‹ Feuilles d'herbeChapitre 40 sur 89 · J’AI VU UN CHÊNEVIF QUI POUSSAIT EN LOUISIANE · texte numérisé non relu

J’AI VU UN CHÊNEVIF QUI POUSSAIT EN LOUISIANE

J’ai vu un chênevif qui poussait en Louisiane,

Il se dressait tout seul et la mousse pendait à ses branches, Sans nul compagnon il poussait là, exprimant de joyeuses feuilles d’un vert foncé.

Et son air rude, inflexible, vigoureux m’a fait penser à moimême,

Mais je me suis demandé comment il pouvait exprimer de joyeuses feuilles là tout seul sans son ami près de lui, car je savais que moi je ne pourrais pas,

Et j ’ai cassé une branchette avec un certain nombre de feuilles après, et enroulé autour un peu de mousse,

Et l’ai emportée et je l’ai placée en vue dans ma chambre, Il n’en est pas besoin pour me faire souvenir de mes chers amis à moi,

(Car je crois, ces derniers temps, je ne pense guère à autre chose qu’à eux).

Elle demeure néanmoins pour moi un curieux témoignage, elle me fait penser à l’affection virile ;

Malgré tout, et bien que le chêneviî chatoie là-bas en Louisiane tout seul dans un large espace découvert, Exprimant de joyeuses feuilles sa vie entière* sans un ami, un qui l’aime, près de lui,

Je sais fort bien que je ne pourrais pas.

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