ACTE I
SFEFANO.
Oui, j’entends; une fille suit son caprice, n’est-ce pas, et ne fait pas difficulté de sacrifier au premier venu un pauvre imbécile qui a quitté ses bœufs et sa charrue pour lui plaire et s’est fait guichetier pour l’amour d’elle?
MARCELINE
Pour qui dites-vous cela, s’il vous plaît?
STEFANO
Oh ! ce n’est pas pour vous, mademoiselle Marceline ; vous avez un cœur loyal, je le sais, et vous ne voudriez pas désespérer un brave garçon qui se serait condamné à ouvrir la porte d’une prison cent fois le jour pour vous être agréable!
MARCELINE
Entendons-nous, monsieur Stefano! je ne voudrais pas désespérer un brave garçon à qui j’aurais promis quelque chose; mais si je ne lui avais rien promis du tout...
STEFANO
Eh! mademoiselle, est-ce qu’il n’y a pas pour les filles cent manières de promettre qui les engagent plus que toutes les paroles du monde: les yeux ne parlent-ils pas aussi bien que la bouche, et lorsqu’il y a six mois votre père a quitté la forteresse de Pavie pour venir prendre à Milan la place de l’ancien geôlier qui était mort, n’est-ce pas une promesse formelle que vous m’avez faite en me permettant de vous suivre?
MARCELINE
Je ne sais ce que vous voulez dire.
STEFANO
C’est qu’il n’v a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.
MARCELINE
N’êtes-vous venu ici que pour me quereller?
STEFANO
Non, mademoiselle, non; je ne veux pas vous quereller; mais je veux savoir une bonne fois pourquoi je vous fais horreur quand je n’ai pour vous que de la tendresse.
MARCELINE
Vous êtes injuste, Stefano; je vous jure que j’ai pour vous beaucoup d’amitié.
Vrai ? .
f, F1DKLI0.
MARCELINE
Sans doute...
STEFANI).
Mais alors...
MARCELINE
Eh bien ?...
STEFANO
Est-ce qu'avec un peu d'effort cette amitié-là ne pourrait pas devenir autre chose ?
MARCELINE
Et quoi donc?
Dl'O.
STEFANO, à part.
Allons, profitons du moment.
Je veux la forcer à se rendre.
MARCELINE, à part.
S'il vient me conter son tourment,
Feipnons de ne pas le comprendre.
STEFANO, s’approchant.
L'amour me dit de tout oser.
MARCELINE, à part.
Non, uon, évitons de causer!
. Haut, en s'éloignant.
Voyez mes pauvres fleurs... il faut les arroser.
Elle prend un arrosoir et §e dispose à arroser ses fleurs. STEFANO, à part.
Hélas! je n’ose plus rien dire,
Je sens mon espoir s’en aller.
MARCELINE, à part.
Quel air confus! il hésite! il soupire!
Ma voix le fait trembler!
Allons, hâtez-vous de parler.
STEFANO, à part.
Allons, c’est l’instant de parler!
Arec passion.
Ah ! je t'aime ! je t’aime !
Pourquoi ne pas dire de même?...
MARCELINE
Oui-da! pourquoi pas?