Noailles, Mme de Maintenon, I
'.j. Les Jeux d'esprit, par Mlle delà Force (éd. du marquis di^ la riranf,'e, Paris, 1862, in-12), p. 37. — Cf. Sainte-Beuve, Lundis, éd. de n.v,!, III. 171.
enjouée? JMme de Sévig-né écrit pour un nombreux auditoire, d'où le détail suivant qui revient dans les lettres d'alors. En vedette apparaissent parfois ces mots : « Lisez bas » ; c'est-à-dire : « Gardez pour vous seul ce qui va suivre et passez-le quand vous donnerez lecture de mon épître à haute voix ' ».
Aussi nos séduisantes gazetières désiraient-elles qu'on appréciât la qualité de leurs informations, plus encore que le charme de leur style; ce qui produisait entre elles de petites jalousies professionnelles. L'agréable liaison de Mme de Sévigné et de Mme d'Huxelles n'y résista pas.
« La marquise d'Huxelles, écrit sa concurrente, reprend, tous les ordinaires, les nouvelles qu'elle a mandées : appelle-t-on cela savoir ce qui se passe? »
Savoir ce qui se passe! n'est-ce pas là le secret de ces menues comédies mondaines qui ne se comprendraient plus aujourd'hui? Arimont a des amis chez lui. Un domestique entre et lui remet une lettre. A peine en a-t-il pris connaissance, qu'Ariste le prie de la lui montrer, « disant qu'il devait y avoir des nouvelles dedans- ».
De là l'empressement affairé de ces correspondants, en quête d'informations fraîches et intéressantes, — on sait la lettre classique de Mme de Sévigné, — qu'ils adresseront à parents et amis. Ils s'accrochent aux basques de ceux qui pourraient
1. Ed. de Barthélémy, Us Correspondants de la mari/uise de BuUeroy,
t. I, |). I.XVIII.
■2. [Douneau do Visé], Noumllcs nouvelles, éd. Ribou, 1G63, II, 210-17.
être capables de les documenter, les saisissent par les boutons de leur veste ou par les aiguillettes de leur justaucorps, pour ne les lâcher qu'après les avoir interviewés à fond. Importuns de qui Fobsession est infatigable; telles les mouches bourdonnantes dans la chaleur de Tété : à peine les a-t-on chassées qu'elles sont de retour'.
L'un d'eux arrête Straton dans la Galerie du Palais : '< Il me demandait des nouvelles pour écrire à la campagne. Je lui dis que j'en savais beaucoup, et comme il craignait d'en oublier une partie, il me pria de les lui dicter dans une boutique du Palais- ».
C'est ainsi que tout individu bien informé devenait personnage d'importance. Mme d'HuxelIes est tout miel pour des gens de rien, du moment où ils peuvent la renseigner; pour ce Bartet, par exemple, fils d'un paysan béarnais, qui avait été compromis dans de louches aventures et que le duc de Caudale avait fait batonner; mais Bartet « sait l'histoire des jours de la Cour, comme s'il en avait le journal en main ».
Des écrivains estimés tiennent salon à cette intention, afin de documenter leur correspondance. Ils font causer leurs hôtes, puis envoient en divers lieux des lettres bien écrites et bien informées. Les Ménage, les Chapelain, les Cotin, tenaient ainsi salon ou bureau de reportage, et leur correspon-, dance devenait — sans jeu do mots, ou avec jeu de