A MME ALBANI
A l'occasion de son concert de charité à Québec, le 13 mai 1890,
N'est-ce pas, Albani — lorsque tu provoquais Ces appiu.uissements qui font tressaillir l’âme — Que tu t'es dit : — Ce bruit, ces bravos, ces bouquets,
C’est la Patrie heureuse et fière qui m’acclame ?
Et n'est-ce pas qu'aussi jamais tu ne rêvas, Sur ta route — chemin de rose et d’améthiste —
Accueil enthousiaste et concert de vivats
Mieux faæits pour enivrer et la femme et l'artiste ?
ET
Oh ! oui, c'est la Patrie ; et même plus encor ! Car, sur ton front nimbé que la gloire environne, Tu vois Québec, la ville au merveilleux décor,
Venir poser ce soir 8. prus fraîche couronne,
Et — tu le sais — ailleurs, si d’un éclat plus beau La richesse a doré de plus vastes coupoles, Québec, du sol sacré vénérable lambeau,
Est encor la plus chère entre nos métropoles.
Des plaines d'Abraham aux clochers de Saint-Roch,
On la verra toujours, par nulle autre éclipsée, Superbement drapée en son manteau de roc,
Du pays des aïeux sentinelle avancée !
Sa gloire est une chaîne aux immortels anneaux ; C'est la ville des preux et des grands coups d'épée ; Et quand ie vent, la nuit, siffle dans ses créneaux,
On sent passer dans l’air des souffles d’épopée.
Oui, Québec, Albani, c'est la cité des preux ;
Et du passant ému les pas deviennent graves,
S'il songe que chacun de ces pavés poudreux
A mêlé sa poussière à la cendre des braves,
Québec, c'est le foyer, l’âtre jamais éteint Où du patriotisme ardent couve la flamme ; Et son rocher géant qu’on voit dans le lointain,
C’est le mât du navire où flotte l'oriflamme.
Ailleurs, c’est l'avenir ; Québec c'est le passé ; Sur ses frontons témoins de luttes légendaires, A cent noms de héros se mêle entrelacé
Celui de nos Dantons et de nos Lacordaires,
Et puis, reflet serein des choses d'autrefois, La Poésie et l’Art plapent dans son enceinte : Pour nous tous, c’est Athène et La Mecque à la fois,
La ville académique avec la ville sainte.
du
Son forum, tour à tour pacifique et guerrier,
A la tente d'Achille et le salon d’Horace ;
Mais, que brille en sa main la palme ou le laurier,
Dans sa poitrine bat le cœur de notre race.
Enfin, c'est le berceau béni des anciens jours ; Le patrimoine auquel le sang même nous lie... Quand on l'aime une fois on l'adore toujours ;
Et quan. on l’a connu jamais on ne l’oublie,
Or, c'est Québec entier, à notre illustre enfant, Qui vient, ce soir — bonheur, hélas, bien éphémère ! — Ivre d'enthousiasme et le cœur triomphant,
T'offrir en sa fierté son doux baiser de mère.
Orgueilleuse de ses souvenirs immortels ; Elle salue en toi sa gloire rajeunie ; Et ses muses en chœur désertent leurs autels,
Pour rendre un solennel hommage à ton génie.