenne.
Les fictions religieuses de l'extrême Orient ne sont point des réalités... des vérités absolues sur lesquelles l'Europe ait le droit d'imposer ses idées. A mon sens, la science n'a ayitre chose à faire que de les donner telles que les ont conçues leurs auteurs, c'est-à-dire les brahmes.
J'en ai fini avec l'examen de la critique de M. Foucaux, examen que je n'ai pu faire plus court en présence de toutes les questions intéressantes qui étaient soulevées. Mon contradicteur n'ayant guère procédé que par autorité personnelle, en s'appuyant une ou deux fois tout au plus sur des citations, tout le fardeau de la preuve m'incombait et m'obligeait de ne rien laisser sans réponse.
M. Foucaux a prétendu que l'espace lui manquait
pour relever toutes les inexactitudes de mon volume Cliristna et le Christ. Il est naturel alors de penser qu'il ne s*est pas attardé aux choses sans importance et que les inexactitudes qu'il a relevées doivent être considérées comme les plus graves... du moins on concevrait peu qu'il en fût autrement.
Au lecteur de voir si j'ai négligé ou laissé dans l'ombre une seule des objections et s*il doit| suivant les expressions mêmes de M. Foucaux, lire avec précaution un ouvrage que l'éminent professeur déclare cependant rempli d'érudition.
J'ai signalé plusieurs fois la prudence avec laquelle mon contradicteur oubliait d'aborder le fond même du débat et de s'expliquer sur les étranges similitudes des deux figures rédemptrices indoue et chrétienne. Les motifs de cette retenue sont faciles à saisir.
Il y a certainement en M. Foucaux deux hommes, le savant qui sait parfaitement où sont les origines du christianisme et ce qu'il faut penser de la révélation divine, et Vhomme officiel plus sceptique au fond qu*il ne le parait, qui pense que les religions sont des moyens d'agrégation sociale, des leviers de gouvernement, qu'il est inutile d'attaquer... les formules' nouvelles ou prétendues telles, ne valant guère mieux que les anciennes.
Si je mo trompe dans mon appréciation... M. Fou-
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eaux avait une belle occasion de tenir haut et ferm^ le drapeau de la révélation divine, et de lui apporter, ce qui lui fait le plus défaut, des preuves scientifiques... il aurait pu suivre la même voie que les missionnaires et les jésuites qui, ne pouvant supprimer Christna, viennent prétendre que le dieu indou est postérieur à la fable de Jésus-Christ, et en sont aujourd'hui à soutenir que le culte de la grande incarna-* tion de Vischnou s'est transformé au souffle du christianisme, introduit par saint Thomas dans rinde
M. Foucaux n'a pas été tenté de couvrir de son pavillon scientifique de pareils anachronismes, il n'a pas comparé Christna et le Christ dans leur vie, leur mission, leur morale, leur culte, il eût été obligé de dire: Ceci vient d^ ce/a... et comme il ne pouvait conclure ni contre Tlnde, ni en faveur de la révélation, il s'en est tenu à des critiques sans importance... qui m'ont cependant donné l'occasion de creuser certains sujets qui ne sont pas sans intérêt pour la science. Les inexactiltides de citations sont là pour prouver l'embarras de mon contradicteur.
Ainsi, ayant dit : Qu'en architecture^ l'art indou inspira Tart antique de TÉgypte et de la Grèce,.. ^ et qu'en sculpture les Indous conçurent par grandes masses, mais ne peuvent rivaliser avec les splendeurs de l'art grec... je cherche encore à m'expli-
quer pourquoi M. Foucaur a cru devoir supprimer les deux mots architecture et sculpture et créer ainsi, de son propre fait^ une contradiction qu'il me reproche
ensuite.
Comment n'a-t-il pas vu qu'il me suflBrait de rapprocher les textes tronqués... pour montrer immédiatement à mes lecteurs dans quel esprit et par quels procédés j'étais attaqué.
On a pu le voir: cet exemple que je cite n'est pas isolé, et je puis dire de la critique à laquelle je viens de répondre, qu'elle s'est bornée à me prôterdes opinions qui n'étaient ni dans mon livre, ni dans mon esprit, et à rapprocher des lambeaux de phrases qui, grâce aux mots élagués, n'avaient plus le sens que je leur avais donné
De plus, il reste acquis que mon adversaire a esquivé le fond même du débat... qui l'eût entraîné dans la discussion religieuse et forcé de conclure.
J'ai tenu à répondre longuement à M. Foucaux parce qu'il était nécessaire de bien accentuer les points de vue différents où nous nous plaçons tous les deux pour étudier le passé brahmanique.
M. Foucaux s'éloigne prudemment de toutes les questions religieuses, qui le conduiraient à des rapprochements qu'il ne veut pas faire, à des conclusions qu'il ne veut pas tirer... à se prononcer, en un mot, entre la révélation et latradition. .. Je recherche
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au contraire dans le passé tous les faits qui prouvent que les croyances de tous les peuples sont nées des mêmes superstitions, conservées et perpétuées par la tradition, et que la révélation est une invention sacerdotale...
11 est clair que les voies différentes que nous suivons tous deux ne peuvent nous faire atteindre le môme but.
Dans la critique d'un ouvrage qui soutient que la légende du Christ juif est née de la légende du Ghristna indou, M. Foucaux n'a pas trouvé une seule fois l'occasion soit de nier Ghristna, soit d'affirmer le Christ.
C'est toujours la lutte du savant et du catholique ; M. Foucaux, qui est un des linguistes les plus éminents de ce temps-ci, ne pouvait nier Christna ou Khrisna (peu importe l'écriture du nom).
M. Foucaux, qui est catholique, ne pouvait nier le Christ. Mais il est temps, je crois, d'écouter l'avis du poète :
Clauditejam rivos...
Un dernier mot :
Est-ce que le Christ, le Fils, le Bon, qu*adoraient les thérapeutes, ne serait pas le trait d'union naturel de la tradition entre le Christna brahmanique et le
Christ du symbole de Nicée et des Évangiles... de ces
Éyangiles dont le manicbéen Fauste disait à Tépoque même de leur apparition :
« Tout le monde sait que les Évangiles n'ont été écrits ni par Jésus-Christ, ni par les apôtres, mais, longtemps après, par des inconnus qui, jugeant bien qu'on ne les croirait pas sur des choses qu'ils n'avaient pas vues, mirent à la tôte de leurs récits des noms d'apôtres ou d'hommes apostoliques contemporains. »
En terminant la revue des traditions qui composent la genèse religieuse de l'humanité, je répondrai à cette question.