‹ Fièvres de surmenageChapitre 3 sur 56 · Séances du 14, 21,28 juin 1887 et suivantes · texte numérisé non relu

Séances du 14, 21,28 juin 1887 et suivantes

faciès typhique, hébétement, hésitation clans la marche, vertige, etc., et de quelques symptômes classiques dans la dothiénentérie tels que décubitus dorsal, prostration, céphalalgie, gargouillement dans la fosse iliaquedroite, douleurs musculaires et sentiment de lassitudë extrême.

Une étude plus approfondie, la recherche de l’étiologie et surtout l’évolution de la maladie nous faisaient écarter bientôt l’idée de fièvre continue, car nous n’avions pour confirmer notre diagnostic les nombreuses autres manifestations de cette maladie, pas d’épistaxis, pas de ballonnement du ventre, pas de taches rosées lenticulaires, pas de diarrhée, etc. ; mais, alors même qu’elles auraient existé, comme cela a été observé dans d’autres cas, le thermomètre aurait suffi à juger la question, car jamais nous n'avons constaté le tracé de la fièvre typhoïde.

D’ailleurs, en peu de temps, ces malades guérissaient, et dès le quatrième ou cinquième jour, tous les symptômes s’amendaient rapidement par le simple effet du repos au lit. Le thermomètre descendait au chiffre normal dans les cas où il y avait eu état typhoïde avec hyperthermie, car nous en avons pu constater où le malade était apyrétique malgré le faciès et les allures d'une dothiénentérie.

Quelle était donc cette affection qui se présentait à nous avec des caractères nettement typhoïdes et qui n’était pourtant pas une fièvre continue tout en s’imposant comme telle au premier abord ?

11 nous aurait été difficile de répondre à celte question si, pour la résoudre, nous avions fait appel à l’enseignement de nos livres classiques, muets à ce sujet, ou à no-

Ire jeune expérience acquise pendant nos premières an» nées d’externat dans les hôpitaux.

Nous aurions certainement commis une erreur de diagnostic, car nous aurions été tenté de déclarer nos malades atteints de fièvre synoque, d’embarras gastrique fébrile ou même de fièvre typhoïde abortive, si, pour nous tirer d’affaire, nous n’avions eu présentes à la mémoire les récentes leçons professées à la Faculté par notre excellent maître, M. le professeur Peter, à la suite de la communication faite à la société médicale de Genève par le professeur Révilliod, travail inspiré par la remarquable thèse de M. Carrieu, agrégé de Montpellier, documents qui tous viennent à l’appui de la savante doctrine de Vaulo-lyphisalion enseignée depuis 1869 par M. Peter.

Nous appuyant sur cet enseignement, nous avons cherché la cause de ces divers états pathologiques que nous avions sous les yeux, et nous avons pu nous convaincre facilement qu’elle était unique et constante.

Cette cause c’était la fatigue , première étape d’un état pathologique extrême, le surmenage , qui peut engendrer des désordres graves avec lésions permanentes et se terminer parfois par la mort.

C'est à l’occasion des faits observés par nous que nous avons entrepris des recherches sur les états typhoïdes que produit la fatigue et la persistance de la fatigue poussée jusqu’à ses dernières limites, jusqu’au surmenage. Nous nous sommes efforcé aussi de chercher à en expliquer le mécanisme en appliquant à ces faits les dernières découvertes de la chimie biologique.

Bien que cette étude soit de date récente, les observa-

tions d’états typhoïdes à la suiLe de surmenage ne manqueraient pas; mais, comme nous l’a dit fort justement le Dr Gayla, ancien interne des hôpitaux, qui a eu l’obligeance de nous fournir verbalement une observation : si tout le monde à peu près en a vu la plupart ne se donne pas la peine, bien à tort, de consigner ces faits dans leurs notes et parce que, en général, la guérison survient en peu de jours, dès que le malade s’est reposé, et parce qu’on ne comprend pas assez jusqu’où peut conduire la pathogénie du surmenage.

A propos delà courbature fébrile, M. Eloy(l) avait dit de même, fort spirituellement : <r II en est de quelques « états morbides comme des visages vulgaires. Chemin « faisant on les rencontre sans s’y arrêter et on les voit « sans les regarder. Ce sont des physionomies de chaque « jour que tout le monde connaît, qui sont familières, et « dont cependant on n’essaie guère d’analyser ou de fi- « xer les traits. »

Nous allons tâcher de le faire dans ce travail au sujet des fièvres de surmenage et, pour y parvenir, nous avons réuni un certain nombre d’observations d’après lesquelles nous prouverons les dangers qui menacent notre organisme tout entier quand il s’expose à un travail excessif, constant et au-dessus de ses forces.

Nous serons bref sur les lésions localisées, sans état général, produites par l’excès de fatigue. Elles ont été bien étudiées à plusieurs reprises.

1. Eloy. De la courbature fébrile. Union médicale, de 1884, p.

Nous nous attacherons surtout à la description des états typhoïdes causés par le surmenage.

Avant de pénétrer dans le cœur du sujet qu’il nous soit permis d’adresser publiquement, à notre très honoré maître, M. le professeur Peter, l’expression de notre reconnaissance pour la haute bienveillance qu’il n a cessé' de nous témoigner pendant nos dernières années d’externat et tout récemment à l’occasion de cette étude. Puisse-t-elle être, d’après ses encourageantes paroles : « intéressante autant qu’elle est utile et neuve. » Mais, nous n’oserions y prétendre malgré tous nos efforts pour la rendre telle et nous nous recommandons à la bienveillante indulgence de nos juges.

Nous ne saurions trop remercier également M. le professeur Peter de l’honneur qu’il nous a fait en acceptant la présidence de notre thèse.

Que notre excellent maître M. le professeur Damaschino, que M. le professeur Le Fort qui a eu l’extrême complaisance de nous remettre deux observations très intéressantes recueillies dans sa clientèle de la ville, et tous ceux de nos parents, de nos maîtres et de nos amis qui nous ont aimé, guidé- encouragé, daignent accepter l’hommage de notre sincère gratitude.

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