LETTRE DE CACHET DU S MARS
ordonnant l'incarcération à la Bastille de tous les nouvellistes à la main. (Bibliothèque de TArsenal, ms. 10332.)
LA REPRESSION, 10 y
tout caractère politique, de ménager gens en place et gens en crédit; la défense demeure absolue et les peines se succèdent : confiscations, lettres d'exil, prison, galères, potence. Mais, à leur tour, les rigueurs sont impuissantes; à peine une nichée de folliculaires est-elle détruite, qu'on en signale une autre, vivace, grouillante, s'acharnant à son travail souterrain. « Quant aux gazetiers, écrit le prince de Condé, gouverneur de Bourgogne, c'est un mal sans remède'. »
Heureux encore les nouvellistes qui, échappant à la répression légale, tombaient sous Fautorité « immédiate » du roi, autrement dit ceux qui avaient la bonne fortune d'être mis à la Bastille par lettre de cachet : ils y bénéficiaient de la douceur relative du régime réservé aux détenus; et, s'ils connaissaient des personnes honorables disposées à se porter garantes de leur repentir, ils se tiraient encore d'affaire à bon marché. Quant au « gazetier qui ne trouve personne qui veuille répondre de lui », après un séjour souvent très long dans la prison d'État, il est exilé en province; mais tous, en sortant, doivent faire soumission « de ne plus se mêler de nouvelles, sous telles peines qu'il plairait à Sa Majesté de leur imposer, même de la vie- ».
L'Affaire Foucquet leur valut un redoublement de sévérité. Le surintendant avait un grand nombre
1. I^ettre au Président du parlement do Dijon, éd. Hatin, I, 57.
2. Li'S lettres de cachet à Paris, étude suivie d'une liste des prisonniers de la Bastille, Paris, 1901, gr. in-8, à la table le mot « Nouvellistes ».
de partisans; et plusieurs nouvellistes organisèrent une campag-ne d'opinion, semblable à celles que font surgir, de nos jours encore, les causes retentissantes revendiquées par la politique. La plupart des gazettes secrètes sont favorables au surintendant. Au Châtelet les juges sont sans pitié. Élie Blanchard, pour avoir écrit la Bequéle du siiriiitendanl Foucqiiel à la Chambre de justice, fut condamné, le 24 septembre 1663, à être fustigé publiquement, avec un écriteau devant et derrière, contenant ces mots « Gazetier à la main* ».
Encore ces sentences n'étaient-elles pas assez sévères au gré des « gens du roi ». Ceux-ci se plaignaient de ce que les « jeunes conseillers » inclinassent à rindulgence; et le procureur réclamait une déclaration souveraine, d'après laquelle les nouveaux conseillers n'auraient plus faculté d'opiner qu'après deux ou trois années de service, « ce qui se pratiquait au Parlement^ ».
Et il ne suffisait pas que les nouvellistes fussent placés sous la coupe impitoyable de la justice réglée, il fallait encore qu'on les abandonnât aux sévices des particuliers. Le marquis de Vardes pouvait faire couper impunément le nez à Montandré pour venger sa sœur, la maréchale de Guébriant, de qui le gazetier avait, paraît-il, médit dans ses feuilles.
1. Bibl. nat. ms. nouv. acq. franc.. 1891, f. 12; — Archives de la VvH. de police. Bastille, I, 15 et II. 5; — Hatin, I. 58.
'2. Ryantz, procureur du roi au Cliâtolet, à Colbcrt, '21 cet. 1663, éd. Ravaisson, II 150.
Non content des « commissions extraordinaires » qui jugeaient sans appel, le gouvernement décida, en 1666, que les officiers ordinaires prononceraient au même titre sur le sort des nouvellistes ; et, en 1670, La Reynie voulait que ce pouvoir fût étendu jusqu'aux juges inférieurs. « Il y a nécessité, disaitil, de réprimer, par les voies les plus rigoureuses, la licence que Ton continue de se donner d'envoyer dans les pays étrangers des gazettes à la main; mais il serait d'une fâcheuse conséquence de traduire les écrivains pernicieux, qui débitent de semblables pièces, du premier tribunal au supérieur, et d'exposer à la vue de plusieurs et d'un grand nombre de juges, de pareils libelles, qu'on ne saurait tenir trop secrets, ni trop tôt supprimer'. »
Aussi les condamnations se multipliaient-elles : pilori, bannissement, fouet, galères — et l'on sait l'horreur de l'existence à laquelle les galériens étaient condamnés; cependant qu'à Paris, dans les provinces, à l'étranger, partout, jusque dans les antichambres de la Cour, jusque dans le cabinet du roi, allaient et venaient, se colportaient, se lisaient et se commentaient, les gazettes manuscrites.
Mais comment mettre à néant les faux bruits dont elles étaient trop souvent l'insaisissable véhicule? Où en perchait le rédacteur? où en retrouver les abonnés? Pour répondre, on n'avait que la Gazette officielle, déjà tenue en suspicion, à tirage