cité par Bournand, la l'erreur à Paris (1891), p
lutioii, devait naturellement rendre inutile Tindustrie des gazettes manuscrites. Les nouvelles à la main ne disparurent cependant pas complètement et, bien des années se seront écoulées, que, sous le Consulat et l'Empire, nous retrouverons encore, adonnés à ce journalisme clandestin, des iypes semblables à ceux que nous avons connus.
Charles Fouilhoux, dit Volet, était né à Lyon, en 1755, A Vàgc de vingt et un ans, il était venu à Paris la plume à loreille, pour se lancer dans la bataille littéraire. En 1782, il était le correspondant parisien de la Gazelle cVUlrechl, qu'il remplissait de dillamations, dont les personnes les plus considérées ne tardèrent pas à se plaindre '.
Alors Fouilhoux l'ut mis en observation. Il avait cinq pieds quatre pouces, de larges épaules, un visage long, plein et rond, haut en couleur, les cheveux châtain clair. Il allait toujours, Tair elïaré, l'œil hagaid, l'allure inquiète, vêtu d'un habit de camelot gris de lin, très clair, veste et culotte de nankin. Ses cheveux étaient relevés sur la nuque en catogan. Il fréquentait les cafés : le Caveau en particulier, où il prenait place « du côté de Philidor- )i.
La police le représente comme un journaliste averti, au courant des bruits de la viUe et qui écrit d'une plume incisive. En juillet 1785, le romancier (ilandreux, d'Arnaud Baculard, qui lui aussi s'était
I. Peuoliot, Archives de la police, I. 21G. '2. l/jid.. III, :;i-3.
trouvé, durant l'espace de quelques jours, nouvelliste balivernier du roi de Prusse, envoie contre son (îonfrère la plainte la plus vive au lieutenant de police. Fouilhoux l'avait pris à partie dans la Gazette cVltrechl :
« J'implore votre justice contre ce scélérat.... »
A Vergennes, Baculard écrivait : « Je me flatte que votre équité si connue plongera pour quelque temps ce monstre dans une prison infamante. C'est un assassin moral. On lit en Amérique, en Angleterre, partout, ses horreurs qui ont des ailes'. »
Sous le règne précédent, l'arrestation de Fouilhoux n'eût été qu'une question d'heures. Il continua de courir et discourir. Cependant Fouilhoux finit par se faire « pincer » — le terme est du temps. L'intendant d'Auvergne réclama son châtiment. Le gazetier avait écrit que ce fonctionnaire avait fait emprisonner les collecteurs de sa généralité, pour avoir tardé de fournir les rôles des contributions. Le malheureux fut mis, le 14 janvier 1786, à Bicètre, dont il dut prendre l'uniforme : honte qui le poursuivit jusqu'en pleine Révolution. Élu par le district Saint- Eustache comme représentant de la Commune, il dut donner sa démission : « on ne crut pas devoir vaincre un préj ugé - » .
Le 20 juillet 1791, le sieur Durocher, sous-lieutenant de la cavalerie nationale, conduisait avec un
1. l'ouchet, Arc/does ili- la polirr, III. 346. •.'. Manuel, la Police de Paris dévoilée, I, -^16.
dé lâchement de ses hommes, au commissariat" de police de la section de l'Oratoire, deux colporteurs qu'il avait arrêtés, vendant, rue des Prêtres-Saint- Germain-FAuxerroiSjUne imitation du Père Duchesne intitulée « Je suis le véritable Père Duchesne..., » Par leurs cris rauques, les camelots avaient formé un attroupement, car ils ne se contentaient pas de débiter leur gazette, ils raccompagnaient de commentaires, déclarant que « la loi était atroce )).... Il s'agissait du décret du 17 juillet défendant de signer la pétition du Champ de Mars, qui réclamait la déchéance du roi.
Rue Thibautodé, n° 7, à l'imprimerie d'où sortait la feuille, on rejeta la faute sur le rédacteur, Charles Fouilhoux, qui demeurait rue Coquillière, n° 8.
On y trouva en elfet le délinquant. Il déclara avoir rédigé son article dans la matinée du 17 juillet : l'après-midi eut lieu le massacre du Champ de Mars; or, prétendait-il, on était venu chercher sa copie le 18, à six heures du matin. S'il eût connu la loi du 17, c'est-à-dire la défense de signer la pétition, « son dévouement à la patrie la lui aurait fait respecter ». « Trois fois victime de l'Ancien Régime, disait le gazetier, j'ai des motifs plus que personne pour aimer la Constitution'. » Cette affaire ne paraît pas avoir eu d'autres suites pour le concurrent peu scrupuleux d'Hébert qui, du
1. Arcllives de la Prérccturc de police, procès-verbaux des commissaires de police, 20-25 juillet 1791. — Sur cet incident voy. Paul d'Estrée, le Père Duchesne (Paris, s. d., in-8), p. 57 sii-
reste, avait lui-même volé le titre et jusqu'à la vignette de son Père Duchesne.
Fouilhoux fut mis en arrestation plus effectivement le 17 floréal an II (6 mai 1794), par ordre du Comité de surveillance révolutionnaire, section Guillaume Tell. Dans l'acte d'arrestation il est qualifié d' « employé à la commission des armes, quai Voltaire ». Écroué par « mesure de sûreté générale » à la maison d'arrêt du Luxembourg, il n'en sortit que le 1*"" vendémiaire an III (22 septembre 1794) '.
Charles Fouilhoux eut donc des démêlés avec la Révolution, comme il en avait eu avec l'Ancien Régime, et comme il allait en avoir avec Napoléon ; mais ici il va devenir tout à fait intéressant.
Le 20 nivôse an X (10 janvier 1802), Fouché, ministre de la police, signalait au Premier Consul l'existence et le colportage dans Paris dun « bulletin fait à la main », qu'on distribuait d'une manière clandestine et auquel la plupart des ambassadeurs étrangers élaient abonnés-. « Le principal but de ce bulletin était de faire connaître ce que faisait et disait le Premier Consul, à chaque instant du jour et de la nuit. »
« Le grand nombre d'étrangers qui sont à Paris, déclarait Fouché, répandent ces bulletins dans toute l'Europe. De là des inquiétudes et cette foule de bruits ridicules qui, depuis un mois
1. Archives de la Préfecture île police, collection d'écrous.