Dictionnaire de Trévoux
■2. c Journal de l'assemljlée du Luxembourg >>, par l'abbé do Clioisy. B. A. ms. 3186. f. n5-':i-2.
LA l'AROISSK. 265
lieu le mardi, croù leur nom, les « martiales », sans que, pour cela, on s'y entretînt plus particulièrement crafTaires militaires; les réunions chez Ménage, le mercredi, étaient nommées les « mercuriales »; ailleurs c'étaient les « joviales », qui se tenaient le jeudi, dies Jovis; le vendredi — ici pas d'adjectif, et pour cause, — un groupe de nouvellistes prenaient séance dans la bibliothèque du Président Bignon ; les samedis de Mlle de Scudéry étaient des plus recherchés. Chapelain, ardent nouvelliste, y figurait au premier rang. Un procèsverbal en était rédigé par Pellisson, d'où sortit la (c Chronique du Samedi ».
On citait encore les « assemblées » tenues chez le maître des requêtes Villevaut, rue Hautefeuille; chez Herbelot, rue de Condé ; chez le marquis de Dangeau, place Royale; chez l'abbé Roque, rue Guénégaud; chez le chevalier Chassebras de Rréau, au carrefour Saint-Benoît ; les « cabinets » de M. de Fontenay, de M. Ilennequin, procureur au Grand-Conseil, des abbés Bourdelot, d'Aubignac, et combien d'autres !
Les correspondances contemporaines indiquent nettement que ces « cabinets » étaient autant d'assemblées de nouvellistes auxquelles étaient admis, et même spécialement conviés, les professionnels : vraies académies de journalisme, et, dès lors, le nom leur en est donné.
Le roi honora plusieurs de ces « assemblées », de ces « cabinets », de ces « académies », en leur accordant lettres patentes; et l'Académie française
elle-même n'a été que la consécration par Richelieu d'une assemblée de nouvellistes, semblable à celles dont nous parlons, h telle enseigne que, dans l'origine, l'Académie française était nommée « l'académie gazétique ».
Dans la première moitié du xviii'' siècle, la plus célèbre de ces réunions fut le club de TEntresol', qui vécut sept ans (1724-1731). Il avait pour président l'abbé Alary, de l'Académie française. On se réunissait chez lui, place Vendôme, à V entresol d'une maison appartenant au président Hénault.
« Tout le monde savait nos jours, dit le marquis d'Argenson, et, le samedi soir, dans les bonnes maisons de Paris, où nous allions souper, on demandait:
« Quelles nouvelles, car vous venez de l'Entresol ? »
Le gouvernement, ennemi des nouvellistes, en devait prendre ombrage. Les membres de l'Entresol jugeaient la politique des ministres, discutaient les traités conclus ou à conclure avec les puissances étrangères. Quelques ambassadeurs en portèrent plainte-. Que si le cardinal de Richelieu n'eût précédemment mis sous la tutelle de l'Etat le « cabinet » de M. Conrart, ie cardinal de Fleury eût pu constituer en Académie française le « cabinet » de l'abbé Alary. La place était prise, il ne restait qu'à supprimer l'EntresoP.
1. Mémoires du marquis d'Argenson, éd. Rathery, Paris, 1867, I, 91.