‹ Figaro et ses devanciers. Avec la collaboration de Paul d'EstréeChapitre 156 sur 178 · Mss · texte numérisé non relu

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la « République des lettres ». Le rédacteur de la gazette manuscrite de la Mazarine copiait dans les registres de la Paroisse les articles qu'il estimait devoir intéresser plus particulièrement le duc de Penthièvre. Les gazetins de la Mazarine sont donc plus politiques, le Bachaumont est plus littéraire; mais les deux recueils proviennent Tun et Tautre des registres de Mme Doublet.

La dernière gazette du recueil de la Mazarine est datée du 17 mars 1779 et, sur un feuillet double qui termine le volume, on lit ces mots :

Il est très vrai. Monsieur, que c'est inoi qui vous ai adressé dernièrement un paciuet renfermant plusieurs papiers publics Quant aux nouvelles à la main, il n'y a

plus à en espérer. L'auteur a jugé à propos de passer de ce monde-ci dans l'autre, pour ne point survivre à un jugement dilîamant rendu ciintrc lui dans un procès où il s'est trouvé impliqué'. Ce malheureux (Pidansat de Maii'ohert) a choisi un genre de nKirt assez singulier. Il s'est emparé chez lui de deux rasoirs et d'une paire de pistolets, a été de là aux bains de Poitevin, où, après s'être mis dans l'eau, il s'est coupé les veines, mais, entendant du bruit, et craignant que l'on ne vînt à son secours, il a ramassé le peu de forces qui lui restait pour prendre un pistolet qu'il avait disposé et s'est fait sauter la cervelle. Il paraîtra sans doute étonnant qu'un honune, qui déclamait si souvent contre le suicide, ait eu la faiblesse de s'y livrer. J'ai l'honneur....

Signé : Gouhtin -.

Le recueil de la Mazarine est donc formé par des gazettes secrètes qui sortaient du bureau de

1. Voyez n° '28 du Courrier de l'Europe, 1T79, t, V. p. '.'KL '.'. Bibl. Mazarine, ms. 9 399, 29 avril 1779.

Mairobert, mais elles n'en venaient pas directement. Le rédacteur en était un certain Aubry de Julie, qu'il ne faut pas confondre avec Charles de Julie, Fauteur des « Petites nouvelles »; mais curieux personnage, lui aussi. Il avait parcouru le monde, voyagé en Orient, fait tous les métiers, s'occupant de loteries, de canaux, de racolage pour le roi de Prusse et pour l'Empereur, un de ces types d'aventuriers, prêts à toutes les besognes, comme il s'en trouva tant sur la fin du xviii'^ siècle. Revenu à Paris en 1765, il s'était lancé dans le nouvellisme. Emprisonné, remis en liberté, son existence avait été dès lors celle de ses confrères que nous avons connus. Arrêté une seconde fois et mis à la Bastille le 20 octobre 1773, on trouva chez lui une copie des Anecdoles de Mme du Barrij, par Mairobert; pamphlet qui ne devait paraître pour la première fois qu'en 177.'), à l'étranger. Chez Mairobert, Aubry de Julie s'approvisionnait en « mémoires » dont il composait ses gazetins. L'un de ses abonnés était le duc de Penthièvre, petit-fils de Louis XIV par le comte de Toulouse. Aubry se servait du cachet de ce prince du sang pour fermer ses paquets mis à la poste — procédé connu — et les expédier en sécurité.

Le recueil de la Mazarine se compose donc, en majeure partie, des nouvelles d'Aubry de Julie rédigées sur les « manuscrits » de Mairobert, et fournies au duc de Penthièvre par l'intermédiaire de Courtin. Outre le duc de Penthièvre, Aubry avait pour abonnés : le marquis de Voyer d'Argenson aux

Ormes, M. de Wettelin à Bruxelles, le directeur de la Gazelle de Clèues, le baron de Schulembourg, d'autres encore. Un certain nombre de gazetins, destinés à ces derniers, appartiennent au dossier d'Aubry de Julie (Archives de la Bastille) ^ Ils sont semblables aux feuilles correspondantes de la Mazarine et, d'autre part, du Bachaumonl.

Pidansat de Mairobert s'était suicidé, le 27 mars 1779, avec la mise en scène décrite par Courtin. Il n'avait pas voulu survivre à ce qu'il croyait un déshonneur. Impliqué dans la faillite du marquis de Brunoy, il venait d'être « blâmé » par le Parlement, comme porteur d'un billet acquis pour une somme au-dessous de sa valeur^

Le recueil de gazetins conservés à la Bibliothèque de la Ville de Paris est loin d'être aussi volumineux que celui de la Mazarine; mais l'intérêt n'en est pas moins vif. Les nouvelles du théâtre et les échos mondains y trouvent une grande place. Ces gazetins vont jusqu'en 1780".

Une autre liasse de nouvelles à la main, appartenant aux Archives de la Bastille \ vient confirmer les observations faites à propos des recueils

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