‹ Fièvres de surmenageChapitre 30 sur 56 · Bouchard. — Inc. cit. leçon du 16 avril -1885, p · texte numérisé non relu

Bouchard. — Inc. cit. leçon du 16 avril -1885, p

SYMPTOMATOLOGIE.

Dans l’étude de la symptomatologie des états pathologiques produits par ce degré de la Fatigue qui constitue le surmenage trois processus différents se présentent à l’observation du médecin, bien qu’ils revêtent tous un caractère commun : Vèiat typhoïde.

De là trois grandes divisions que nous adopterons dans leur description :

1° État typhoïde sans fièvre.

2° État typhoïde avec fièvre, mais sans lésions.

3° État typhoïde avec lésions passagères ou permanentes.

Si l’action fatigante à laquelle se sera exposé ou aura été exposé un individu est passagère, de peu d’intensité, un trouble purement dynamique en sera le résultat, et nous observerons la première étape du surmenage : état typhoïde, mais, pas de fièvre. C’est une forme légère.

Que l’excès de travail soit prolongé pendant un temps suffisamment long, qu’il se renouvelle à chaque instant sans que des périodes régulières de repos lui succèdent, nous aurons affaire à la deuxième forme, la plus communément observée, la véritable fièvre de surmenage qui est le plus souvent une forme aiguë.

Jusqu’ici les liquides de l’organisme sont seuls altérés.

Mais, si la fatigue se prolonge indéfiniment, pour ainsi dire, constamment produite et entretenue par une cause

à peu près permanente, dépendant de conditions hygiéniques ou sociales, et si l’individu offre moins de résistance parce que son organisme aura été auparavant affaibli ou qu’il aura passé à plusieurs reprises par les degrés antérieurs, nous verrons apparaître, la troisième phase avec son cortège obligatoire de lésions des solides. Cellesci intéresseront de préférence certains organes : le cœur et les vaisseaux, les reins comme dans la plupart des maladies infectieuses, parfois aussi la moelle.

Pour être moins commune que la précédente cette forme n’est malheureusement pas rare, tant s’en faut, dans l’espèce humaine. Elle pourrait être décrite sous le nom de forme grave. Nous laisserions ainsi plus volontiers la dénomination de forme suraigüe à celle où la mort survient avant qu’aucun des phénomènes du surmenage n’ait eu le temps de se produire.

Cette dernière forme est plus spéciale aux animaux, mais on pourrait citer néanmoins de nombreux cas concernant les hommes. Tel celui du soldat de Marathon qui voulant porter le premier la nouvelle de la victoire à sa ville très éloignée du champ de bataille :

... « partit, fier coureur, agitant un laurier,

... et mourut, dès qu’il fut au terme du chemin,

Épuisé par sa course effrayante et sans trêve ! »

comme l’a dit le poète Renaud.

A rapprocher le cas du jeune Fribourgeois qui tomba mort sur la place de Fribourg en annonçant la vict ire, et peut-être aussi celui de Léandre d’Abydos qui mourut d’épuisement en traversant l’Hellespont à la nage, égaré

par un faux signal de la prêtresse Héro qu’il aimait (Ovide).

Des faits analogues très nombreux existent cités dans les Annales militaires. En juillet 1879 après une marche de 35 kilomètres faite par un régiment de Bersailliers, deux moururent une heure après leur arrivée, et près de 200 furent laissés en route.

Tous ces derniers faits de surmenage suraigu pourraient faire l’objet d’une quatrième division.

D’après ce qui précédé nous voyons donc que des degrés dans la cause réalisent des lésions qui se succèdent dans un ordre déterminé et qui ébauchent comme des séries morbides analogues à celles sur lesquelles insiste M. Peter, prouvant encore une fois la vérité du vieil adage <r Nalura non fecit saltus. d

Avant de passer en revue rapidement quelques observations prises comme type nous croyons devoir rappeler que, dans cette étude nous n’avons pas pour but de décrire tous les états pathologiques qui sont produits par la fatigue et le surmenage. Nous l’avons dit dès le début, nous n’avons en vue que les états typhoïdes qui leur sont consécutifs. Sans cela avant d’étudier la forme apyrétique que nous avons admise, en premier lieu il nous faudrait parler de la courbature, du lumbago, états de l’organisme qui peuvent exister seuls à la suite de fatigues, mais où souvent il faudra chercher un autre élément, le froid ou le rhumatisme. 11 nous faudrait aussi citer les crampes douloureuses dans les membres supérieurs à la suite d’exercices d’escrime ou de gymnastique, ou dans les mollets après une journée de marche ou une longue promenade à cheval ; ces crampes douloureuses peuvent

s’accompagner de raideur musculaire et articulaire, de fourmillements et de plusieurs autres symptômes de lassitude, tendance au sommeil pesant et lourd, ou insomnie avec agitation.

Ce sont là des phénomènes de fatigue simple qui ne rentrent pas dans le cadre de ce travail tant qu’ils ne s’accompagnent d’un état général, aux allures typhoïdes.

La courbature fébrile, très bien décrite ailleurs (1), lorsqu’elle revêt ce caractère appartient au nombre des faits sur lesquels est basée notre 2e division.

C'est donc le surmenage lui-même, c’est-à-dire la fatigue dans son évolution très avancée dont nous avons à cœur de décrire les manifestations pathologiques.

Voyons maintenant comment les choses se sont passées chez la malade qui fait l’objet de l’observation I où nous avons constaté un état typhoïde sans fièvre.

Nous sommes en présence d’une paysanne jeune, âgée de 20 ans, réglée depuis peu, qui vient de quitter il y a deux mois à peine le travail régénératur des champs pour entrer comme bonne à tout faire dans un modeste ménage parisien. Elle a quitté l’air pur de la campagne pour se livrer à des travaux dans un air confiné.

Huit semaines après son entrée en place elle présente lin état morbide où l’élément nerveux domine en partie. Il y a céphalalgie intense et persistante, frissons, insomnie, douleurs lombaires et sentiment général de courbature, vertige avec chûte, mais sans perte de connaissance.

Toute l’économie semble atteinte par la diminution des

Page 1