‹ Feuilles d'herbeChapitre 76 sur 89 · UN MIROIR · texte numérisé non relu

UN MIROIR

Tiens-le impitoyablement levé — regarde ce qu’il renvoie, (Qui est-ce ? Serait-ce toi ?)

A l’extérieur brillant costume, en dedans cendres et ordure, L’éclat de l’œil plus, la voix sonore plus, ni le pas élastique. Maintenant œil, voix, mains, pas sont d’un esclave,

Une haleine d’ivrogne, visage bouffi de goinfre, chair de vénérien,

Poumons s’en allant par morceaux en pourriture, estomac aigre et corrodé,

Jointures d’arthritique, intestins obstrués d’abominations. Sang qui circule en ruisseaux noirs empoisonnés,

Langage caquet, ouïe et toucher durcis,

HEUIJLEES. DÎHESBB!

Cerveau, cœur il n’y en a plus, ni magnétisme du sexe ; Pareille chose d’après un seul coup d’oeil en. ce miroir avant que tu t’en ailles d'ici,

Pareil résultat si tôt — et d’après pardi cnnmencement !

Ami divin et parfait Camarade,

Qui attends satisfait, invisible encore, mais certain,

Que ce soit toi mon Dieu.

Toi, toi, l’Homme Idéal,

Juste, capable, beau, satisfait et aimant,

De corps complet et d’esprit élargi,.

Que ce soit toi mon Dieu.

O Mort (car la Vie a joué son rôle).

Qui ouvres la demeure» céleste pour; nous y introduire.

Que ce soit toi mon Dieu.

Tout ce que je vois, conçois ou sais, de plus fort, de. meilleur, tout,

(Pour briser le lien d’immobilité ô âme, te libérer, toi)» Que ce soit toi mon Dieu.

Toutes grandes idées, les aspirations des races,

Tous héroïsmes, actes des transportés d'enthousiasme.

Que ce soient vous mes Dieux.

Ou le Temps; et: !’ Espace,.

Ou la forme de la Terre divine et prodigieuse,

AU BORD! DE- LA ROUTE

Ou quelque belle forme aperçue que j’adore. Ou l’orbe splendide du soleil ou d’une étoile le soir, Que ce soient vous mes Dieux.

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