‹ FiesqueChapitre 30 sur 72 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

VERRINA

Ah ! mes concitoyens sont aussi ma famille;

Mais, non, c'est trop long-temps m'irriter de leurs fers,

C'est trop m'associer aux maux qu'ils ont soufferts ,

Ces indignes Génois, faits pour ramper sans cesse,

Sous le joug qu'un barbare impose à leur bassesse?

Toi seule, de tes soins m'apportant le secours,

D'un bonheur pur encor rempliras mes vieux jours.

Oh! ma fille , je touche au terme de la vie ,

A mon amour, au moins , on ne l'a pas ravie.

Le dirai-je? Souvent un horrible soupçon

A passé dans mon ame et troublé ma raison ;

Oui, Berta, j'ai cru voir et j'ai vu dans nos fêtes

L'infâme Octavio , dédaignant ses conquêtes ,

Muet, et, devant toi, tout-à-coup arrêté,

D'un regard insolent profaner ta beauté?

S'il osait!.. Sur mon cœur, oh! viens que je te presse,

Laisse-moi rassurer ma craintive tendresse!

BERTA

(,)uels présages affreux vous viennent agiter?

VERRINA

Dans ses lâches projets qui pourrait l'arrêter?

Tu le connais ! Mais , non , sa fureur ennemie

N'oserait d'un vieillard conspirer l'infamie; Je m'égarais, Berta, chassons un vain effroi, Je suis heureux encor, ma fille est près de moi ! Ecoute : les chagrins ont hâté ma vieillesse,

5o F1ESQUE.

Je veux à d'autres soins confier ta faiblesse;

Du jeune Manfredi j'ai reçu les aveux,

Il t'aime !.... Eh bien ! Berta , je comblerai ses vœux ;

Et, puisque notre gloire est à jamais fle'trie,

Détournant mes regards des maux de la patrie ,

Je veux de votre hymen allumer le flambeau,

Et voir votre bonheur en entrant au tombeau !

BERTA

Mon père i

Page 1