CHAPITRE V
U^étade das urines Tient éclairier la patbogénle
de la fièvre tyiduolde.
La patfaogénie est basée sur la sdution des deux questions suivantes : i^ Quelles sent les causes génératrices de la maladie? 2^ Quel est le mode d'action de ces amuses sur l'organisme et comment eelui^ réagît-il sous leur influence?
On est aujourd'hui d'accord pour admettne que la fièvre typhoïde est une intoxication putride causée par
un poison d'origine animale mais encore inconnu. Tantôt ce poison se développe primitivement dans Fécouornie troublée par de mauvaises conditions hygiéniques; tantôt, il a une origine extérieure (sol, air, eau, aliments, contagion, etc.) et vient frapper un organisme en état de réceptivité morbide. Donc, on sait qu*il existe un poison, mais on discute encore sur s^ nature et sur son mode d'action. L*urologie peut- elle nous aider à éclaircirles discussions ? La lecture des chapitres précédents a dû démontrer déjà que si Texamen des urines ne pouvait rien nous apprendre sur Texistence et la nature du poison^ il était susceptible de jeter une certaine lumière sur la fa* çon dont Torganisme est frappé par la cause morbifique.
Je vais donc chercher d'abord si les indications que l'ont peut tirer des modifications de l'urine et si celles qui résultent des analyses du sang, de Tair expiré, etc., loin de se contredire^ s'asFsocient de manière à former un ensemble dont la résultante serait une sorte de statique chimique de la fièvre typhoïde, statique qui nous donnerait, non pas une idée directe du processus typhique, mais bien les conséquences de l'évolution de ce processus, c'est-à-dire, qui répondrait à notre dernière question pathogenique, à savoir : Quelle est la manière dont les causes morbiûques ont agi sur l'organisme ?
Gela fait, je verrai si la réponse que nous ferons à cette question, en un mot si la pathogénie basée sur cette statique chimique, peut rendre compte de la nature de quelques expressions symptomatiques de la maladie, en faisant connaître leur trait d'union avec les états morbides qui les engendrent. Gommé corollaire, il faudra s'assurre si le mode pathojgfénique que nous avons adopté
est capable d'expliquer toutes les modifications urinaires, sanguines, etc., trouvées dans les différentes formes et périodes de la fièvre typhoïde.
S'il y a concordance parfaite entre les résultats de cette triple étude, à la fois analytique et synthétique, la notion pathogénique qui en sortira, possédera une triple preuve de son exactitude, et Ton sera en droit d'en tirer des applications immédiates à la thérapeutique.
Malheureusement, ce cadre ne saurait être rempli d'emblée : nos connaissances actuelles ne permettent guère que de le tracer et d'indiquer quelques points de répère : c'est un essaie ce n'est rien de plus.
Quelles sont les modifications de F urine ^ du sang^ des gaz expirés, des matières fécales^ de la bile, etc. ; à quel processus morbide répondent ces modifications ?
Notre base d'opération est la fièvre typhoïde commune d'intensité moyenne. Voici Texposé des faits :
La somme des principes solides éliminés dans les vingt-quatre heures tend plutôt à augmenter qu'à diminuer, relativement à Tétat normal, puisqu'elle s'élève à 52 gr. 30 environ, tandis que la moyenne normale est de 50 gr. : cette légère augmentation a d'autant plus de valeur, que l'individu atteint ne mange pas, et que les produits éliminés proviennent, en majeure partie, de la désintégration de sa propre substance ; et de fait, on
sait que la fièvre typhoïde est une des snaladies qui maigrit le plus les sujets qui en «ont atteints (1).
Quels sont ces principes solides? Ce sont d'abord d« l'urée, puis des matières extraetivee, de Tacide urique et de ralbumine, puis des sels inorganiques* A rêtal normal, les ^els tMrgamques contenus Asha Purins sont pour la plupart d'origine alimentaire ; le reste provient de Tusure des tissus; dans la fièvre typhoïde, les sels de la première catégorie (chlorures, phosphates) <lnninaent considérablement ; ceux de la deuxième (imlfates) angmentent assez sensiblement. Unrée descend peu au-dessous du chiffre de Tétat de santé ; elle le dépasse même au début; quant à Y acide vrique et aux extractifs^ ils sont
(1) M. Thomas Layton a étudié, dans un travail fort bien fait, les
pertes de poids que les malades éprouvent dans un grand nombre
d*affections aiguës et chroniques (Etude sur Tinfluence des causes
qui altèrent le poids corporel de l'homme adulte malade. — Thèse de
Paris, 1868). Voici les résultats principaax «de ses investigations dans
les maladies aiguës :
I^Btte par }oar Jusqu'au momenl de la coavarjlescence.
Moyeime*
Fièvre typhoïde : 238 gr.
Pneumonie : Sfi7 igv.
Rhumatisme articulaire aigu : 373 gr.
La perte par jour est moins considéra'ble dans la fièvre typhoïde,
tuais -comme cette makidle dore plva longtemps qwe les deux mutMB,la
perte totale est plus grande. Cest là «ne conclusion ^ue Layton ji'a
pas tirée de ses recherches, mais qui en découle, d'après l'examen que
j*en si fait.
ViQici les chiffres :
Perte totale dapoiâe.
Fièvre typhoïde : «6531 {S ^ser^Bations),
Pneumonie : 5294 (4 obs.J.
Rhumatisme articulaire aigu : '5130 <(2 obs*). Je n'ai pris dans les ^servatkiBs td» Layton qoe celles ^ÊBL peuvent être considérées comme des types.
presqœ Subies, (ht trouve en outre de Valèumine ou de Valbuminose d'une manière constante. Gomme la quan* tité d'urine diminue un pea, >^i raison des pertes plus abondantes de liquide par la pean et surtout par Tinlestin, la densité augmente dans des proportions analogues*
Quelle est Tinductlon que l'on peut tirer de ce groupe de faits? C est que dans la période d'état de la fièvre iy^ phoède, U txiste une exagération de la désamimlatien, mais que tomief déchets de œlle-^ine subissent pas la même ém^ hui&n et qutme grande partie d entre eux demeurent à fétat de combustion imparfaite y qu'enfin la destruction est assez infuse pour fuune petite quasfUiti de matières protéiques etffrasses passent directement dans l'urine^ sans emairacûêa^ pli le moindre efet^tHe.
ludi^eonfirmation de «cette induction mous est donnée par les faits suivants :
Les matières fécaies entraînent de Talbumine, des 3els aminoQiacaTO d'origine évidemment azotée ^ proJoabi»m«nt albaminoide, des phosphates et dm chlorores; (Bemaîk, Ohahret, tête.) (i). La bile est riche en graisse^ en Jeucine et en tyrosâi^, qui sont Aussi des prcMiuits arrêtés dans leur évolutiom; ïair esyfiré contient un quart ou un cinquième d'acide carbonique en moins que dans Tétai normal (Ooyère, Hervier et Saint-Lager) {2); le eang iienferme im peu moinsd'albamine en «ir^ilation (Beoqoerel et Bodier}, inoins de fibrine, mais plus 4b
(1) Voir aussi Mal] eau. «- Sur le symptôme fétidUè (Thèse de ^afis, tSn^.
(2) P. Doyère. — Moniteur du hépitaux, t. Il» p. 97^
Herbier et Saint-Lager. «- Comptes rendus de V Académie des sçience$ t. XXVm, p. «35 et t. XXIV, p, 454.
matières extrac tives (Ghalvet, Hoepffner, Albert Robin).
Donc, il résulte de cet exposé général :
1^ Que dans la fièvre typhoïde^ la désassimUation est fer t augmentée^ un grand nombre d éléments anatomiques étant frappés de mort par la cause morbifique^ quelle qu'elle soit ;
2'' Que les déehéts de cette dénutrition sont très-imparfaitement brûlés^ qu'ils encombrent le système circulatoire et qu'ils tendent d s'éliminer par tous les émonctoires^ a f état de produits plus ou moins incomburés.
Quels sont maintenant^ parmi lés tissus^ ceux que le processus destructif atteint de préférence^ Sur ce terrain, des hypothèses plus ou moins rationnelles sont seules possibles, car une réponse certaine ne peut s'appuyer que sur l'expérimentation.
Les matières albumindides des tissus musculaires et du
sang paraissent être les premières qui soient touchées, comme le prouvent : la dégénérescence de Zenker, la diminution de la plasmine (un. cinquième d'après Denis) et l'augmentation des extractiFs dans le sang, la présence d'urée (Bibra) et d'une assez grande quantité de créatine et de créatinine (Schottin) dans le tissu musculaire, d'une part; Taugmantàtion des matières organiques azotées brûlées ou non brûlées dans l'urine, la présence de principes analogues dans les matières fécales et dans la bile, d'autre part.
Chose assez remarquable, les analyses de l'urine et du sang s'accordent pour démontrer que les globules sanguins sont moins détruits dans la fièvre typhoïde que dans d autres maladies. En effet, d'après l'analyse directe du
sang*, la quantité de globules reste normale ou tend même parfois à augmenter pour-Andral et Gavarret ; elle diminue à peine pour Becquerel et Hodier ; elle diminue un peu plus pour Denis (de Gommercy); pour M. Gautier, à la période d'augment, les globules rouges sont plutôt augmentés, tandis qu'ils tendent à diminuer peu à peu à la période d'état; M. Quînquaud reprenant la question avec des procédés nouveaux', a confirmé l'ensemble des opinions précédentes; pour lui, la fièvre typhoïde est une des maladies fébriles qui diminuent le moins la quantité d'hémoglobine contenue dans le sang (1). D'un autre côté, les analyses de l'urine montrent que ceux de ses chromatogènes et de ses pigments qui dérivent plus immédiatement d'une destruction normale de l'hémoglobine, c'est-à-dire, Turohématine et rurochrome,sont normaux ou diminués, et que les pig^ments qui proviennent d'une destruction globulaire exagérée, c'est-à-dire, Thémaphéine et i'uroérythrine, sont absents ou du moins très-rares : la bile enfin, contient moins de pigment, fait important à noter quand oji se souvient des rapports qui unissent la bilirubine et l'hématoïdine. Qu'une phlegmasie survienne dans le cours de la fièvre typhoïde, ou que la maladie débute avec des allures inflammatoires, les globules rouges diminuent dans le sang (1), et l'on
(1) Quinquaad. — Corriptea rendus de V Académie des sciences^ 1873.
1 Hémoglobine de la fièvre tjpholde, de 91 à 120 pour 1000.
(1) Voir A. Gautier. — ioc. cit., T. H, art. Pathologie du sang.
granulie,
pneumonie,
rhumatisme articu-
laire aigu.
fièvre intermittente,
pleurésie,
trouve dan» V urine ^ sort une plus grande quantité d'nro* hématine ef d^urochrome^ soit de ïl^émsuphémB on de l'nroéorythrine. Ce fait pourrait servir à différaieiOT'peiit* être laOévre typhoïde des phlegmasies; la première s'aètaque à tout T organisme et surtont aux albnminoides et aux muscles ; les secondes tuent prhicipalemeni les glo* bules rouges : les analyses du sang et des urines paraissent bien d'accord sur ce point»