LE PREMIER DE L’AN
C’est le premier de l'An ! Allégresse partout !
On s’aime, on se caresse, on s’embrasse, on se choie...
Mais le premier de l’an, pour les petits surtout,
Est un jour d’ineffable joie,
Pour les enfants la vie est un céleste accord ;
Chaque nouvelle année au bonheur les invite : À cet âge naïf on ne sait pas encor
Combien le temps s’envole vite.
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Pour eux point de soucis, nul chagrin n’est profond ; Ces cœurs que rien ne blesse ont en eux leur dictame ; Et pourtant qui dira ce qui se passe au fond
Quelquefois de la petice âme ?
Je connais des parents qui, sur leur seuil joyeux, Ayant vu s'arrêter le spectre au front livide, — Des sanglots plein la voix, des larmes plein les yeux,
Se penchent sur un berceau vide.
Le pauvre ange est parti, par la mort emporté ;
— Pères qui m'entendez, Dieu vous garde les vôtres ! — lis ne blasphèment pas, non, Car en Sa bonté
Le ciel leur en a donné d’autres.
Tous trois sont là, groupés au milieu de monceaux De cadeaux radieux, — bonbons, tambours, épées, Chevaux de bois, soldats de plomb, frêles berceaux
Où dorment de roses poupées.
Oh ! les bons cris de joie ! oh ! la franche gaîté !...
Doux échappés du ciel, qui donc pourrait décrire Ce timbre d’innocence et de sérénité
Qui sonne en votre éclat de rire !
Le cœur gonflé, le père ose à peine parler ; Et, tandis qu’autour d'eux le frais essaim se joue, La pauvre mère est là, triste, et qui sent couler
Deux grosses larmes sur sa joue.
— Allons, dit le brave homme, en couvrant de baisers Les petits innocents à la voix de mésanges, Ces jouets sont à vous ; prenez et divisez
Entre vous trois, mes petits anges.
Or, comme l’on faisait quatre parts, étonné : — Pour qui, dit le papa, cette autre part entière ? Et, levant ses grands yeux : — C’est, répondit l'ainé,
Pour petit frère au cimetière !
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