A BOSTON, BALLADE
Pour être à temps à Boston, la grand’ville, je me suis levé tôt ce matin,
Voici une bonne place au coin, je vais m’y tenir pour voir le défilé.
Allons, fais place, Jonathan !
Place au maître des cérémonies du Président — place au canon de l’exécutif !
Place aux fantassins et dragons fédéraux, (et aux apparitions qui se bousculent en masse).
J’adore contempler le drapeau étoilé, j’espère que les fifres joueront le Yankee Doodle.
De quel éclat reluisent les sabres des troupes d’avant-garde !
Chaque homme tient son revolver et défile, raide, à travers Boston, la grand’ville.
Suit un brouillard, des vétérans de même matière s’avancent en clopinant,
Les uns ont jambes de bois, les autres sont enveloppés de bandages et exsangues..
AU BORD DE LA ROUTE
Ah ! pour un spectacle c’en est un — il a fait sortir les morts de la terre !
Les vieux cimetières des coteaux sont accourus pour voirl
Des fantômes! des fantômes innombrables flanquent et ferment la marche !
Tricornes de forme vermoulue — béquilles faites de brume !
Bras en écharpe — vieux qui s’appuient sur l’épaule des jeunes.
Qu’est-ce qui ne va pas, fantômes yankees ? Que marmottez-vous entre vos gencives dénudées ?
Est-ce la fièvre qui crispe vos membres? Prenez- vous vos béquilles pour des mousquets que vous les mettez en joue ?
Si vos yeux sont aveuglés de larmes, vous ne verrez pas le maître des cérémonies du Président,
Si vous grognez ainsi, grognards, vous manquerez le canon de l’exécutif.
Fi donc ! vieux maniaques — abaissez ces bras agités, et laissez vos cheveux blancs tranquilles.
Vos arrière-petits-fils sont là bouche bée, des fenêtres leurs femmes les admirent,
Voyez comme ils sont bien mis, voyez comme ils se tiennent correctement.
De pis en pis — Vous ne pouvez supporter ça ? Vous vous retirez ?
Cette heure avec les vivants est trop mortelle pour vous ?
Alors retirez-vous — pêle-mêle !
EEUIKÜES ID’HEBBE
A vos tombes — - temi-t-our — demi4o.ur aiix œteaiix, vietix béquillards !
Je crois que vous n’êtes pas trop >k votre ftoceiei.
Mais il est une chose qui serait à sa place ici — vous dirai-je ce que c’est , bons messieurs de Boston ?
Je le glisserai au maire, qu’il envoie une députation en Angleterre,
Qu’elle obtienne une cession du Parlement, se rende avec une charrette au caveau royal,
Exhume le cercueil du roi George, vite le débarrasse de son linceul, emballe ses ossements pour un voyage,
S’assure d’un rapide clipper yankee — voici de la marchandise pour toi, clipper aux flancs noirs,
Lève ton ancre — déploie tes voiles— -mets le cap droit sur la baie de Boston.
Maintenant rappelez le maître des cérémonies du Président, sortez-nous le canon de l’exécutif,
Allez chercher les gueulards du Congrès, organisez un autre cortège, faites-le escorter de fantassins et dragons.
Voici le morceau de résistance pour eux ;
Regardez tous, corrects citoyens — regardez, femmes penchées aux fenêtres !
La députation ouvre la caisse, rajuste les côtes royales, colle celles qui ne veulent pas tenir.
Plante le crâne au sommet des côtes et plante une couronne au sommet du crâne.
AU BORD DE LA ROUTE
Tu as ta revanche, vieux bougre — la cc*uronfte a obtenu ses droits, et plus que ses droits.
Fourre tes mains dans tes poches, Jonathan — à partir de ce j our tu es sûr de ton affaire.
Tu es rudement fin — et voilà l’un de tes marchés d’or.