‹ Feuilleton des Mélanges religieux [microforme]Chapitre 1 sur 1 · Feuilleton des Mélanges religieux [microforme] · texte numérisé non relu

Feuilleton des Mélanges religieux [microforme]

Enveloppé dans la terrible conflagration du 8 juillet, l’atelier d’imprimerie des Mélanges Religieux a été totalement réduit en cendres ainsi que la presse au service du journal et une foule d’objets mobiliers dont la destruction hâtive autant qu’inopinée occasionne nécessairement à leurs propriétaires une perte considérable, Cette circonstance, sans parler du manque de local convenable, ni de besoins immédiats auxquels il devient urgent de pourvoir, oblige d’ajourner la publication des Mélanges Religieux. En annonçant cette suspension, le rédacteur de cette feuille présente aux souscripteurs des Mélanges ses remerciements les plus sincères pour le généreux et cordial encouragement dont ils ont bien voulu l’honorer; il prie en même tems ceux qui demeurent endettés pour abonnements de vouloir bien s’acquitter au plus tôt. Tous comprendront que par suite d’un pareil désastre, l’établissement souffre de grandes pertes; ce qui le met nécessairement à la gêne pour rencontrer des payements inévitables. Nous leur adressons avec nos adieux la lettre Pastorale qui suit par laquelle le vénérable chef spirituel de ce Diocèse rend compte de nos malheurs.

N. B. Nous prions les abonnés d’adresser directement à Mr. P. Leblanc, Prêtre, à l’Evêché de Montréal, tout envoi d’argent qu’ils auront à faire parvenir.

Lettre Pastorale de Mgr. l'Eveque de Montréal, au sujet du

grand incendie du 8 Juillet 1852.

IGNACE BOURGET, par la miséricorde de Dieu et la grâce du St. Siége Apostolique, Evêque de Montréal, etc., etc., etc.

Au Clergé Séculier et Régulier, aux Communautés Religieuses et à tous les Fidèles de Montréal, Salut et Bénédiction en N°. S. J.-C!

À la triste nouvelle du terrible incendie qui est encore fumant, nous avons tout quitté, N. T. C. F., pour venir mêler nos larmes aux vôtres, et nous consoler mutuellement de nos pertes communes. Hélas! est-il une douleur semblable à la nôtre! Si donc le ministère pastoral eût jamais un devoir impérieux à remplir, n’est-ce pas celui de la consolation, dans une aussi épouvantable calamité ?

En arrivant ici, on Nous a appris qu’il y a eu, au riilieu de cet inexplicable embrasement, beaucoup d’actes héroïques de dévouement et de résignation. Nous n’en avons pas été surpris, car Nous connais sions la vivacité de votre foi. Il convient toutefois que nous les renouvellions ensemble ces actes que la vraie religion commande, et du meilleur cœur possible, aujourd’hui que revenus du premier saisissement, nous nous trouvons réunis aux pieds des saints autels. Notre plume ne fait, pour ainsi dire, que transcrire ici ce que le sentiment a déjà gravé dans vos cœurs, pour en faire une profession publique et solennelle,

La main de Dieu s’est donc appesantie sur nous tous qui avons été dévorés par les flammes, et sur toute la ville, qu’un sinistre si déplorable a jetée dans une consternation impossible à décrire. Eh bien! commençons par dire avec les frères de Joseph : Nous le méritons bien, merito hec patimur. Avouons même que nous en aurions mérité bien davantage. Mais la main qui nous a frappés a été dirigée par un cœur paternel, le cœur de notre Dieu, qui est le plus tendre, le meilleur de tous les pères. Misericordie Domini, quia non sumus consumpti.

Assis tristement sur nos décombres, disons de plus, avec le St. homme Job: Le Seigneur nous avait tout donné : le Seigneur nous a tout ôté. Que son saint Nom soit béni.” Qu’allons-nous devenir ? Nous n’en savons rien. Comment subvenir à tant et à de si grandes misères ? C’est ce qui surpasse tout caleul humain. Tout ce que nous savons, c'est que c'est Dieu qui a soufflé, du souffle de sa colère, ce

feu que la main de l’homme n’a pu maîtriser. Cela nous suffit. Il a choisi pour l’allumer, ce feu dévorant, le moment où nos réservoirs d’eau étaient à sec. Il a lui-même tracé à ce feu, devenu en quelque sorte intelligent, sa route, pour qu’il épargnât ceux qu’il voulait épargner, et qu'il ruinât ceux qu’il voulait ruiner. En tout cela, il est adorable,

Puisque c’est Dieu qui l’a ainsi voulu, pourquoi ne le voudrions-nous pas? Oh! oui, Seigneur, nous le voulons, et de tout notre cœur. N’êtes vous pas le maître absolu de toutes choses? Vous avez commandé au feu de nous consumer, et il a obéi : maintenant, vous nous commandez la soumission à ce décrêt rigoureux ; nous sommes à vos pieds, et nous baisons avec amour, votre divine main, qui a déchargé sur nous un coup si terrible. Loin de nous le plus léger murmur. Nos lèvres ne s’ouvriront que pour vous bénir. Nos cœurs sont affigés ; mais ils sont calmes et résignés. O sainte résignation, vous faites aujourd’hui notre unique bien !

Maintenant que pour la plupart, nous sommes sans ressources humaines, nous n’avons plus à compter que sur le secours du ciel. Relevons donc notre courage, en nous remplissant d’une juste confiance, Celui qui nous a frappés, peut nous guérir, celui qui nous a tout ôté, peut nous le réndre

au centuple. Celui qui a fait de rien le ciel et la terre, peut bien nous bâtir quelques pêtités maisons

pour y achever lestristes jours de notre exil. Oh! oui, N.T. C. F., celui qui a soufflé lé feu dé sa colère, pour renverser de tond en comble nos édifices, peut bien souffler maintenant le feu de sa charité, pour les relever. Nous espérons danc en vous, Seigneur, et nous ne serons pas confondus.

Nous avons grand besoin que la compassion publique s’attendrisse sur nos maux ; ils sont si grands! Tâchons de la mériter. D’abord, soyons nous-mêmes compatissants. Rendons-nous de mutuels services, chacun faisant selon ses moyens et sa capacité. Que le malheur nous rende plus charitables, et ne fasse de nous tous qu’un cœur et qu’une âme. Aimons-nous tous dans les sacrés cœurs de Jésus et de Marie. Là il ne saurait y avoir de cœurs insensibles, encote moins de ces cœurs inhumains. Loin de nous ces hommes barbares qui profitent des grandes calamités pour s’engraisser de la substance des pauvres. Un seul de ces hommes sans cœur serait une plus grande calamité que l’incendie qui, dans l’espace d’un mois, a consumé trois grands quartiers de notre cité.

Que les charetiers donc ne profitent pas de la détresse de tant de familles qui sont sans abri, pour exiger un prix immodéré. Autrement ils attireraient sur eux et leurs familles de terribles anathêmes. Que ceux qui ont des maisons à louer s’en tiennent à des conditions justes et raisonnables, s'ils veulent ne pas mériter de subir quelque jour le même sort. Que ceux qui ont des effets, appartenant à autrui fassent toute diligence pour enretrouverles maîtres. Car le bien du prochain, celui des pauvres surtout, crie vengeance vers le ciel, quand on le retient, Que les forts aident les foibles ; que ceux qui sont en santé soignent les malades ; que ceux qui en ont le temps aillent consoler tant de pauvres familles, qui vivent sous la tente, exposés à ces épouvantables orages qui achèvent de répandre parmi nous la terreur et la consternation.

Surtout évitons, N. T. C. F., les excès qui déjà nous ont coûté si cher. On a bien des fois remarqué que les grands incendies sont la cause d’une grande démoralisation. Or c’est là tout ce qui aujourd’hui fait toute notre peine. Nous avons tout perdu; comme vous le savez; mais tout cela n6 sera rien pour nous, si notre ville épiscopale, loin de sé démoraliser, n’en devient qe meilleure; si on n’y entend plus de blasphêmes, si on n’y voit plus d’excès de boisson, si la vanité n°y étend plus son luxe ; si le serment y est respecté ; s’il ne s’y commet plus de fraudes ni d’injustices ; s’il n’y a plus de ces maisons scandaleuses qui à elles seules pourraient faire tomber tout le feu du ciel, Entassés comme vous l’êtes pour la plupart dans de petites maisons, vous êtes, N. T. C. F., exposés à un péle-mêle bien dangereux pour les mœurs, Veillez donc soigneusement pour que le scandale n’arrive point jusqu’à vous. Pères et mères chrétiens, qui mettez toute votre gloire à avoir des enfans purs et chastes, faites bonne garde auprès de ces chers et tendres enfans.

Anges gardiens de la ville, tenez-vous en sentinelle, sur les places pnbliques, dans les rues, dans les maisons, partout où il y a des cœurs innocents à préserver de la contagion du vicé : defendite nos in prælio. Saints et Saintes du Paradis, entendez nos soupirs. Ah! sanctifiez ces lieux dont la garde vous a été confiée : loca sanctificate. Bénissez ce peuple qui vous invoque avec confiance, dans les maux qui l’accablent: plebem benedicite. Veillez sur nous tous, pauvres pécheurs, et faites nous vivre en paix, au milieu des tentatives de nouveaux incendies et des menaces les plus alarmantes : homines peccatores in pace custodite.

Bon St. Jacques, vous n’avez plus de temple pour entendre nos soupirs ; mais vous avez un peuple qui vous aime, et qui vous prouve son attachement, en allant prier sur vos ruines.

Et vous, Divine Marie, vous n’avez plus d’autel au pied duquel puissent s’agenouiller vos dévots serviteurs, honorer voire très-saint et immaculé cœur. On n'entend plus le eri de confiance qui si soùvent s’échappa du cœur de vos enfans repentants: Marie refuge des pécheurs priez pour nous La

Ste à Le est not ins bor inc de voti

lesc réc

onz

ce feu dévou en quelque it ceux qu’il

ti, Seigneur, ? Vous avez soumission main, qui a e s’ouvriront résignation,

vons plus à d’une justé us le rendre tes maisons lé feu de sa e sa charité,

; ils sont si ons-nous de rende plus s les sacrés le ces cœurs 1r s’engraisde calamité

s abri, pour

anathêmes.

s'ils veulent ant à autrui vres surtout, : qui sont en familles, qui nous la ter-

1 des fois re- À tout ce qui tout cela ne leure; si on nd plus sôn y a plus de ssés comme 1 pêle-mêle e point jus-

et chastes,

; rües, dans ndite nos in nt la garde ce, dans les y nous vivre ss : homines

z un peuple r vos dévots

qui Si soûr nous La

Ste. Image, qui fut l'instrument de vos bontés maternelles et qui reçut tant d’hommages, ne brille plus à la place d’honneur que vous vous étiez choisie. Hélas! elle est toute mutilée et couverte de boue. Elle est encore toutefois l’objet de notre plus tendre vénération. Il nous semble n’avoir rien perdu, puisque nous possédons, dans nos appartements, cette vénérable Image, qui est pour nous le mémorial des insignes faveurs que vous ne cessez de répandre sur le troupeau comme sur le Pasteur. O Marie, bonne et tendre Mère de ce Diocèse, préserez-nous des désordres qu’ont coutume d’eatraîner les grands incendies : mala nostra pelle. Demandez pour nous la grâce de profiter de cette terrible calamité, afin de ne point aller brûler dans les feux de l'enfer, après avoir passé par ces feux de la terre. Obtenez à votre ville la grâce d’être meilleure : bona cuncta posce.

Sera la présente Lettre Pastorale lue aujourd’hui au Prône de toutes les Eglises de la ville, dans lesquelles se fait l'office public, et en chapître dans toutes les Communautés, le premier jour après sa réception.

Donné à l’Hospice de St. Joseph, sous notre seing et sceau et le contreseing de notre secrétaire, le onze juillet, mil huit cent cinquante-deux.

Place + du sceau.

t Ic. Ev. ne MONTREAL, Par Monseigneur,

J. O. Paré, Chan., Secrélaire.

Page 1