SCÈNE IV
hommes sont moins scélérats que je ne le croyais! Vite! vile! qu’on lui prépare ù déjeuner, à dîner, à souper. Toi, Cadet- Pierre, à la cave.
Moi, à la cave, oh I merci, bourgeoise, merci ! de quel cidre
qu’il faut-il tirer? (Simonne met le couvert.)
Du cidre ! fi donc ! du vin, et du meilleur !
CADET-PIERRE
Oh! oh! c’est pire qu’aux assemblées ou à la Noël.
SIMONNE
Ça s’ra ben autre chose dans une quinzaine, pas vrai, la bourgeoise ?
' CADET-PIERRE
Ah! oui, à la noce de raa’me Mistral.
■ Et à la vôtre, mes amis.
SIMONNE, se rapprochant de Brigitte.
On ferait les deux ensemble?
CADET-PIERBE.
L’eau m’en vient à la bouche.
Avec ordre de mettre ici tout au pillage. La cave, l’étable et la basse-cour.
CADET-PIERRE, sautant de joie.
Moi, je me charge des poulets, dindons, oyes et autres bêtes
à plumes. Ho! hé ! en v’ià une fête !
Air : Fleuve de la vie.
Pour qu’on en garde la mémoire,
Pendant huit jours on mangera.
SIMONNE
La belle noce!
On peut m’en croire.
Tout le pays y dansera.
CADET-PIERRE
Tout le pays! Dieu! quelle bosse!
Je le vois, dans ce fameux jour.
N’y a qu’ les habitants d’ la bass’-cour Qui n’ s’ront pas à la noce.
BRIGITTE, criant.
Ah !
* Cad. Brig. Sim.
SIMONNE, sautant.
Quoi qu’y a ?
Sommes-nous enfants de faire comme ça un tas de projets plus insensés les uns que les autres !
SIMONNE
Pourquoi donc ça, bourgeoise ?
Si Mistral allait me dire qu’il ne veut plus de moi?
CADET-PIERRE
D’à cause ?
SIMONNE
Comme s’il y avait, à vingt lieues à la ronde, une femme plus appétissante que ma’me Brigitte.
S’il était marié, le traître?
CADET-PIERRE
Il ne reviendrait pas t
SIMONNE
Ah ! not’ matelot n’est pas si simple que d’épouser la première venue ; il sait compter, et quand on peut trouver en même temps une jolie femme et une bonne dot..
Et s’il ne me prenait que pour mes écus, ça s’est vu, ces gueuseries-là ! Mais comment savoir ce que pensent ces monstres d’hommes... J’ai été mariée, moi... je sais ce que c’est... ils ne valent pas cher à la livre, ces messieurs... Si je me faisais tirer les cartes?.. Si je consultais plutôt le marc de café?... Voyez, ils sont là comme des buses, ils ne m’ donneraient pas seulement un bon conseil.
SIMONNE
Ma foi, bourgeoise, je ne vous reconnais plus!
CADET-PIERRE
Vous vous forgez un tas d’histoires !
SIMONNE
Vous trouvez trente-six mille défaut? à ce pauvre Mistral, à c’t’ heure 1.. quand vous l’avez cru mort, il avait soixante-douze mille qualités.
S’il était mort, je ne m’en serais jamais consolée.
CADET-PIERRE
Et qu’est-ce qui vous dit que Mistral ne serait pas inconsolable, s’il vous trouvait trépassée !
Allons donc, est-ce qu’un homme est susceptible d’un bon sentiment!.. Et pourtant, ce serait flatteur, si l’on était sure...
(Criant.) Ah I
CADET-PIERRE, sautant.
Hein?