B. A. ms. 118J6, f
-J. Mémoire do Julie pour le duc d'Orléans, I avr. 1753, ibid., f. 421.
H. Ibid., f. 83 V".
et faisait parvenir ses bulletins à l'inspecteur Buhot.
En 1753, Julie n'avait que vingt-huit ans et, déjà, il était réduit à la misère. Ses maigres émoluments d'exempt de robe-courte ne pouvaient suffire à le faire subsister. Traqué par ses créanciers, il achetait à crédit du drapier Ledentu une pièce d'étoffe qu'il mettait en gage pour 120 livres. La vie joyeuse l'avait mené là. En 1753, il n'avait plus qu'une maîtresse, mais une maîtresse adorée et coquette. C'est ainsi que Charles de Julie était devenu chef de « petites nouvelles ».
Son principal collaborateur se nommait Nicolas Willemin de Coin, avocat au Parlement de Metz, ville dont il était originaire et où il comptait des parents dans les premiers rangs de la société, notamment les Du Buat, grande famille de robe. Fréquentant les meilleures maisons et répandu dans le monde des théâtres, Willemin de Coin servait de « mouche » à Julie, dont les « petites nouvelles >> s'alimentaient des rapports qu'il lui rédigeait. Lui aussi avait dissipé une assez jolie fortune et Julie était entré précisément en relations avec lui le jour où, comme exempt de robe-courte, il s'était trouvé porteur contre Willemin d'une contrainte par corps. Il profita du pouvoir qu'il avait de l'arrêter, pour l'arrêter ... comme reportera Fonctions dont Willemin devait s'acquitter à merveille, car, depuis 17i'J, il était déjà employé par la police en
1. Intorr. de Willemin de Coin, 13 août 1753, B. A ms. 11 846, f. 75 v".
qualité d' « observateur » des femmes galantes. Il rédigeait à cet effet pour le Magistrat des bulletins concernant les « trois spectacles » : Opéra, Comédie française et Comédie italienne, bulletins conservés en partie. C'était Tune des sources où puisait Tinspecteur Meusnier pour ses fameux mémoires, si souvent consultés et cités de nos jours, sur le personnel de la galanterie parisienne, actrices et femmes du monde. A ce titre, Willemin de Coin recevait de la police cinquante écus par mois^, touchant des deux mains, car il en vint à fournir les mêmes « mémoires » à Charles de Julie, w Le sieur de Coin, écrit rinspecteur JMeusnier, est payé, tant par La Jannière (lieutenant de robe courte) que par moi, du travail qu'il donne également à Julie.
Outre cet avocat, Julie employait comme reporters deux femmes. D'abord la « fameuse Dupont », une mereirix — Meusnier se sert du mot français — achalandée, « qui va souvent chez Julie, écrit notre inspecteur, et qui l'instruit de tout ce qui se passe chez les femmes et ailleurs. Depuis rétablissement de ce nouveau bureau de cori*espondances , on remarque qu'elle est alerte à recueillir des nouvelles"-. » Puis la nommée Louison, gouvernante du sieur Desnoyers ^. Ce Desnoyers était une manière d'intendant et d'agent d'affaires, en rapport avec nombre de gens de qualité. Enfin plu-
L Rapport do Meusnier, 4 août 1753, B. A. ms. 11846, f. 18.