‹ Feuilles de route aux Etats-UnisChapitre 8 sur 43 · FRE · texte numérisé non relu

FRE

eu se nourrir. fl mourait de trs ; d voyait

passer des troupes de gibier sans pouvoir les chas=

ser ; il fut guetté toute une nuit par un lion de Californie, sans avoir rien autre sur lui qu'un lorgnon, avec lequel il allumait du bois sec au soleil.

Le pays que parcouraient ces excursionnistes était inconnu, tout à fait inexploré : ils faisaient une découverte en Amérique. Quelquefois ils croi: saient sous les arbres un squelette jauni : c’étaient les restes de quelque chasseur aventureux mas-

sacré par les Indiens. La nuit, il fallait allumer

LA

de rands feux, et faire veiller deux sentinelles

pour jeter l'alarme à l’approche des lions ou des

Sioux.

Telle était cette région ignorée il y a vingt-deux ans. En 1877, une bande de Pieds Noirs, commandée par les chefs Miroir et Oiseau Blanc, mas-

sacra dans son campement une société de huit tou-

ristes sur les bords de la Firehole.

Aujourd'hui, tout ce pays est sillonné de routes

que dou dirons en tous sens plus de quinze mille touristes chaque été. Ils y trouvent des hôtels suffisamment confortables, éclairés à la lumière électrique, des attelages, des relais, un service qui sur certains points ne laisse rien à envier à la Suisse, la poste, le télécraphe, des routes entretenues,

| me s font etes par jour. Ë T1 faut quelque raison pour expliquer un he

rbare, inconnu, fréquenté seulement, à de rares intervalles, par des bandes de Peaux Rouges, de Pieds Noirs ou de Nez Percés : or, ici, les raisons de manquent pas, sur cette terre eo ce # Wonderland, ce pays de fantasmagorie gig'antes-

ment si profond dans l'aspect d’un pays naguère |

Le et de onde tels qu'en aucun point, sur a

toute la surface du globe, on ne lui saurait rien F | comparer.

Depuis longtemps on savait, par les récits des aus échappés à la poursuite et aux fièches des Indiens, qu’il se passait des phénomènes in- vraisemblable à l’intérieur d’un immense cirque de montagnes presque infranchissables, dans le Far West ! Le soir, assis devant le feu du bivouac, “ils faisaient aux bo effrayés des récits fée- L riques, où des rivières glacées devenaient subite- En ment bouillantes par le frottement, où des mon- tagnes de verre portaient des Le pétrifiées, où 7 Yon voyait des palais et des temples magnifiques, avec des festons de perles et des tours dentelées,

des fournaises fumantes, des chaudières bruyantes, :

d’onyx. Que penser de ces merveilles, si l’on songe qu'ici l'imagination des sauvages a embelli à peine la réalité!

des murailles d’or, des terrasses de marbre et

. Les Terrasses Blanches du Mammouth. — Forêts bonikée os lies. — Golden Gate (la Barrière d'Or). — Obsidian ca, (la Montagne de verre).

L.. sources chaudes du Mammouth présentent … le plus étonnant ouvrage d'architecture naturelle. On n’y a découvert aucun animal fossile, comme a. leur nom porterait à le croire : il désigne seulement les dimensions peu communes de ce bassin thermal, | 54 40

Au sommet d'une door de deux mille mètres, qui domine la vallée de la rivière Gardner, s’'échappent de nombreuses sources bouillantes,

dont le débordement inonde depuis des siècles le versant. Ces eaux ont la propriété de déposer sur ” leur cours des matières diverses, carbonates et à silicates, dont l’accumulation plusieurs fois séculaire a fait à la montagne une cuirasse de marbre et d’albâtre; des terrasses et des vasques en pe. mn ..8e ainsi de la base au sommet, conti= . nuellement lubréfiées par la mince couche d’eau, 124 À et offrant le plus imposant ensemble. AR À première vue, on ne distingue qu’un immense revêtement Pre, qui semble collé au flanc de la montagne sur toute sa largeur et sur toute sa

tout : un “versant

Se SR ee

. L'effet est éblouissant quand le soleil lonne, et ne saurait être supporté à l'œil nu. Il faut se pourvoir de lunettes bleues à l'hôtel avant le départ. Mais par les temps sombres ou pluvieux, Je prestige Fe l'éclatante blancheur ii

| Eh an on découvre du ce revêtement in est pas uniforme ; c’est une immense rampe qui D end du sommet par des étages de vasques capricieusement creusées, sur une superficie de trois milles carrés. no demeure déconcertée devant les multiples combinaisons de ces terrasses féeriques, de ces bassins peu profonds, en toutes dimensions, à toutes températures. On marche sur un sol artificiel, fait par les dépôts des.

sources et des rigoles. Cette splendide série de | cuvettes superposées semble un gigantesque escae her de Versailles. Chaque humide palier a été baptisé d’un nom pittoresque ou poétique : terrasse

de DANETYO terrasse de one terrasse Minia-

Cléopâtre. Un sentier couvert de Daiches longe

de côté ces gradins fumants. Chaque cuvette, pleine jusqu’au bord, est entourée d’une margelle | en dépôts calcaires Aou les dentelures, les festons,

che; là, les on ont la fine nee 2 l'albâtre, avec des veines roses. On a là sous les yeux toutes les merveilles de la plus délicate orfèvrerie polychrome, des patènes ciselées, émaillées de tons crème et saumon, où repose une eau si. ; . pure, que les moindres détails du fond sont vise bles; ce sont de larges coupes autour desquelles … les « formations » font des colliers de perles dia- … phanes; ce sont des piscines peu profondes et ee plates, où les parois présentent toutes les richesses M. et toutes les extravagances d’une ornementation À | prodigue. ie L’escalier géant se rétrécit à mesure qu'on : monte; les vasques sont moins larges, plus pro= sr les margelles sont plus hautes; l’eau, plus | près de son origine, est plus FT Le sol de- È + vient mou, inconsistant, souple sous les pas. Nous nn voici aux dernières cuvettes du sommet, d'une ca forme ronde parfaite, avec des nuages de buée ra

comme si elle coulait en cascade avec la re couche d’eau. Au delà, le flanc de la montagne + s’aplatit en un vaste palier, puis remonte par une ve pente boisée jusqu'aux derniers sommets de la chaîne. Ici, le revêtement n’a plus la même con» tinuité, la même consistance, la même persistance; il alterne avec des oasis de terre végétale où des

en" CE

Fr .. to l'œuvre aient Le 4 . nanes calcaires, se forment, s’amorcent partout,

Stratifications circulaires. De grandes plaques, pa-

reilles à d'énormes pustules lépreuses, ont gagné

et cerné des massifs de pins dont les troncs noirs,

décharnés, morts, semblent appeler du secours, de leurs ee bras décharnés.

On chemine à travers ces précipitations de sili-

cate blanc et rose qui font au sol une housse ri- gide. Des torrents d’eau chaude roulent et glous-

sent en dessous, lâchant des fusées de vapeur par tous les interstices de la croûte qui les couvre comme une écüme durcie. Dans les vasques plongent des objets divers, vieux souliers, paniers,

fers à cheval, que les touristes pourront emporter le. lendémain comme spécimens de pétrifications, tant le dépôt est rapide. Le soufre et le fer varient de tons rouges et jaunes les rebords des bassins,

es bourrelets à demi crevés du sol, Les formations les plus jeunes présentent, avant se durcir et de se conglutiner, l'aspect de fila-

92 UE FEUILLES DE ROUTE us.

ments fromageux et d’écailles minces. L air est

chargé d’émanations sulfureuses; on respire une :. à

atmosphère de thermes. Tout le Eau du versant, au-dessus des grandes terrasses, est ravagé, miné, travaillé par les sources chaudes qu’on entend … gronder sous le sol, Ca etlà, dans les clairières, elles s’échappent au centre des lacs isolés qui débordent; elles s’étalent plus bas sur les taches verdâtres qu'elles laissent et qu’elles enrichissent peu à peu de feuillures minces comme des éclats | de mica. Parfois, la montagne s’échancre en forme d’une haute brèche, dont la muraille est un large jet de lave solidifiée,

En montant toujours, on traverse de nouveaux plateaux blancs où des boursouflures se soulèvent, crevées par des filets d'eau qui suintent. Les at nées aes dépôts prennent toutes les teintes, du rose au bleu, du vert à l’or. Ici, l’on dirait des ruisseaux de lait coulant sur un lit de neige; on gravit des mamelons dont la pointe suppure comme un gros abcès. Sur le trajet des courants souterrains, des bubons humides semblent rejeter un pus clair, et toute la région présente les horreurs et les teintes riches d’une plaie putréfiée. On descend par une échelle dans des crevasses profondes qui sont des étuves où suinte le soufre; dans la mare voisine, il suffit de laisser quelques minutes des dollars d'argent pour qu'ils se couvrent d'un

; au. he 0 et don de Sie d'or. ie LÉ loin, l'eau a coulé jadis; les énormes dépôts cons tatent son passage, mais ils ont fini par boucher a les trous sous leur propre épaisseur; l’eau a cherché une autre issue, et toute la région est rues étalant au soleil ses glacis blancs et roses, be qui lui donnent l'aspect d’une gigantesque pièce ; de confiserie, F On erre ainsi durant quatre heures au milieu de ve ces riches colorations, sur ce sol étrangement ne . orné, que les Le pelrs avaient à peine embell dans leurs récits , quand ils disaient avec terreur Lo qu'il leur était apparu, à travers les arbres, des | temples de fées, des palais d'agate et d’ albâtre. Devant ces nacre stupéfiants, qui sont l'œuvre patiente et délicate de la nature durant des milliers d'années, la peur a dû précéder l’admi- ration.

Nous voici redescendus à mi-côte jusqu’à la Ter- rasse de Minerve. Il n’y a plus d'arbres; devant + nous s'étale, dans son imposante étendue, lagrande vallée de la Gardner qui serpente jusqu’à l'horizon des montagnes violettes. Au pied de l’escalier se dresse un cône de pierre haut et étroit, comme un doigt qui trouerait le sol. C’est un geyser éteint; au temps de son activité, il s’est peu à peu en- touré de cette gaine solide et montante. et elle a fini, quand la pression de l’eau est devenue insuf- fisante, par le dominer et l’ensevelir sous le mau-

de

: D DL EI ile ee éme, ne MNTTRENEE Lt

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soie qu il dvait bâti. Ce tombeau Eu e est s fort vieux; il s’effrite, et la geysérite s’en discbalee

Comme il est Dose d’un tube dans toute sa hau- . teur, il est question de canaliser, sous le sol spongieux qui le supporte, un courant d’une source

supérieure qui jaillira de cette tombe et en refera,

par ses dépôts rajeunis, les flancs ridés et ébréchés. À droite, la vallée est fermée par une muraille

abrupte; au-dessus de la zône des sapins, le ver-

sant se dresse en crête droite, striée, inabordable.

L'autre rive du fleuve s'élève et s'éloigne vers la chaîne compliquée qui ferme l'horizon de ses plans

successifs, brumeux comme des nuages. Dans la … trouée, la Gardner roule et heurte les rocs de ses

rapides, blancs d’écume. Des cavaliers sont comme

des points noirs sur la route poudreuse de Cinnabar. Entre le Mammouth et le fleuve s'étend une large plaine, où se soulèvent quelques mamelons

verts et riants; le sol se creuse en crevasses d’où |

émerge la cime des arbres qui ont pris racine au fond. Le drapeau américain flotte au sommet d'un mât, près du camp dont les tentes blanches ani-

ment un coin de la vallée, Au centre, l'hôtel unique

allonge sa toiture rouge, ses murailles de bois peint en jaune et sa galerie couverte où les touristes se reposent après l’excursion sur la montagne d'albâtre. |

L'hôtel du Mammouth est le plus important du

Cest de à que se fait nous matin le départ «pour la tournée. Une quarantaine d’excursion- nistes le quittent tous les jours pour commencer le tour dans le même sens, au moment où quarante

À autres rentrent. Le pe est ainsi sillonné sans A

cesse par des caravanes qui se suivent à égale dis- LCR

é tance, et qui se remplacent dans les hôtels de la |

route. C’est un manège. .

4 Au Mammouth, si l’on veut prendre quelque HD

| repos avant d'entreprendre le voyage, les distrac- ne.

tions sont modérées, comme il est vraisemblable

qu'elles le soient dans un hôtel qui s'élève au mi-

lieu du désert. Le soir, les soldats du camp, dans leur coquet costume qui rappelle nos chasseurs

alpins, viennent donner dans le hall des concerts de mandolines. Les voyageuses qui sont musi- ciennes jouent des valses sur un très beau piano nn.

à queue, très inattendu. Pendant le jour, la grosse PE

distraction est l’arrivée et le départ des digeuges. “RATE

3 extrême mobilité des touristes fait qu’on est vite de la maison. On est un ancien quand on est là à

depuis deux jours. À midi, les « nouveaux » arri- =

vent, et l’on se sent pour eux, pour leur étonne-

ment et pour leur he le même indulgent dédain dont on s’est senti soi-même l’objet le jour de l’arrivée. Les groupes ont une tendance rapide

à l'égoïsme. Après le départ des devanciers pour

reviennent content ce qu'ils ont vu

le Parc, les hôtes de la veille prennent position, |

ont à leur tour le sourire du gérant, les caresses :

du molosse, les prévenances des nègres, et les hôtes du jour ont toutes les timidités du conscrit. Vers la même heure rentrent ceux qui ont fini

la tournée, après être restés absents durant six.

2 RE pr

ou sept jours : ce sont les ancêtres. À deux heures, :

ils remontent en voiture pour Cinnabar. Et c’est . ainsi tous les jours. C’est un va-et-vient perpétuel. au milieu de la journée. Le reste du temps est. morne. L'hôtel est vide; les touristes sont aux. sources. Il faut Hoi un cheval et explorer Les environs.

Le départ pour Cinnabar des touristes qui ont.

terminé la visite est particulièrementtouchant. On 1

sort de table : le déjeuner a été bruyant. Ceux qui

à ceux qui.

iront voir demain. Tous les hôtes de la maison sont dans le hall et dans la galerie, les uns parce. qu'ils vont partir, les autres parce qu'ils accom-. pagnent jusqu'au marchepied leurs amis d'un

jour, les derniers pour assister aux adieux. Pen-

dant une heure, l'hôtel présente l’effervescence :

d’une ruche; ce sont des porteurs de malles, des

voyageurs enveloppés de fourrures, des groupes

animés où l’on a regret de se quitter, quand on se

connaît à peine. Moi-même, j'accompagne de récents amis de la Nouvelle-Orléans, et l’on se promet, par une sorte d'habitude des adieux, de «se

| ei » Quand? Lire sans doute! Sur Ja Dies les mail-coachs à six chevaux se remplissent. Les conducteurs sont sur leur sièce, vêtus de cuir jaune à aiguillettes, comme Harpagon, co d'un large feutre de cowboy, gantésde gros gants à crispins, le pied sur le frein, qui est une barre de bois. Good by! Good by! Quelques jeunes gens et wisses partent en avant, à cheval. Déjà les D ère voitures disparaissent au tournant de la “ | gorge. La grande place si bruyante demeure vide et silencieuse. Nous restons sur la terrasse sans E. dire. Les départs sont tristes, même quand Ê on ne connaît pas ceux qui Dérent Derrière la | grosse montagne violette, ils ont disparu. Pour | ler où ? . l'inconnu, tout là-bas, vers Cin- nabar, Saint-Paul, New- ie la X utel Oran.

Ê l'Europe, C'est une dispersion, et les récents amis viennent de se quitter pour toujours. Ces disparitions sont tristes comme la mort et elles en diffè-

rent à peine, puisqu'on ne se reverra plus! Fe Le pays, aux alentours, est accidenté, propre h aux longues promenades. Une après- midi, j'étais sur le versant opposé au Mammouth, où les chevaux de l'hôtel paissent en liberté avec une clo- chette, comme chez nous les vaches. Devant la case d'un des cowboys dormaient deux petits ours si moelleux, si paresseusement enfouis dans leur belle fourrure, si câlins et si doux, qu'ils sem- … blaient solliciter et provoquer les caresses. Je m'’ar-

HS

doute de ne pas être habillé de cuir et À n'avoir pas le même chapeau que leur maître, car le plus gros fit un bond avec ce grondement dont un, parle Virgile, graviter frendens, et il allongea sa grosse griffe qui s’abattit sur le sol à un doigt de moi; les ongles entrèrent dans la terre. Il m'apparut que si la longe eût eu quelques centimètres de plus, je n'aurais plus aujourd'hui qu'un pied sur deux. Mais que les apparences sont donc trom- … peuses, et qu’il se cache souvent de férocité sous … les manières doucereuses et félines des bêtes, comme des gens pareïllement! Tout en méditant sur ce grave sujet, je laissai là cet ours qui reconnaissait si mal mes sentiments sympathiques, et a j'errais dans la vallée déserte, quand je foulai

AI

no : dans l’herbe des ossements jaunis, des clavicules, r des rotules; au même instant, je reconnus le cri . rauque d’une hyène. Je l’avais entendu déjà en E Tunisie et au Jardin des Plantes. L'aventure de __- l'ours m'avait mis dans la meilleure dispos (Hé ne d'esprit pour | iouir de l'horreur sauvage de ma si- À

tuation, je me promis que, si je survivais au | doibat j'en ferais une page palpitante en corsant 4 ee un peu la rencontre. La bête n'était plus qu'à quelques pas de moiet me jetait un regard mau- … vais. J'armai mon revolver à toute aventure. Au. “4

3 ‘étais tout dans un Lana parc à bêtes, puisqu'il y avait aussi plus loin, dans des enclos, des elques, des élans, des mousses, des moufflons,

Dans l'herbe, à côté 10 ossements, je n'avais pas vu des marmites défoncées et des feux éteints; j'étais sur un campement abandonné, et les sol-

ù dats avaient laissé derrière eux leurs os de mou-

Par l'effet de l'altitude qui est en moyenne de 1,500 mètres au-dessus de la mer, la température subit de brusques sauts d’un jour à l’autre. En plein mois d'août, le thermomètre marque un

des gerbes de tuyaux repliés sur eux-mêmes, pour 4 étendre la surface de chauffage. On dirait des jeux d’orgue accrochés dans le hall et dans les couloirs. __ Les dames font cercle autour d’eux, le nez au mur,

Le coche quitte le Mammouth le matin de bonne ;

heure pour commencer la tournée du Park.

La route longe la Gardner et se butte tout à coup à une montagne qui plonge à pic. La rivière

s’engouffre d’un bond dans un ravin. Une aiguille

de pierre s'élève à l'angle de l'abîme, comme un

signal avertisseur. Au delà, le gouvernement a

fait accrocher aux flancs du roc une longue ter-

rasse de bois sur laquelle trottent chaque jour les diligences à six chevaux, au-dessus du vide, pendant plus de 1,500 mètres. C'est un ouvrage des plus remarquables; il a coûté 14,000 dollars, c’està-dire 70,000 francs. Mais ce qui est autrement

impayable, c’est le spectacle de cette gorge sau-

vage.

D'un côté, par delà la rivière, la montagné s'élève, chargée de sapins et de rochers brisés; quant à la route de bois, elle ionge la muraille qui a reçu le nom de : la Barrière d'Or. Elle termine les prolongements du Pic Bunsen, comme ferait une brèche; le roc est tapissé d’une petite mousse fine, dentelée, dense, d’une couleur dorée qui est merveilleuse, et qui prend au soleil les tons les plus chatoyants. On dirait quelque fine étoffe soyeuse et souple que des fées auraient jetée pardessus la crête pour la laisser pendre le long de la montagne dont elle moule exactement toutes les

aspérités, avec des reflets moirés, luisants et ondulés. |

re ou . avec une allusion aux théories philosophiques et géologiques à la mode : « Bien lui prend de n'être pas de verre! » Je songeais à

Pline l’Ancien conte que les artistes grecs tra- | vaillaient l’obsidienne, la taillaient, en faisaient des bijoux, des statuettes : leur art n’eût pu épui- ser la matière qu'ils eussent trouvé ici. C'est du

Dre por, du sable liquéfié, rejeté en torrents de

‘ de la montagne ont gardé cette gaine épaisse et D he, et pendant plus d’un kilomètre, les roues de “ voiture craquent sur un terrain vi- | treux. C’est là que les Indiens viennent chercher à Shia matière dont ils font les pointes aiguës de leurs flèches. Est-ce l’obsidienne des anciens, la pierre # êtbiavés que les Grecs se procuraient en Ethiopie 1 et dont ils faisaient des miroirs? Les savants en : doutent. Ici, c’est un verre noir, opaque, réfléchis. ‘ : sant avec éclat les rayons du Soleil le soir, toute nc la région semble embrasée aux feux du couchant. On éprouva de grosses difficultés quand il fallut percer un chemin le long de cette pente unie, gla-

surintendant du De M. Notre, À allumer de grands brasiers ue ao en a Lots puis, contre la paroi chauffée à blanc, il lança des jets d’eau froide. Des blocs no roulèrent ainsi jusqu'au pied de la butte, et laissèrent des vides qui permirent d’amorcer la voie. On voyage … comme dans un conte des Maille et une Nuits; la surface de la paroi, polie par endroits, reflète 4 voiture, et le vent soulève sous les pas des bêtes : une redoutable poussière de cristal. À certaines places, la lave vitreuse a jaïlli, et s’est solidifiée F2 immédiatement à l'air, formant d’épais faisceaux de prismes, qui semblent l'ébauche équarrie dés piliers trilobés d’une nef. Aid La Fontaine, qui aimait les bêtes, a chanté le dithyrambe des castors :

La république de Platon =

Ne serait rien que l’apprentie |

De cette famille amphibie. 4 Ils savent en hiver élever leurs maisons, as

Passent les étangs sur des ponts,

Fruit de leur art, savant ouvrage;

Et nos pareils ont beau les voir,

Jusqu'à présent tout leur savoir

Est de passer l'onde à la nage.

Depuis deux cents ans, cethommage reste vrai; les carrioles de l'Etat passent à gué la plupart des cours d’eau du Pare, et les castors passent à pattes sèches le Beaver Lake (lac des Castors).

quadrupèdes.

; ns Après le pays de Verre, on entre dans la région

volcanique où fusent les geysers. Des flocons de

nent au-dessus des forêts prochaines, comme si des quantités de locomotives traversaient ces bois,

fourneaux voltigent au-dessus des bois de Hourpes : et de Landelies.

IT

Les Geysers. — Les eaux dorées, — Cratères pittoresques. 4 — Lacs d'émeraude. — Le bol de Punch.— Mud Geyser, — Paint Pot (le Pot à peinture). — Clapotements et 1

Borborygmes.

Le Parc renferme cinq ou six grands plateaux

volcaniques, que creusent une quantité considé-

rable de geysers. On a compté jusqu’à dix mille si cratères d’eau chaude jaillissante, sourdissante ou

stagnante sur les bords des rivières Gibbon, Ma-

dison, Firehole, Lewis. Il y a de grands geysers au Bassin Norris, près le Parc des Elques, aux … bassins du lac Shoshone, du lac Heart, sans .

compter les Zoé springs, les paint pots disséminés

un peu partout. Mais deux bassins sont particu-=

lièrement importants et intéressants, ce sont le

Supérieur et l’Inférieur. Ils sont l’un et l’autre

fort étendus, et résument assez bien, chacun dans

son genre, les différents aspects que peut présenter ce curieux phénomène naturel. D’après les re-

lations de voyages, qu'il est facile de comparer,

cette région l’emporte de beaucoup par l’importance, le nombre et la variété, sur les fameux geysers de l'Islande.

La Bassin Inférieur (Zower Geyser Basin) est

gné du Bastia pit avec lequel il de certains caractères de ressemblance. Il présente l'aspect l’une plaine à peu près unie, largement ondulée, sans bosses ni dépressions, Le Norris alterue les flaques d’eau bouillante avec les îlots de verdure où chantent de petits oiseaux bleus, habitants des forêts prochaines qui viennent le jour, comme en villégiature, faire leur saison d'eaux thermales au milieu des sources. L'Inférieur a depuis long temps accompli toute son œuvre de dévastation ; les dépôts polychromes ont submergé le plateau entier, où plus rien ne pousse ni ne vit. Les petits monticules blancs que forment les margelles des orifices soulèvent à peine la surface plate de ce champ nivelé. Les geysers sont des bassins à L. fleur de sol, que signale de loin un faible pli de Fe terrain. :

Il en va tout autrement sur le bassin Supé- périeur: il est très accidenté lui-même, et les cratères des geysers émergent du sol en blocs rocheux aux formes les plus capricieuses. Ici, la à L. couche des dépôts calcaires s'étend uniformément sur les pentes de plusieurs collines qu’elles mou- : lent sous leur manteau blanc et résistant , jusqu’au * bas des versants que baigne la rivière ee nom- mée, la Rivière-aux-Trous-à-Feu {Firekole river). On 500 une chaîne neige use, un glacier acci-

RTE

des bosses qui sont les cols exhaussés des geysere

est trouée par de flèches, des rocs, des cs :

Leurs dépôts leur font ainsi, à leur ouverture, Ë des entrées monumentales d'une architecture sé ; vère et pittoresque, qui explique et justifie leurs ke noms : la Grotte, le Château Fort, les Ruines.

C’est à Norris qu'on fait connaissance avec les premiers geysers, à une demi journée de Mam- 3 mouth. Une tente y est dressée pour le lunch, sue une vaste clairièré envahie par un marécage. Il . fait fort froid ; on se presse autour du brasero prie mitif qui chauffe le haison de toile, puis on va . aux geysers. [ls sont disséminés dans la forêt, par x places et par flaques. Le groupe le plus impor tant a rongé toute la verdure sur un assez grand espace. Il y en a de toutes sortes, des bassins qui forment de gros bouillons au centre, des jets en artichaut, des bouches étroites qui percent un amas de rochers dont les arcades, les déchirures laissent échapper une odeur de soufre avec des bruits loin- : tains et étranges dans des bouffées de vapeur. Il y en a de grands, de minuscules, de droits, d'inchinés. En voici un qui jaillit horizontalement, comme une gueule de bronze crache dans un bassin. On en découvre partout. On tourne un bosquet, on tombe sur une vasque fumante. Tout ce pays repose sur des nappes d’eau chaude, et la croûte

. et qui fumerait encore. Ce sont Mae des “bassins chauds et clairs, des jets bruissants, des gerbes évasées, des colonnes de fumée, droites ou : rasantes. Quelques herbes jaunes essaient encore Se de pousser dans les restes de terre végétale; des LE nuées de grosses sauterelles s’y délectent. Sous le sol, on entend des bruits sourds, un vacarme d'eaux secouées, de bouillons, de Ge Hans, de soupapes humides. De temps en temps, une fusée éclate : c’est un geyser qui part à son heure. Cha- ss cun a en mains l'horaire des éruptions ; elles sont d’une exactitude qui est presque une politesse. Au . moment voulu, tous les touristes s’approchent, :

font le cercle, guettent les premiers jets, arment … leurs kodaks et photographient la gerbe d’eau dès +4 elle fait son apparition. | Ici, c’est un bassin clair et profond, là, un craé tu en geysérite blanche, ou en lave noire et friable, ou en roches jaunes et rouges. L'Æncrier du Diable soulève lourdement de la boue 4 noire, comme si, au fond de cette mare fangeuse, quelque monstre invisible en se tordant et en se retournant produisait les boursouflures et les dé- pressions de la surface, A côté, le bassin Eme- en * raude est d'une limpidié sans no. L’œil plonge »

108 à FEUILLES DE ROUTE

sans obstacle j jusqu "à des profondeurs insondables! comme si cette eau était de l’air pur; il distingue jusqu’au fond les festons délicats des formations, les végétations dentelées, l'entrée noire de la caverne qui s'ouvre dans l’entonnoir, et l’eau colore toute cette vision d’une teinte verte de béryl la plus douce aux regards. Partout ce sont des crevasses rugissantes, comme des plaies du sol qui crieraient, des entailles qui seraient des gueules hurlantes. Les voix sont stridentes, mugissantes, avec des gloussements humides et des éclats soudains quand arrive l'heure de l'éruption. Alors, la vapeur se condense; il pleut des gouttes tièdes.. Certains cratères ont une telle force de propulsion que la masse d’eau, en retombant, fait trembler la terre à la ronde. [ls ont quelquefois des formes étranges de coquilles, ou d'oreilles. Le sol est fait de dépôts cassants, de cailloux pilés; il craque sous les pieds ; par endroits on croirait fouler une. plage de sable. Quelque attrayants que soient ces, premiers spécimens, ils n’égalent pas, en intérêt et en puissance, ceux qu’on rencontre les jours suivants. Le plus curieux est celui qu’on appelle « Constant » : il part avec une régularité imperturbable, toutes les cinquante secondes. Une déchirure de la rocaille a reçu le nom de « Souffle-de- Chaudière » : elle ne projette ni eau ni sable, mais un vent brülant qui s'échappe par saccades comme une haleine, ou comme le sifflement alterné d’un

bouilleur, en faisant le vacarme que feraient à la fois douze locomotives.

Du bassin Norris au bassin [nférieur, il faut longer la rivière Gibbon. Elle traverse d’abord un pays enchanteur, le Parc aux Elques, région touffue, giboyeuse, où au-dessus des taillis dis-

paraissent les ramures énormes des élans et des

cerfs wapitis, Tout le long de la route fument à travers les arbres les solfatares et les mares chaudes; des panaches de vapeur sortent du feuillage et s’y accrochent. Dans la rivière même, des risoles d’eau bouillante sortent de la berge, et un quart du fleuve fume. Dans un bassin bout de l’eau ferrug'ineuse tellement chargée qu’on lui a donné le nom qu'il mérite : la Mare de Sang. La route est faite d’une échancrure ménagée le long de la berge. Quelquefois, un trou béant dans le versant de la montagne souffle des nuages de vapeur à la hauteur des naseaux des chevaux. Le driver les leur fait traverser à coups de fouet. S'ils bronchaient, l'équipage roulerait dans le ravin. Au fond, le torrent mugit et écume contre les blocs énormes et les arbres tombés, sous l'ombre que projettent les forêts de ses bords. Les pins droits et décharnés font des rayures zébrées dans la lu-

. mière du soleil. À ce moment, le torrent Gibbon

rencontre un trou de vingt-cinq mètres : il y des-

cend non par un bond, mais par un plan incliné

de roches noires ; elles font valoir la blancheur de

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son écume dans le demi-jour que laissent Bltrer, | comme par une fente, les parois abruptes du ravin. À présent, la route qui, avant la chute, ne dominait pas de beaucoup la surface de l’eau, en est séparée par un talus de trente mètres, le Le dude. quel elle s'incline doucement pour rejoindre le 4 gué. Cette gorge sauvage est du plus bel effet, avec ses rocs mousseux, ses jonchées d'arbres morts, ses épaisses murailles de granit, et ce silence qu'interrompent seulement le murmure du. torrent, le cri de quelque merle aquatique, ou d'un chipmunk surpris par un serpent. :

Après le gué, la route quitte le Gibbon, remonte et franchit une pente assez forte, pittoresque et boisée. Quand on arrive au sommet, on ne a le plus merveilleux panorama. Entre de hautes # montagnes apparaît l’imposante vallée de la Ri-. | vière aux Trous-à-Feu, douce, calme auprès du . Gibbon que l’on vient de quitter, suivant entre . ses rives verdoyantes son cours inflexible et droit, 4 comme le canal de Condé vu du beffroi de Mons. ! A On arrive vers le soir à la halte de la Fontaine, k un chalet de bois, perdu, comme un nid, dans le : feuillage des bouleaux et des chênes. A l'horizon, 101 les méandres de la Firehole dessinent au pied Jen, des monts, sous le soleil couchant, un liseré d'or. Nous sommes sur un vaste plateau dont une moitié est pourrie et crevée par les geysers. L'autre supporte l'hôtel. C’est le Lower Geyser.

| (Bassin Inférieur). Sur la plaine unie fe

é, comme des autels, les mares et les solfa-

, jusqu’à l’horizon borné par les bois. Le sol

riable, avec des tons fondus, jaunes et blancs,

bubons humides, des crevasses qui hurlent côté de leur écriteau en bois peint : l’Impulsive, la Clepsydre, la Fontaine, etc.

ure, resplendit au milieu d'une vaste clairière Pot-à-Peinture (Paint Pot). C’est un bassin de

us fleurs aux nervures délicates. Les .

ons de ce lac épais et dense sont lentes, et ersistent longtemps avant de s’aplatir; elles se p sent et elles se rencontrent, a tous ces

s nouvelles, en au-dessus de cette pâte

08 les 2100) gracieux dessins. Une MAUR de

Lu et ere est ns de trous, déhiscences béantes au fond desquelles on en-

rte | Il est sept heures du soir quand nous de table. Devant le perron de l’hôtel, où les misses se balancent dans des fauteuils à bascule, les petits ours de la maison sont assis sur leur derrière Le et semblent monter la garde. Ces intelligents animaux savent qu'on à servi le thé, et qu'ils on attraperont au passage quelques morceaux de sus à É cre, dont ils se font une rente. Un vieux se ne gnard de l'infanterie qui campe dans les environs … | s'approche de moi, et me propose d’aller voir de près les gros ours en forêt, ajoutant, pour me : rassurer, que c'est la coutume. J'accepte, pour ne pas me distinguer, et je pars avec mon guide, 2 qui titube et balbutie, semblable à un homme ivre. Son chien nous L. la route à travers Le un marais qu'entretiennent les rigoles incessantes 6 : des geysers. Le crépuscule tombe peu à peu sur la clairière; il fait sombre quand nous arrivons à la lisière du bois de sapins. Mon compagnon: est très loquace, il me conte ses campagnes, la guerre. ; de Sécession, et ses sympathies pour l’armée fran- Le çaise. Comme nous passons près d'un troupeau … à de chevaux en pâture, je lui demande si les ours ne les attaquent jamais . TI np qe on. à

Sea

us à l'heure le te repas, et

e ils cessent d’être méchants quand ils sont s, on ne les craint pas. Une fois, en hiver, un d'eux vint montrer son museau à la porte

€ Les voilà! » Son

Doi st l’autre roux, et tous deux, épais, . avec u . urrare abondante et soyeuse, balançant

nfance.

Comme nous revenions de notre expédition, la

nuit était tout à fait tombée, et la œuerre. de Se À

cession n'était pas tout à fait finie. Mon héros :

ter, je lui tendis une pièce de monnaie. « J'aime-

tirait de temps en temps une bouteille de brandy pour arroser ses victoires. Comme j'allais le quit-

rais mieux du whisky », me confia-t:il. Je n’en avais pas sur moi. — « Prenez toujours, vousen … achèterez, mon brave », lui dis-je. Il secoua la tête. Les hôteliers ont la défense expresse de ven- Fe

dre des liqueurs aux soldats, et, comme il n’y a là aucune autre habitation, l'argent n’est qu'un

rond de métal inutile et encombrant, un signe sans valeur, puisqu'il ne représente rien. Ce sol- …

dat me donnait, sans le savoir, une application

pratique de la théorie des monnaies. Il fallut que

j'allasse moi-même au bar acheter le flacon

convoité. Mon ivrogne m'attendait dans l'ombre;

je lui portai furtivement sa bouteille, et je g'émis encore de ma faiblesse qui me fit encourager le

vice d’un guerrier si sympathique à l'armée fran-

çaise, au mépris de la discipline des armées américaines.

ei

J'étais de retour à l'hôtel à huit heures. Dans “

le hall régnait une agitation pareille à celle qui

précède les départs. Les dames mettaient leurs

waterproofs, et les gentlemen bouclaient leurs

œuêtres. Les guides attendaient, le bâton à la

main. C'était le moment de partir pour aller voir

ST, RS EL: re

uptia trande Li dH Dorlé : sur tele de l'hôtel pour huit heures et demie. Notre troupe se met re en marche, sous la clarté des étoiles encore rares et blanches, dans les teintes d’acier du ciel. Nous traversons le marécage que forment au bas de la colline les débordements des sources; nous gra- : vissons la pente. Sur le plateau dont le sol, fait

. dépôts calcaires, semble une plaine couverte de

neige, un groupe d’ombres noires et quelques lan- ‘ ternes nous indiquent l’orifice de la source, autour de laquelle plusieurs touristes nous ont devancés. se Ce sont des rires, des plaisanteries, des quolibets. Le geyser est en retard. Il devrait partir, et la surface de l’eau n'est pas encore ridée par le moindre bouillonnement.Comme au théâtre quand le rideau ne se lève pas, on murmure, on proteste. C’est un petit bassin qui n’a pas un mètre de large, un simple trou qu'entoure un bourrelet # épais de rocailles siliceuses, où dort une eau calme, ‘ limpide, qui reflète les étoiles à une profondeur . insondable. En plein jour, on dirait une citerne

dont les parois irrégulières sont dentelées et dote rées.

Autour des bords, on cause, on s’égaye, on salue a lune qui vient de se lever au-dessus des montagnes lointaines, argentant la plaine blanche et les jets de vapeurs. Des désertions se produisent

déja; des groupes rentrent à l'hôtel, Aux environs,

a ES 0:

\ autres geysers clapotent, détonent, jailissent à leur heure; toutes les trente secondes, la Clep-

sydre lance des fusées d’eau en forme d’artichaut ne. ses sifflements, son souffle asthmatique, ses gron- : k dements de chaudière lui valent les honneurs de la situation, car c’est elle qui fait le plus de bruit. Les autres geysers fument, crachent, gloussent … dans la mesure de leurs moyens. Les rangs des

spectateurs s’éclaircissent ; il est neuf heures et …

demie. Il ne reste plus que quelques jeunes gens. … On plaisante, on nargue le geyser sur son impolitesse. Un élégant touriste est monté sur le rebord rocailleux, d’où il regarde l’eau bleue et immobile à laquelle il adresse les admonestations les plus comiques. Tout à coup, au milieu de sa phrase, une sourde détonation l’interrompt; il n’a que le temps de se rejeter en arrière; en une seconde, on entend se rapprocher le bouillonnement qui sort des entrailles de la terre ; on en suit, pour ainsi dire, le trajet, par le son qui se rapproche à travers la cheminée qui plonge sous le sol; en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, … une gerbe énorme saute au-dessus du rebord à une hauteur de deux mètres : c’est le prélude. Fa J'ai assisté là à l’un des plus beaux spectacles. Dès que l’éruption atteignit sa plus grande hauteur, les touristes rentrèrent, fatigués par une journée de traite. Je leur en sus gré. Je restai seul dans ce désert, où la colline me masquait les

du ténps . des do j'étais ie au sauvage égaré, tel qu’il pouvait venir s’asseoir au bord des ue chaudes avant même que Christophe Co- Jlomb eût apporté à ces régions la nouvelle qu’il existait ailleurs un ancien monde. Les montagnes

boisées fermaient l'horizon; comme des flocons de ouate, les jets de vapeur des geysers s'échappaient de toutes parts des feuillages sombres, et s’illuminaient des rayons de la lune, comme les panaches de vapeur s’embrasent au reflet des feux d’une locomotive. L'air, d’une pureté étonnante, m'ap- portait les rayons des astres avec un éclat inconnu sous nos cieux, et la lune se détachait en avant du fond constellé, comme un disque d’arent devant un fond de velours. Autour de moi,

> plateau était morne, crayeux, tout blanc, bourune

ne une gerbe, suivie FT autre plus haute :

chaque jet dépasse le précédent en hauteur, comme

Fe

si, en retombant, il piquait le suivant d'émulation.

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