ACTE IV , SCÈNE IX
De qui le sauverait le trépas est juré!
DORIA
Qui t'arrête ?
A ma foi Doria s'est livre' ; Il pouvait, condamnant et Fiesque et ses complices, Au récit d'un esclave, armer tous les supplices. Il épargna mon sang, j'épargnerai le sien. Qu'on frappe! je vous sauve, et ne vous dois plus rien ! Partez : quelques soldats, protégeant votre fuite, De vos fiers ennemis tromperont la poursuite. Quittez Gène à l'instant.
DORIA
Insensé ! que dis-tu ?
Sous le fardeau des ans tu me crois abattu. Ces Génois révoltés, qui m'osent méconnaître, Vont,sous des cheveux blancs, trouver encor leur maître ; Par quatre-vingts hivers mon bras est affaibli ; Mais , au bord du cercueil , mon cœur n'a pas vieilli , Je suis ce Doria dont les mers étonnées Ont respecté les lois durant cinquante années ! Je n'accepterai point un indigne secours. Moi, fuir! égorge-moi; je t'ai livré mes jours; Un ami généreux à ta foi s'abandonne ; Va, couvert de son sang, mendier sa couronne; Demande à tes amis le prix de mon trépas ; Frappe, je suis sans arme, et je ne fuirai pas!...
Mais non .'près de trahir mon amitié crédule, A l'aspect d'un forfait, Fiesque troublé recule!... Eh bien , que son honneur me rende à mes soldats, Et qu'il vienne, s'il l'ose, au milieu des combats, Me disputer l'amour et le sceptre de Gène!
Vos soldats! malheureux! leur valeur serait vaine; Vous mourrez.
DORTA.
Que t'importe ? ouvre-moi le chemin , Que je meure du moins les armes à la main. Mais que dis-je? tu sais que ma garde fidèle Châtierait à ma voix une foule rebelle ; Qu'en loyal chevalier me rendre son secours, C'est exposer fon crime et hasarder tes jours; Tu ne l'oseras pas.
J'y consens.
DORIA
Je t'estime.
Que le sort des combats choisisse la victime. C'en est fait, l'un de nous demain aura vécu; Mais ie Doge, en grandeur, ne m'aura pas vaincu! Soldats!... C'est Doria que Fiesque vous confie.
Des soldats entrent.
Accompagnez ses pas et veillez sur sa vie;