‹ Figaro et ses devanciers. Avec la collaboration de Paul d'EstréeChapitre 120 sur 178 · K) mai Hll, P.. A. ms. 11 193, f. 20C · texte numérisé non relu

K) mai Hll, P.. A. ms. 11 193, f. 20C

cafés, échos des salons, confidences de couloirs, Lavardag-cs de coulisses, Timagc vivante, animée, pittoresque, d'une société aimable, spirituelle, préoccupée de satisfaire ses goûts de plaisir et de galanterie; politiquant par occasion, car dans ces feuilles on trouve aussi le récit des intrigues de cour, la critique favorable ou hostile des actes du gouvernement, enfin un bref récit des événements militaires. Le romancier lourd et prolixe se transforme en nouvelliste vif, amusant, léger, qui a le sens du pittoresque, présente faits et gens en tableautins colorés, sait faire vivre ce qu'il touche. Suivons-le au Palais Royal, parmi les « nouvellants », une de ses sources d'information :

27 lévrier 1744. — La rage pour apprendre des nouvelles est au point que, pour peu qu'on vous croie répandu dans le monde, vous êtes sûr d'être arrêté à chaque pas par une inlînité de gens qui ne vous sont pas connus.

Il s'agit là de Mouhy lui-même.

Cette fureur est si grande que, lorsque quelqu'un vous parle à rorcille, les nouvellistes accourent sans s'embarrasser si on le trouvera bon ou non, et vous écoutent le plus près qu'il leur est possible. Ils s'attirent parfois des désagréments; rien ne les rebute; ils ne font quartier à personne; rien n'est plus singulioi' que leurs démarches....

Le .j mars, les pelotons du Palais-Royal s'entretiennent d'un récent combat naval :

Sur les midi, un débita que M. de Court avait ])iis aux

Anglais huit vaisseaux, qu'il leur en avait brûlé ou coulé six et qu'il était encore à leur poursuite. Le doute, qui accompagna cette nouvelle, la fit croire d'abord sobrement, mais, sur les quatre hcuies, ayant été confirmée, sans trop savoir pourquoi, elle l'ut adoptée comme certaine. Les visages épanouis et radieux vous annonçaient le triomphe. Il semblait que chacun eût eu sa part à la victoire. Osiez-vous demander une autorité ou en douter? vingt louis brillaient à vos yeux pour vous obliger à en faire le j)ari. Enfin c'était une ivresse. Une heure après, les doutes sont venus à la traverse. L'abbé Maline a été chez Mme Daugny, qui avait été citée pour avoir reçu de Mme de Betz une lettre qui lui mandait la nouvelle. Il en est revenu sans coniirmation. La même chose est arrivée de différentes autres citations. La rage s'est emparée des esprits. 11 est cruel de revenir des clioses flatteuses qu'on croit. Les nouvellistes furieux ont juré qu'ils ne croiraient plus rien, et Carpas, de rage, est sorti en grondant du Palais-RoyaL

On dit qu'avant-hier le roi plaisanta sur la nouvelle en disant :

— Je parie, s'il fait beau, que les nouvellistes du Palais- Royal en sauront plus que moi, parce que je n'ai qu'une lettre et ([u'ils en voient de toutes parts.

Aussi les papiers-nouvelles de notre policier ontils obtenu, au xix*^ siècle, à deux reprises, les honneurs de l'impression, d'abord dans la Revue rétrospective de Taschereau', puis dans Tédilion in-12 de Barbier, où cette correspondance a été publiée sans nom d'auteur. Le hasard des ventes publiques avait rendu Victor Schœlcher possesseur d'un certain

1, Année li3L

nombre de ces bulletins dispersés le 14 juillet 1789, D'autres se retrouvent dans ce qui reste des Archives de la Bastille à la Bibliothèque de l'Arsenal '.

Enfin Mouhy ne fut pas seulement le « fcuilliste » de la police et celui de Voltaire, mais encore, de 1741 à 1747, celui du duc de Lorraine, le bon Stanislas Leszczynski. L'importante série de gazetins, aujourd'hui conservée à la Bibliothèque de la ville de Nancy, sous le titre, qui serait à modifier, de « Correspondance diplomatique- », n'est autre chose que la refonte et la mise au net de nouvelles à la main, sur la politique, les opérations militaires, les affaires étrangères, le monde et la Cour; l'article de Paris vient de l'officine de ÎMouhy''. De loin en loin, un original y accompagne la rédaction, calligraphiée, destinée à Stanislas \

Notre homme, en quête d'informations, interviewe les personnalités en vedette, partout où il les peut happer, dans la rue, au café, au théâtre, à dîner, dans les salons particuliers. « Je trouvai

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