‹ Feuilles volantesChapitre 25 sur 137 · A MON PETIT-FILS · texte numérisé non relu

A MON PETIT-FILS

Toi que la vie à peine effleure de son aile ; Toi qui de l'innocence, au fond de ta prunelle, Gardes encor l'éclat vermeil ;

Enfant ! toi dont les jours sont pleins de douces choses,

Et qui ne vois, la nuit, que des chimères roses

Qui se penchent sur ton sommeil !

Toi qui goûtes encor les tendresses sans nombre

De celle devant qui s’effacent comme une ombre Toutes nos amitiés d’un jour !

Qui de purs dévoûments n’est jamais assouvie ;

Qui nous donne son âme, et qui nous fait la vie

Douce comme un baiser d'amour !

Toi qui sais les effets sans deviner les causes, Et qui souris de voir nos figures moroses S'épanouir à tes ébats ; Toi dont le cœur est comme une onde transparente, Et dont la foi naïve est encore ignorante

Des tristes choses d'ici-bas !

Ecoute ! il est un temps dans l'existence humaine,

Où, sous le lourd fardeau que l'âge nous amène, Le front se penche soucieux ;

Où le cœur se flétrit, où l'âme desséchée,

Comme une pauvre fleur à sa tige arrachée,

S'effeuille à tous les vents des cieux !

Un temps où les soucis, de leurs ongles arides,

Sur nos traits fatigués ont buriné leurs rides

Au milieu d'étranges pâleurs ; Où l’homme mûr, qui sent venir sa fin prochaine, Traîne derrière lui comme une immense chaîne

Dont les anneaux son des douleurs !

Une époque où souvent, gémissante ot blessée, Après avoir du ciel où Planait sa pensée

Vu fuir les blanches visions, L'âme humaine, égarée aux détours de lu route, S'achemine à tâtons dans les sentiers du doute,

Veuve de ses illusions !

Tu ne sais pas encor Pur quel triste mystère

On rencontre, parmi les puissants de la terre, Tant de fronts sombres et réveurs,,.

Crois-moi, même ceux-là sont peu dignes d'envie,

Car les fruits les plus beaux de l'arbre de Ja vie

Ont souvent d'amères saveurs !

Ab !si l'ange qui tient le fil des destinées,

A jamais suspendant le cours de tes :1nnées, Pouvait, d'un arrêt souverain,

Eterniser un jour sous ta paupière Eumide

Le rayon saint et Pur que ton âme candide

Fait luire dans ton œil serein !

Si tu pouvais garder ton enfance suave !...

Mais tu vieillis aussi ; ton front devient plus grave ; Bientôt ta raison va s'ouvrir

Aux secrets d'ici-bas qu’il nous faut tous connaître

Tôt ou tard, Ô mon ange ! — et ce sera peut-être

Demain à ton tour de souffrir !

Mais non ! de miel doré ta coupe est pleine encore : Souris à l'avenir ; ta radieuse aurore

Brille d'un éclat triomphant !

Mais aux déceptions que ton cœur s’accoutume !

Et qu'il arrive tard le jour plein d’amertume

Où tu regretteras de n'être plus enfant !

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