‹ Feuilles volantes (volume 2)Chapitre 11 sur 23 · A MATHEW ARNOLD · texte numérisé non relu

A MATHEW ARNOLD

Lv au banquet offert au poite anglais à Montréal, le i(i février 1833.

Plus rapide que n'est l'aile de la mouette Qui nargue les gouffres amers,

Euiportés par le vol de ta gloire, ô poète 1 Tes chants ont traversé les mers.

130 Feuilles Volavtes

Ils sont venus déjà, sur nos plages lointaines

Où la neige tombe à flocon, Nous appoi-ter, avec les doux parfums d'Athènes,

Comme un écho de l'Hélicon.

Ils sont \'enus souvent, troupe mélodieuse

D'oiseaux dorés du paradis, Secouer sur nos fronts leur gamme radieuse :

Et nos mains les ont applaudis.

Car, dans ces tiers accents, chacun croyait entendre

La flûte du divin Bion, Ou la lyre d'Olen mêler sa note tendre

A la fanfare d'Albion.

A Mathew Arnold 131

Aujourd'hui ce n'est plus ta muse channeresse

Qui franchit l'océan houleux, Pour verser un rayon du si)leil de la Grèce

Sur nos rivaoes nél mieux.

C'est toi-même, poète à la vaste envergure, Qui t'arrêtes sur ton chemin.

Pour nous faire admirer ta sereine fioure Et nous tendre ta noble main.

0 toi qui, si longtemps, des sources d'Hippocrène

T'abreuvas au flot transparent, Comme Chateaubriand et Moore, qui t'entraîne

Aux boi'ds olaeés du Saint-Laurent ?

Qui dirige tes pas vers nos montagnes blanches, Vers nos grands fleuves enchaînés,

Vers nos bois sans oiseaux, et dont les avalanches Tordent les lonf;s bras décharnés ?

A nos traditions b: étonnes et normandes Viens-tu demander leurs secrets ?

Ou réveiller l'essaim de farouches légendes Qui dort au fond de nos forêts ?

Croyais-tu, quand, vers nous, sur la vague féline,

Le vent du large t'apporta.

Voir surgir, à côté d'une autre Evangeline,

Quelque nouvel Hiawatha '<

A Mathew Arnold 133

Oui, sans doute ; et devant notre nature immense

Ton génie a déjà trouvé Le récit merveilleux, la sublime romance,

Le poème longtemps rêvé.

Au vent de nos hivers ta muse ouvre son aile ;

Qu'elle entonne ses chants hautains, Et lance à tous les cieiux, de sa voix solennelle,

Un hymne à nos futurs destins !

Qu'elle dise nos lacs, notre climat sauvage. Nos torrents, nos monts sourcilleux.

Nos martyrs, nos grands noms, et l'héroïque page Ecrite ici par nos aïeux !

Oui, prête-nous ta muse, A chantre d'Empédocle !

Et, chez nous, fils de l'avenir, Les âges passeront sans ébranler du socle

Le bronze de ton souvenir 1

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