‹ Feuilles d'herbeChapitre 16 sur 89 · PAR CES RIVIÈRES A L'ÉTROIT · texte numérisé non relu

PAR CES RIVIÈRES A L'ÉTROIT

Par ces rivières à l’étroit qui font mal.

Par cela de moi sans quoi je ne serais rien,

Par cela que je suis résolu à glorifier, quand même je serais le seul parmi les hommes,

ENFANTS D’ADAM

Par ma propre voix retentissante, je chante le phallus, Chante le chant de la procréation,

Chante le besoin d’enfants superbes, et par là de superbes adultes,

Chante la poussée du muscle et l’acte de se fondre,

Chante le chant de la compagne de lit (Oh ! l’irrésistible élan !

Oh ! pour quiconque et tous l’attraction du corps complémentaire !

Oh ! pour toi, qui que tu sois, ton corps complémentaire !

Oh! ce corps qui, plus que tout au monde, t’enchante!) Par la faim rongeuse qui me consume nuit et jour.

Par les moments natifs, les souffrances dont on rougit, je les chante,

Cherche quelque chose point encore trouvé, quoique je l’aie assidûment cherché de longues années,

Chante le vrai chant de l’âme, capricieux, à l’aventure, Renais avec la Nature la plus brute ou parmi les animaux, Imprègne mes poèmes de cela et ceux-ci et ce qui les accompagne,

Le parfum des pommes et des citrons, l’appariement des oiseaux,

L’humidité des bois, le lapement des vagues,

La poussée furieuse des vagues contre la terre, moi je les chante,

Je fais vibrer légèrement l’ouverture, goûte par avance le morceau,

Le bonheur d’être près, la vue du corps parfait,

Le nageur au bain qui nage nu, ou flotte immobile, couché sur le dos,

La figure féminine qui s’approche, moi pensif, la chair d’amour frémissante qui me fait mal,

Je dresse pour moi-même ou toi ou pour quiconque la liste divine,

Le visage, les membres, le répertoire de la tête aux pieds et tout ce qu’il éveille,

Le délire mystique, la folie amoureuse, l’abandon total, (Ecoute bien et sans bouger ce que je te murmure en ce moment,

Je te chéris, oh ! tu me possèdes entièrement,

Oh ! si toi et moi nous fuyions les autres et nous en allions loin, bien loin, libres et effrénés,

Deux éperviers dans l’air, deux poissons nageant dans la mer pas plus effrénés que nous) ;

L’orage furieux me parcourt, je tremble de passion,

Le serment d’être à deux inséparablement, avec la femme, qui m’aime et que j’aime plus que ma vie, ce serment je le fais,

(Oh ! volontiers je risque tout pour toi,

Ah! que je me perde s’il faut !

Oh ! toi et moi ! Que m’importe ce que font ou pensent les autres ?

Qu’importe tout le reste pour nous ? Jouissons seulement l’un de l’autre,et épuisons-nous l’un l’autre s’il faut) ; Par le maître, le pilote auquel j’abandonne le vaisseau,

Le général qui me commande, commande à tous, duquel je reçois a. permission.

Par le temps dont je hâte le programme (je n’ai que trop longtemps musé),

Par le sexe, par la chaîne et par la trame,

Par la retraite, par les fréquents soupirs seul,

Par tant de personnes autour de vous et pourtant la personne qu’il faudrait point autour de vous,

Par le doux frôlement des mains le long de moi et les doigts enfoncés dans ma chevelure et ma barbe.

ENFANTS D’ADAM

Par le baiser longuement soutenu sur la bouche ou le sein,

Par l’intime étreinte qui me rend ivre, moi ou quiconque, défaillant d’excès,

Par ce que sait l’époux divin, par l’œuvre de paternité,

Par l’exaltation, la victoire et le repos, par la compagne qui vous enlace dans la nuit,

Parles poèmes en action des yeux, mains, hanches et seins, Par l’attachement du bras qui tremble,

Par le corps qui s’arque et se noue,

Par le côte à côte, où l’on rejette le souple couvre-pied,

Par celle qui ne veut pas me voir partir, et moi qui ne veux pas davantage partir,

(Un instant encore, ô tendre qui m’attends, et je reviens), De l’heure où les étoiles brillent et la rosée tombe,

De la nuit un moment sorti en passant vite,

Je te célèbre, acte divin, et vous, enfants semés,

Et vous, robustes lombes.

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