‹ Feuilles d'herbeChapitre 72 sur 89 · TOUS LES NAVIRES · texte numérisé non relu

TOUS LES NAVIRES

Aujourd’hui un récitatif rude et bref,

Des navires voguant sur les mers, chacun avec son pavillon spécial ou signal,

Des héros anonymes sur les navires — des vagues qui s’étendent, s’étendent aussi loin que l’œil peut atteindre,

DÉBRIS SUR LA GRÈVE

Des embruns qui giflent et des vents qui sifflent et soufflent,

Et s’en dégageant un chant pour les marins de toutes les nations,

Brusque comme une lame.

Des capitaines de la mer jeunes ou vieux et des seconds et de tous les marins intrépides,

Des quelques-uns, la fine fleur, taciturnes, que le destin ne peut jamais surprendre ni la mort épouvanter,

Avarement triés sans bruit par toi, vieil océan, choisis par toi,

Toi, mer, qui tries et sélectionnes la race avec le temps, et unis les nations,

Allaités par toi, vieille nourrice bourrue, t’incarnant,

Indomptables, farouches comme toi.

(A jamais sur mer ou sur terre les héros, seuls ou par deux, apparaissent,

A jamais l’espèce se conserve sans jamais se perdre, bien que rare, assez pour conserver la graine.)

Déploie, ô mer, tes pavillons distincts des nations ,

Déploie, visibles toujours, les divers signaux !

Mais réserve spécialement, pour toi-même et pour l’âme de l’homme, un pavillon au-dessus de tous les autres,

Un signal spirituel tissé pour toutes les nations, emblème de l’homme exalté au-dessus de la mort,

Témoignage de tous les capitaines braves et tous les intrépides marins et seconds,

Et tous ceux qui disparurent en faisant leur devoir,

Rappelant leur souvenir, tramé de tous les capitaines intrépides, jeunes ou vieux,

Une flamme universelle qui subtilement ondule tout le temps sur tous les marins braves,

Toutes les mers, tous les navires.

EN PATROUILLE A BARNEGAT

Furieuse, furieuse la tempête et déchaîné l’océan,

Sans trêve mugit l’ouragan, d’un continu sourd grondement.

Eclats de rire démoniaque par à-coups percent, tonnants,

Vagues, air, minuit leur plus sauvage trinité cinglant,

Dans l’ombre là-bas crêtes blanches comme lait cavalcadant,

Sur limon et sable de la plage rafales de neige s’acharnent obliquement,

Plage sombre où, contre le mortel vent d’est bataillant,

A travers tourbillons coupants et embruns s’avançant, fermes et vigilants,

(Ça, au loin ! Est-ce un naufrage ? Est-ce le signal rouge flamboyant ?)

Jusqu’à l’aube, infatigables, limon et sable de la plage parcourant,

Régulièrement, lentement, sans se relâcher jamais parmi ces rauques rugissements,

Le long du bord à minuit, près de ces crêtes blanches comme lait cavalcadant,

Un groupe de formes sombres, fantastiques luttent, la nuit affrontant,

L’œil ouvert, cette sauvage trinité guettant.

DÉBRIS SUR LA GRÈVE

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