A S. A. R. LA MARQUISE DE LORNE
Dans ces temps reculés où les rois de la terre Gagnaient sceptre et couronne au milieu des combats, Us menaient à loisir un peuple de soldats Au bout de leur épée ou de leur cimeterre.
Le progrès a vaincu ces puissants potentats. Aujourd'hui, dans la libre et loyale Angleterre, Le glaive se confie aux mains d'un ministère : La monarchie y règne et ne gouverne pas.
Pourtant, lorsqu'un bon vent vous guida vers nos rives, Nous mîmes à vos pieds bien des prérogatives Dont nous avions été si jaloux jusqu'ici ;
Notre respect vous fit plus grande qu'une reine ; Car, par les dons du cœur doublement souveraine, Vous régnez, ô princesse ! et gouvernez aussi !
La liberté, c'est l'air, l'espoir et la croissance.
A>T)RÉ Lefèvee.
LE "MAYFLOÏÏEE "
}Ii>s Mary Garfield.
Voyez-vous ce vaisseau qui plonge dans la lame ? On lit un nom de fleur à sa poupe sculpté ; C'est le berceau d'un peuple au gré des flots porté : L'Ange de l'avenir le protège et l'acclame.
Ceux qui le montent fuient un sol persécuté, Emportant avec eux les droits sacrés de l'âme ; Et l'on voit, dans les plis de leur noble oriflamme, Flotter au veut du ciel le mot de liberté.
Ils s'en vont au désert — ô sainte confiance ! — Pour y servir leur Dieu suivant leur conscience, Sans s'incliner devant aucun vain oripeau . . .
Et, destins inouis, ces preux au front austère Qui cherchaient pour prier un libre coin de terre, Sur la moitié du monde ont planté leur drapeau.
Tu chanteras tout bas, bien bas Tes doux refrains de femme.
De l'Eclusk.
au chevet funéraire de la reine Victoria.
Froide, et couronne au front, la morte bien-aiuiée Reposait sur un lit de rose et de jasmin ; Sombre, et debout devant la forme inanimée, Pleurait le fils d'hier, monarque de demain.
Non loin se prosternait une autre renommée, Artiste dont la gloire a doré le chemin, Diva cent et cent fois des foules acclamée . . . Le roi s'approcha d'elle et la prit par la main.
— Chantez ! dit-il : — Alors une voix chaude et tendre Vibra dans le silence auguste, et fit entendre Comme un long chant de deuil doucement sangloté. . .
Emotion suprême ! ineffable harmonie !
C'étaient la Royauté, la Mort et le Génie Qui mêlaient devant Dieu leur triple majesté !
Son front s'éclaire alors d'un fier rayonnement.
Paul Manivet.
A EHEA
C'est la Muse elle-même, ô Rhéa, qui t'inspire, Et t'ouvre à deux battants la porte du succès. Marche ! et nos cœurs émus t'aplaniront l'accès Des sommets où la gloire a fixé son empire.
Oui, nous t'applaudirons, noble artiste qui sais, Soit que ta voix éclate ou sanglote ou soupire, Animer parmi nous les héros de Shakespeare Du pur souffle de l'art et de l'esprit français.
Tous les sentiments vrais te palpitent dans l'âme. L'idéal même trouve un reflet de sa flamme Dans ton jeu plein de charme et de virilité ;
Et rien qu'au seul aspect de ta grâce candide, Chacun croit voir briller, sur ta tête splendide, L'étoile du Cénie au front de la Beauté !
Allez, mon navire aux grands mâts pavoises.
De Saint-Georges.