‹ Feuilles volantes. Oiseaux de neiges (cent et un sonnets)Chapitre 17 sur 117 · VERS LUISANTS · texte numérisé non relu

VERS LUISANTS

A Mlle Pauline Guihal, de Nantes.

J'aime les grands chemins de France — ces allées De sable fin, on l'or mêle son clair semis — Qui contournent les monts et longent les vallées, Dans la placidité des boas endormis.

Je les aime surtout, quand les ronces des haies Leur font comme un ourlet de vert tendre, où reluit Au soleil du matin le sang des rouges baies, Et que des fleurs de flamme illuminent la nuit.

En Bretagne, souvent, le coup d'œil est étrange. Dans certains soirs obscurs, pas un pli de gazon, Pas un creux des talus que la bruyère frange, Où la goutte de feu ne rutile à foison.

Dans le genêt doré, sous l'ajonc d'énieraude, Partout la fleur brûlante allume son éclair : C'est un essaim vivant d*étincelles qui rôde Dans des lueurs d'aurore et de firmament clair.

On dirait les trésors, éparpillés dans l'herbe, De quelque écrin géant répandu sous nos yeux ; Ou plutôt les fragments de quelque astre superbe Qu'un choc terrible aurait égrené dans les cieux.

Ce sont des vers luisants. Un soir, un beau soir sombre Et tiède de printemps — par le chemin qui dort — Le caprice nous vint de pourchasser dans l'ombre Le vermisseau trahi par son écharpe d'or.

Mon amie avait fait un rets de sa violette. . . — Mon amie !. . . oh ! les bons souvenirs printaniers ! Et, pendant qu'au hasard je faisais la cueillette, Le blanc filet gardait les petits prisonniers.

J'allais par-ci par-là, perpétrant mes rapines De broussaille en broussaille où l'insecte avait lui, Jusque sous l'églantier tout hérissé d'épines, Dont la griffe souvent vengeait le ver et lui.

Et, tout en fouillant l'herbe et les buissons agrestes, Je m'imaginais voir le vol vertigineux Des planètes, au fond des profondeurs célestes, Jalouser le lambeau de tissu lumineux.

Qu'ajouterai-je? — Enfin, moisson d'étoiles faite, Bras dessus, bras dessous, nous rentrons au château ; Tout le monde applaudit, et la petite fête D'illumination s'improvise aussitôt.

Un beau parterre est là devant nous, riche nappe Où le printemps a mis ses plus fraîches couleurs ; Le voile s'ouvre : un flot phosphorescent s'échappe, Et des gerbes de feu roulent parmi les fleurs.

L'effet fut radieux. Les recoins les plus ternes S'éclairèrent ; c'était — spectacle inattendu — Comme une légion de petites lanternes Sous les feuilles cherchant quelque joyau perdu.

L'effet fut radieux à provoquer l'extase ; Les pétales bleu ciel, bronzés, diamantés, Les corolles d'argent, de pourpre et de topaze, Tout fourmilla soudain de magiques clartés.

C'étaient des lueurs d'or, des chatoiements de bagues, Un rayonnant fouillis des plus purs incarnats, Des reflets opalins aux miroitements vagues, Noyés dans la rougeur sanglante des grenats.

L'air était doux, le soir serein : nous nous assîmes En face, sur un vieux banc de pierre ; et longtemps, Le regard ici-bas, mais l'âme sur les cimes, Nous voguâmes au vol des rêves inconstants ;

Cependant que la nuit, moins sombre et moins voilée,

Nous donnait, par moments, l'illusion de voir

Du grand dôme d'azur la voûte constellée

Se mirer dans les fleurs comme dans un miroir.

Le lendemain, hélas ! — ici-bas tout s'efface — Lorsque, le soir venu, pour savourer encor Le spectacle charmant, nous vînmes prendre place, Il ne restait plus rien du féerique décor.

Plus de petits follets errants ! Par les pelouses, Les quinconces épais, les cailloux trébuchants, Et le réseau feuillu des charmilles jalouses, Les lampyres avaient trouvé la clé des champs.

Il en restait à peine un ou deux dont la flaninie Brillait comme à regret, tandis que nous disions — Voilà bien le symbole et l'image de l'âme, Avec ses songes d'or et ses illusions !

Tout te sourit d'abord, jeunesse inassouvie ; La lumière et les fleurs couronnent tes festins ; Mais pour le cœur qui veut recommencer la vie, S'il reste encor des fleurs, les flambeaux sont éteints

A UNE JEUNE FIANCEE

La veille de son mariage.

Un jour, Mademoiselle, un passant, presque un vieux, Vint s'asseoir au foyer béni de votre père, Et — vous gardez encor ce souvenir, j'espère — Fut charmé par l'éclat rêveur de vos grands yeux.

Vous étiez une enfant folâtre, un peu rebelle ; Chacun obéissait quand vous disiez : je veux ! Et, mutine, écartant le flot de vos cheveux, Vous riiez en voyant qu'on vous trouvait si belle.

Je vous fis quelque peu sauter sur mes genoux ; Mon baiser s'égara dans vos boucles soyeuses ; Et, malgré mon front grave et vos mines joyeuses, Une franche amitié s'établit entre nous.

Elle a duré. Plus tard, la douce jeune fille, Rayonnante, et dans tout l'éclat de son printemps, Remplaça par degrés l'espiègle de sept ans... Mais je restai pour elle un peu de la famille.

Je vous voyais grandir, hélas ! presque à regret Et pourtant j'écoutais d'une oreille ravie Monter autour de vous des murmures d'envie Contre celui qu'un jour votre cœur choisirait.

Le choix est fait enfin. L'âme sœur de votre âme A, dans un jour heureux, croisé votre chemin ; La main d'un fiancé s'est mise en votre main ; Vous n'êtes plus enfant : demain vous serez femme

C'est l'ordre universel, on s'en plaindrait en vain La nature en tout lieu suit sa loi souveraine ; Après le frais bouton voici la fleur sereine, De qui doit à son tour naître le fruit divin.

Oh ! ne l'oubliez pas, ee jour que le ciel dore En bénissant l'hymen de deux bonheurs rêvés, Ce jour si radieux, hélas ! vous le savez, L'ère des grands devoirs point avec son aurore.

Que Dieu jonche de fleurs votre nouveau sentier ! Qu'il guide votre esquif vers des rives ombreuses ! Et, s'il vous faut, pour faire envie aux plus heureuses, Notre vœu le plus cher, vous l'avez tout entier !

A tous les saints devoirs vous resterez fidèle : Vous naquîtes d'un sang qui ne saurait déchoir ; Et, dans la mère en pleurs qui vous bénit ce soir, De toutes les vertus vous avez le modèle.

Allez, soyez aimée ! et songez quelquefois Au vieil ami d'autan, qui, paupière mouillée, Avec le bon papa, le soir, à la veillée, Parlera bien souveut du bébé d'autrefois.

Celui que votre cœur aime entre tous les autres, Celui qui vous enlève au doux toit paternel, E n se liant à vous par un mot solennel, Va — loin de son pays — devenir un des nôtres.

Qu'il soit le bienvenu ! Nous aimons à genoux La France — son berceau — notre France sacrée. Et nous applaudissons à l'union qui crée Un doux lien de plus entre la France et nous !

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