ACTE III
ISABELLE, à p>rt.
0 Dieu ! seconde ma tendresse !
Mes bras par toi seront plus forts !
ROCCO
Courage ! il faut desceller cette pierre;
Allons ! mon fils, seconde-moi !
ISABELLE, à pari.
Dieu juste, exauce ma prière!
En toi seul j'espère !
ROCCO
Seconde-moi !...
Isabelle aide Rocco à soulever la pierre qui bouche l'ouverture de la citerne ; mais les forces lui manquent et elle la laisse retomber.
ISABELLE
J’ai peur !
ROCCO
Pourquoi !
ISABELLE, à part.
En toi j’espère ! exauce-moi !
ROCCO
Ne tremble pas ! seconde-moi !
Allons, du cœur ! pas de faiblesse !
Etouffe en toi de . vains remords !
ISABELLE, à part.
O Dieu ! seconde ma tendresse!
Mes bras par toi seront plus forts !
Oui ! pour sauver celui que j’aime.
Le ciel m’inspire et veillera sur moi!
Un Dieu vengeur, à cette heure suprême,
Cher Galéas, combat pour toi !
Je brave la mort même :
- Mon cœur est sans effroi !
ROCCO, se rapprochant d'Isabelle.
Quels mots tout bas a dit ta bouche?
ISABELLE
Vous vous trompez ! je n’ai rien dit !
ROCCO
Sache te faire un cœur farouche !
ISABELLE
Je m’irritais de ce travail maudit!.,.
ROCCO
Allons, du cfpur! pas de faiblesse!
Etouffe en toi de vains remords!
ISABELLE
O Dieu! seconde ma tendresse !
Mes bras par toi seront plus forts!
Rocco et Isabelle soulèvent de nouveau la pierre et la renversent sur le bord de la citerne.
ROCCO
Malheureux !... J’ai cru <jue tu chancelais et que tu allais tomber dans ce gouffre.
ISABELLE
Le prisonnier a fait un mouvement!
ROCCO
Que nous importe? laissons-le dormir son dernier sommeil. Notre tâche est accomplie. — Viens!
ISABELLE
Regardez! — il se lève!...
GALÉAS, se soulevant lentement.
Quel est ce rayon de lumière?... Mes yeux affaiblis peuvent à peine distinguer les objets! Ah! je reconnais mon geôlier! Viens-tu enfin me donner le coup de grâce , digne valet de Sforza? Toi qui est resté sourd à toutes mes prières, exauce du moins celle-là ! La mort de Jean Galéas te sera bien payée par ton maître.
ISABELLE, à Rocco.
La mort de Jean Galéas?
ROCCO
Je t’ai dit que le malheureux avait perdu la raison.
GALF.AS, à Isabelle.
Qui es-tu, toi qui l’accompagnes! Ah! si ton cœur n’est pas fermé à toute pitié, ne me refuse pas une consolation que l’ai vainement imploréejusqu’ici. Dis-moi ce qu’est devenue laplus chère moitié de moi-même? dis-moi qu’lsabelle vit encore, et je mourrai en te bénissant!
ISABELLE, à part.
Grand Dieu!
ROCCO, bas à Isabelle.
Voilà ce que tu ne devais pas entendre, Fidelio, et que tu dois oublier. Suis-moi !